MA MAISON
On dit que ce pays est triste, Que son climat est sombre et froid, Que le voyageur et l'artiste S'éloignent de ce ciel étroit.
Et pourtant, lorsque j'examine Ce site à l'horizon prochain, Qui commence et qui se termine Dans un pli léger du terrain,
11 me paraît que la nature N'est pas la même ici qu'ailleurs, Et qu'en aucun lieu la verdure N'a de ces profondes couleurs.
Parmi la broussaille touffue Brille la tuile au ton joyeux :
Du vert qui repose la vue, Et du rouge qui rit aux yeux.
C'est moins un bois qu'une charmille, Plus un vallon qu'une hauteur; C'est chaste comme la famille Et calme comme le bonheur.
On sent qu'une douce existence Doit s'abriter en ce réduit; Elle s'ouvre sur le silence Et se referme au premier bruit.
Oui, tout jne charme et me péui'tre Dans ce coin de terre et de ciel.
Si j'étais fleur, j'y voudrais naître; Abeille, j'y ferais mon miel.
Rossignol, je serais fidèle Aux échos de ce site ombreux, Et je nicherais, hirondelle, A l'angle de ce toit heureux.
Pourquoi? je m'en vais vous le dire, Et vous me donnerez raison :
Ce site et ce toit que j'admire, C'est mon pays et ma maison.