LE RÊVE DE L'ÉVEILLÉ
Air du Roi Dagohcrt. — s.
— Levez-vous, rÉveillé, J ai déjà beaucoup travaillé.
— C'est vous, Nicolas; Hier j étais si las :
Un doux rêve d or Me berçait encor.
Morbleu ! dit TÉveillé , Pourquoi mavez-vous réveillé ?
Dans ce rêve divin, Un laquais, d'un excellent vin Versait coup sur coup :
J'en prenais beaucoup !
Maintenant, mon cher.
Je vais prendre... l'air.
Morbleu ! etc.
Pour moi plus de péril !
J'étais riche comme un Rothschild, J'avais du crédit, J'avais de l'esprit :
L'or sut en tout temps En donner aux gens.
Morbleu ! etc.
Dans ce rêve enchanté.
Ami , comme j étais vanté !
Chez moi dix ri meurs Et dix prosateurs Et dix avocats Prenaient leur repas.
Morbleu ! etc..
Nos docteurs s'entendaient Et sur tous les points s'accordaient.
Par leurs soins pieux.
L'homme jeune ou vieux, Dans son heureux sort.
Mourait... de sa mort.
Morbleu ! etc.
Avocats et docteurs, Grands rimeurs et grands prosateurs.
Bons vins et valets.
Trésors et palais, La réalité A tout emporté !
Morbleu ! dit l'Éveillé , Pourquoi m'avez-vous réveillé ?
en réponse à un sonncl f|ii'il m'a adresse à proi os dnnc amère ci iliquc failc contre une piicc de vers dans la(|uelle je cliantc la Belgique.
Que toujours notre gloire inspire tes accents ; il est pour fapplaudir des cœurs reconnaissants ; Car notre mère à tous, n'est-ce pas la Belgique ?
Octobre 1845.
Air du Carnaval. — o.
Oui, notre mère, ami, c'est la Belgique : Ce noble vers a remué mon cœur !
En répondant à ta voix sympathique Qui brave ainsi le critique moqueur.
Je ne viens pas, quand ta lyre me loue. Rendre ses coups au censeur irrité :
Le trait méchant qu'on trempa dans la boue Salit toujours la main qui l'a jeté, (bis.)
Pauvre ouvrier, je laisse la colère Frapper mes chants que l'honneur inspira : Que suis-je ? — Un flot du torrent populaire ; — Gouffre sans fond, foubli m'engloutira ! Mais au pays fauteur qui se dévoue Sait ennoblir sa médiocrité.
Le trait méchant, etc.
Qu'un rimailleur, ami, passe sa vie, A dénigrer le mérite d'autrui ;
Un beau talent ne connaît pas l'envie : Aimer et croire est son bonheur à lui. Loin du bourbier doù le sot le bafoue, Sur rOcéan il vogue avec fierté.
Le trait méchant, etc.
Rendons justice au fort qui nous surpasse. Mais pour le faible ayons quelque pitié ; Plaignons l'auteur qui nous demande grâce. Et n'allons pas le repousser du pied : Son œuvre , hélas ! dont le public se joue , Le punit trop de sa témérité !
Le trait méchant, etc.
Oui, la Satire, aussi noble que belle.
Veut sous son fouet voir le vice abattu ; Mais le venin de Tinfàme libelle Cherche à flétrir l'honneur et la vertu ! L'écrit brûlant qu'un grand poète avoue , Pour frapper l'homme atteint l'humanité.
Le trait méchant, etc.
Je suis bien faible et tu le sais sans doute. Toi qui pour peindre as de riches couleurs, Qui par hasard me rencontras en route Et sous mes pas daignas jeter des fleurs. Si tu souris à lecueil où j'échoue , C'est que ton cœur s'est dit, dans sa bonté ; Le trait méchant qu'on trempa dans la boue Salit toujours la main qui l'a jeté.
Octobre 18-13.
ZO