‹ Chansons à direChapitre 50 sur 130 · NUIT D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

NUIT D'ÉTÉ

La chaleur du jour est calmée; Viens goûter, ô ma bien-aimée,

La nocturne fraîcheur. L'air plein de pax'fums nous enivru; C'est l'heure où l'on éprouve à vivro

Une extrême douceur.

Regarde : la lune arrondie S'élève comme un incendie

Au-dessus du coteau ; Elle effleure le gazon pâle, Et donne des teintes d'opale

Aux murs du vieux château.

Quel silence! allons sous la voùle De ces noirs marronniers... Ecoute ;

Ce bruit... n'enLends-tu pas?

Non, c'est le grillon qui s'attarde, La blanche pbalèr.e... Regarde :

Ne vois-tu rien là-bas?

Ne vois-tu pas des formes blanches Glisser deux par deux sous les branches. En se tenant ainsi?

142 CUANSONS A DIRE

Inclinons-nous, ce sont les âmes Des seigneurs et des nobles dames Qui s'aimèrent ic.

Oh! qu'ils sont pâles, le- ancêtres!

Un jour poui'tant, de nouveaux maîtres

Les auront à leur tour, Ces mystérieuses allées, Ce château, ces nuits étoilées»

Et ces fièvres d'amour.

Ah! «i, pour un dessein semblable.

Ils vont, à l'heure favorable.

Par le même chemin, S'ils se penchent au pied d'un arbre Pareils à des groupes de marbre,

£t la main dans la main.

Que, touchés de notre prière, Ils daignent jeter en arrière

Un regai'd attristé ; Us verront passer nos deux ombres.

Blanches sous les marronniers sombres,

Par une nuit d'été.

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