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LES RUINES DE PARIS

Un jour, dans deux mille ans peut-être, Parmi la ronce et les débris, A peine on pourra reconnaître La place où s'élevait Paris.

Alors, des hauteurs de Montmartre, L'œil curieux voudra saisir Les plis de cette immense dartre Qui fut le séjour du plaisir.

Les professeurs, les antiquaires, Diront aux futurs écoliers :

« Voyez combien étaient précaires Les gloires de vos devanciers !

» Ces marais, refuge des râles, Etaient des îles autrefois, Où se dressaient les cathédrales Et le palais des premiers rois.

» Ces berges que la mousse couvre Et qui s'elfondrent sous les eaux, C'étaient l'Institut et le Louvre Ensevelis dans les roseaux.

COAiNSONS PHILOSOPHIQUES 109

» Ces dunes pauvrement boisées, C'est la Sorbonne et l'Odéon, Ces landes, les Champs-Elysées, Ces broussailles, le Panthéon.

« Plus loin, de maigres pâturages Se prolongent aux alentours, Où dorment les buffles sauvages Accroupis sur les vieux faubourgs.

» Au milieu de l'amphithéâtre, La Cité du luxe et des arts Ne laisse qu'un sable grisâtro, Des vipères et des lézards.

M Là fut la place favorite Où le monde vint se presser.

Sol épuisé, terre maudite, Rien n'y pourra jamais pousser. »

Mais que dis je, et quel mauvais rêve Vient nous troubler quand nous buvons?

La nuit a fui, le jour se lève :

Paris existe, et nous vivons 1

HAxNNETON, VOLE

« Allons, disait la troupe folle Des enfants cruels en leurs jeux, Allons, hanneton, vole, vole.

Réveille-toi donc, paresseux! »

Et l'insecte, entr'ouvrant son aile.

Cherche à secouer sa torpeur. Son vain effort se renouvelle Sans succès, et non sans douleur.

Enfin il bourdonne et s'enlève.

Il vole!... Mais un fil léger L'arrête, et, comme un ballon crève.

Sur le sable il va naufrager.

11 s'élève encore et culbute Au grand plaisir des spectateurs.

Alors, tout meurtri de sa chute, II dit à ces enfants rieurs :

« Je suis l'artiste, le poète, Le philosophe, le savant.

J'étais caché dans ma retraite, Moitié dormant, moitié rêvant.

» Vous venez, d'un propos frivole, Mettre le trouble en mes esprits ; Allons, dites-vous, vole, volel Imagine, peins, chante, écris!

>> Et lorsqu'à des hauteurs nouvelles Je crois atteindre, aidé par vous, Vous venez me briser les ailes, En me disant : Amuse-nous! »>

H2 CHANSOiNS A DIRE

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