OCTOBRE
Air de Taconnet. — 30.
Le croirez-vous ? — J'en doute encor moi-même ! Le chansonnier, sans faste et sans orgueil, Que l'on admire encor moins qu'on ne l'aime. Me fît, à moi, le plus charmant accueil, [bis.) Nos parvenus, fiers d'un titre illusoire. Vont comme hier me dédaigner demain, [bis.) Et Béranger reste peuple en sa gloire : r Le bon vieillard ! il m'a tendu la main. (
C'était bien là le chantre de Lisette, Moins grand que bon, car pour me recevoir Il se penchait, tandis que ma musette Sur ses deux pieds se dressait pour le voir ! Les cheveux blancs dont son front se décore N'ont pas glacé l'ami du genre humain ; Jugez combien son cœur est jeune encore : Le bon vieillard ! il m'a tendu la main.
Quand je quittai le poète sans tache.
Vous l'avoûrai-ie, à mes veux éblouis. Le petit coin où sa gloire se cache Etait plus vaste et plus beau que Paris. De son séjour j'emportais tant d'idées Que sans songer à mon passé de nain.
Je me croyais grandi de vingt coudées : Le bon vieillard m'avait pressé la main!
La nuit parut. . . — nuit d extase infinie î A ras du sol je volais en rêvant, Quand Béranger vint comme un bon génie, La flamme au front, les deux ailes au vent ; Et, me montrant les plages éternelles, Il m'emportait dans son vol surhumain : Au sein des cieux je déployais mes ailes ! Le chansonnier m'avait tendu la main.
Le monde, vu du foyer de lumière.
S'offrait à nous comme un point sans clarté : Béranger chante , et soudain de la terre Un rayon d'or perce l'obscurité.
L'astre du peuple à l'horizon se lève : Ses ennemis n'ont plus de lendemain !
— Ah ! puisse Dieu réaliser le rêve Où le vieillard vint me tendre la main.