‹ Chansons à direChapitre 70 sur 130 · LES PLAINTES DE GLYCÈRE · texte numérisé non relu

LES PLAINTES DE GLYCÈRE

Glycère était auprès d'Horace, Auprès d'Horace qui rêvait; En vain elle épiait la trace Du songe qui le poursuivait.

Longtemps, aux genoux du poète, Les yeux levés elle resta ; Puis, timide et baissant la tête, Elle prit sa lyre et chanta :

« Horace, tu m'avais choisie

Pour mettre mon nom dans tes vers,

Et ta divine poésie

M'a fait connaître à l'univers.

Mais j'ai de ton âme inquiète Sondé les replis ténébreux :

L'amour ne t'a pas fait poète ; .La muse t'a fait amoureux.

192 CnANSONS A DIRE

C'est elle seule qui t'inspire Les vers écrits en mon honneur:

Quand mon nom frémit sur ta lyre.

Le sien palpite dans ton cœur.

Tu blâmes mon indifférence, Et tes yeux s'éloignent de moi ; Tu chantes les maux de l'absence, Quand je suis seule auprès de toi.

Et si je te disais : « Horace,

» Jette les vers que tu m'as faits,

)) Et prends mon amour en leur place, »

Horace, tu refuserais.

Poète, tu places la gloire

Au-dessus de tes amitiés,

Et tu n'as pas gardé mémoire

Que je meurs d'amour à tes pieds. »

Pendant la triste mélodie, Horace était resté distrait:

11 faisait des vers à Lydie, Tandisque Glycère pleurait.

RÉCITS TOUCnANTS 193

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