LE BONHEUR ET L'AMOUR
A la poi'te de Marguerite^ Un malin, on frappe tout bas :
« Ouvrez bien vite.
— Noramez-vous, ou je n'ouvre pas.
— Qui je suis, belle Marguerite?
Vous ne comptiez pas sur l'honneur
De ma visite, Car on me nomme le bonheur.
— Le bonheur? » dit la jeune fille; « Me voici : souffrez seulement
Que je m'habille.
Je suis à vous dans un moment.
— Mon enfant, ouvrez-moi la porte :
La toilette ne sert de rien ;
Et puis, qu'importe?
Je suis aveugle, on le sait bien.
— C'est vrai, mais ma honte est extrême, Car, je ne sais par quel souci.
Devant moi-même Je n'oserais paraître ainsi.
Donnez-moi la moitié d'une heure, Et je serai prête à mon gré.
— Soit, je demeure, »
Répond l'étranger; « j'attendrai.
— Vous, attendre? » dit Marguerite :
« Je voudrais bien vous croire; mais
C'est chose écrite, Que le Bonheur n'attend jamais.
Ses discours ne sont pas les vôtres; Monseigneur, vous vous trahissez,
Cherchez-en d'autres :
Passez votre chemin, passez.
A ce trait j'ai pu vous connaître.
Et, si je m'en fie à mon cœur,
Vous devez être L'Amour, et non pas le Bonheur. »