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BONS OUVRIERS, CHANTEZ PLUS BAS

Air : Bon ouvrier, voici Vaurore. — 42.

Bons ouvriers, ces chants de fête, Quavec plaisir mon cœur reçoit.

Non, non, ce n'est pas le poëte.

C'est l'ouvrier qui vous les doit.

Quand vous chantez à la nuit close Mon tablier plaide ma cause, A vos yeux il a tant d'appas !

Je suis sans lui si peu de chose : ( ,, ■ . Bons ouvriers , chantez plus bas ! f

Parfois j'oublie, en mon ivresse.

Le prestige du tablier.

Quand votre voix enchanteresse

Redit ce que veut Vouvrier ;

Je frémis , ma tète s'enflamme ,

Mon cœur à des accents de flamme

Va-t-il donner l'essor ? Hélas !

Non, le bonheur trouble mon âme :

Bons ouvriers , chantez plus bas !

Fi des concerts que Ton entonne Pour exprimer un vain souhait.

Sérénade où la voix résonne.

Mais où le cœur reste muet !

Fi de la musique savante Que pour les princes on invente ; C'est souvent l'hymne de Judas !

Ouvrier, l'ouvrier me chante.

Mes bons amis , chantez plus bas !

Bons ouvriers, sans crainte aucune Vous pourriez risquer ces accents, Si vos chansons au clair de lune Allaient flatter quelques puissants ; Je ne suis rien. Prêtez loreille î Lorsque l'autorité sommeille, Amis, ne la réveillez pas :

Je vous écoute, moi qui veille.

Bons ouvriers , chantez plus bas !

Bons ouvriers, de vous connaître.

Ah ! combien je serais jaloux !

Quand vous chantez sous ma fenêtre, Mes refrains me semblent si doux î La sérénade me transporte :

Tout au bonheur quelle m'apporte, J'ouvre mon âme à vos ébats.

Quelque nuit j ouvrirais ma porte.

Bons ouvriers , chantez plus bas !

Que de gens, pour atteindre au faite, Flattent les peuples ou les rois ; Je ne veux rien, faible interprète De vos devoirs et de vos droits.

Sur moi qu'on lance l'anathème.

Je suis du peuple et je vous aime.

Ouvrier jiisques au trépas Je resterai toujours le même !

Bons ouvriers , chantez plus bas î

Janvier 1849.

— IJl

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