A LA CHANSON PRECEDENTE
Merci , c'est bien à vous , ô mon lovai poète : D'autres vont aux vainqueurs ; vous venez au revers ; Ils flattent le succès, vous flattez la défaite, Votre cœur généreux a passé dans vos vers.
Mais pourquoi ces regrets comme au bord d une tombe ? Qu'importe une blessure 'après tant de combats ! Qu'importe à l'édifice une pierre qui tombe ! L'édifice est debout, et ne tombera pas.
Sans craindre que jamais leur triomphe s'achève, Laissons les conquérants d'un jour à leurs transports. C'est pour nous, non pour eux que le soleil se lève, Il luit pour les vivants et non pas pour les morts.
Dieu ne vous versa pas au cœur la poésie, Les généreux instincts et les nobles penchants, Pour garder de ses dons la richesse enfouie. Pour briser votre lyre ou renier vos chants.
Non, vous n'éteindrez pas en vous les pures flammes Qui de notre avenir éclairent le chemin ; A la foi qui chancelle, aux défciillantes âmes "Vous montrerez le but et vous tendrez la main.
Vous chanterez encor la liberté féconde,
La patrie et ses lois , septembre et ses couleurs ,
La Justice qui règle , et le Progrès qui fonde , Et le travail par qui les hommes sont meilleurs.
Pieusement vouée aux artisans vos frères, Votre muse leur doit ses chants consolateurs. Hirondelle joyeuse au toit de leurs chaumières, Elle rend plus léger le poids des durs labeurs.
Que cette muse aimée, il la voix fraîche et vive. De ses refrains connus égayant l'atelier. Soit pour l'humble lamille une sœur attentive , Et charme en l'élevant le cœur de l'ouvrier.
Juillet 1854.
Charles Rogier.