‹ ChansonsChapitre 114 sur 216 · JOCRISSE · texte numérisé non relu

JOCRISSE

Air ". Mon père était pot. — 47

Loin de prendre pour parvenir La plume ou la palette , Jocrisse , en garçon d'avenir , Choisit la clarinette.

Quinze ans des échos Ses deux concertos Furent le long supplice :

Messieurs , écoutez Les difficultés Que sait vaincre Jocrisse.

Son oncle était , selon son vœu , Valet d une princesse ; L'oncle , enchanté de son neveu , En parle à son altesse.

Voilà qu'un beau jour Il joue à la cour , Grâce à sa protectrice ; Chaque souverain Y eut l'ouïr soudain :

— Voyez grandir Jocrisse.

Jocrisse , lancé par les rois Sur la grand'route humaine , Pour les nobles et les bourgeois Devint un phénomène.

Jocrisse ici bas

Trouve sous ses pas

Sans y mettre malice , Un double trésor :

Des fleurs et de l'or.

— Voyez grandir Jocrisse.

Notre homme avec ses deux solos Fit le tour de la terre ; La Fortune , image des flots , Le porte en Angleterre.

Il est applaudi :

Sensible ladj Lui donne un cœur novice :

L'enfant d'Albion Vaut un million.

— Voyez grandir Jocrisse.

Jocrisse, par ce million , Revint un homme unique ; On le fît chef de bataillon De la garde civique.

Vingt fois décoré , Il sera titré :

Quel acte de justice !

L'or rend orateur :

Il est sénateur.

— Voyez grandir Jocrisse.

Vieux , Jocrisse un jour dit : '• Je meurs ! " Ma conscience est nette ; M Adieu ma femme et les honneurs , v Adieu ma clarinette ! « Il fait le grand saut...

Trop souvent au sot Ce vieux monde est propice ; Et le ciel sourit Au pauvre desprit :

Ainsi finit Jocrisse.

Quelle rumeur dans la cité !

Comme chacun s agite !

Un convoi vient de ce coté ; Rangeons nous au plus vite.

Quel riche convoi î Les chantres , je croi , Seront lents à l'office ; Résonnez , tambours , -Feu , cloches , discours :

On a perdu Jocrisse !

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