‹ Chansons à direChapitre 13 sur 130 · LA GRANDE CLASSE · texte numérisé non relu

LA GRANDE CLASSE

J'ai visité la grande classe, Celle des premiers, des jtlus forts, Des adultes de haute race.

Comme j'y suis entré j'en sors.

Je voulais, dans mon ignorance, Admirer au moins une fuis Les premiers écoliers de France.

Je les ai vus, et je les vois :

Le professeur est dans sa chaire.

Les gradins, rangés à l'entour, S'arrondissent en hémisphère Et se remplissent tour à tour.

Deux par deux, trois par trois, on entre. Chaque élève, sans se presser, A droite, à gauche, au bord, au centre, En bas, en haut va se placer.

J'en vois quelques-uns, dans le nombrOi Qui me paraissent assez vieux ;

Mais en hiver la salle est sombre, Et puis j'ai de si mauvais yeux !

Professeur et maîtres d'étude Disent : «Chut! « à leurs écoliers.

Il paraît que c'est l'habitude, On ne se tait pas volontiers.

Plusieurs demandent la parole Pour erreur au procès-verbal :

Colza mis au lieu de pétrole, Ou César au lieu d'Annibal ;

Une virgule mal placée, Un point qui manque sur un i ; Une demi-heure est passée Avant que cela soit fini.

D'aucuns excusent leurs absences, D'autres demandent des congés.

Mais ne parlez pas de vacances A ces travailleurs enragés.

Un élève monte au pupitre Et se met à lire un devoir Dont il ne donne pas le titre.

Nous allons voir, nous allons voir.

Mais il a la voix nasillarde Et l'accent septentrional.

Puis, autour de moi, l'on bavarde.

Il écrit bien, mais parle mal.

Ils ont, aux leçons de lecture, Un usage assez singulier, Celui de battre la mesure Avec des couteaux à papier.

Cette Icçuu, il faut le croire, N'est que pour les adolcsceuls ; Les exercices de mémoire Seront bien plus intéressants.

Le proi'esseur sonue la cloche.

Le lecteur, comme un liuiru blanc.

Remet son cahier dans sa poche Et revient s'asseoir à son banc.

Un autre monte à la tribune.

Celui-ci récite par cœur.

Il sait son texte sans lacune.

A gau.-he on applaudit en chœur.

Aussitôt on murmure à droite.

C'est mal ici; c'est bien là-bas ; Il semble que chacun emboîte Le pas d'un chef qu'on ne voit pas.

Peut-être bien sont-ce deux frères Qui, pour affirmer leur savoir, Soutiennent deux thèses contraires Moins par amour que par devoir.

Mais non ; voici la grosse caisse Alternant avec les tambours.

Le professeur sonne sans cesse Et les couteaux tapent toujours.

Mon Dieu, mon Dieu, comme ils en usent, De ces couteaux !... Mais entre nous, Si l'on ne veut pas qu'ils s'amusent, Pourquoi leur donner des joujoux?

Nous sommes en pleines tempêtes.

Les mots aigus lancés dans l'air Croisent les grosses épithètes.

Le tonneiTe étouffe l'éclair.

Deux élèves, ténor et basse, L'un tout petit, l'autre très grand, (On rit) nez à nez, face à face, Se heurtent en se rencontrant.

Le petit n'en veut pas démordre,

Le grand ne peut pas reculer.

On crie : « Assez ! A l'ordre! à l'ordre!,

De quel ordre veut-on parler?

Je dis à mon voisin ; De grâce, Ce bruit doit-il bientôt cesser?

Moi, je suis venu pour la classe.

Va-t-elle bientôt commencer?

— Mais, monsieur elle est terminée ; Vous avez eu trois grands discours.

Merci. J'ai perdu ma journée.

Est-ce de même tous les jours? »

Il me répondit : « Mon brave homme, Je vous trouve encore bien bon.

L'endroit où vous êtes se nomme:

L'école du palais Bourbon. •

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