‹ Chansons à direChapitre 24 sur 130 · ÉLOGE DE LA VIE · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE LA VIE

Je vois, je respire, je sens, J'écoute, je marche, je pense.

Mon âme vers le ciel s'élance, Et des membres obéissants Secondent mon intelligence.

Je vis ! J'en rends grâce au destin.

Que d'autres méprisent la vie!

Ma soif ne s'est pas assouvie.

Et je veux ma part du festin Où le Créateur me convie.

Je contemple, heureux spectateur.

Cette fête de la nature,

Et, de ma chétive stature,

Je cherche à comprendre rAuteur

De cette immense architecture.

Pour semer sur nous ses trésors Ses mains libérales s'abaissent; iXolre âme et nos yeux s'en repaissent, Et, des besoins de notre corps, Il fait des plaisirs qui renaissent.

7i CHANSONS A DIRE

Il a varié les saisons A l'exemiile de nos caprices; Non.-; rêvons mers et précipices, Et vers nos étroites maisons Nous retournons avec délices.

Le charme au but vient s'allier :

Les fruits germent des llcurs sans nombre,

Et dans la forêt pleine d'ombre

Pousse le bois de mon foyer

Pour le retour de l'hiver sombre.

Je goûte la paix du sommeil, L'abandon d'une causerie, Et les beaux-arts et Tindustrie, Et ta splendeur, ô mon soleil!

Et ton haleine, ô ma patrie!

J'ai des parents, j'ai des amis; J'aspire à toutes les tendresses; Et si l'amour, de ses largesses, Ne tient pas ce qu'il a promis, Je suis heureux de mes f.iiblesses.

L'instant vole et s'évanouit; • Mais je le fixe en ma pensée, Et son image retracée Heiid un charme au plaisir qui luit, Et môme à la douleur passée.

De chaque fruit, fût-il amer. On exprime une molle essence.

Et je la recueille d'avance,

Pour plus tard embaumer mon air

Des parfums de la souvenance.

Seigneur, vous êtes généreux; Je vous bénis et vous implore De mon coucbanl à mon aurore :

Heureux, et même malheureux, Mon Dieu, faites-moi vivre encorel

C'est le cri de l'humanité, Cri de salut ou de détresse :

Aimer dans sa verte jeuncsie, Penser dans sa maturité, Se faire aimer dans sa vieillcsic.

Et, quand le soufUe aérien

Fuira notre dépouille blême,

Se survivre encore à soi-même

Dans l'estime des gens de bien,

Et dans le cœur de ceux qu'on aime.

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