‹ ChansonsChapitre 74 sur 216 · CE QUE VEUT L'OUVRIER · texte numérisé non relu

CE QUE VEUT L'OUVRIER

Musique de M. Hippûlyte Ilcro. — jo.

Que l'ouvrier, en sa rude sagesse, Montre le but qu'il poursuit aujourd'hui : Qu'on sache ])ien qu'il maudit la paresse Et ne veut pas ce qui nest point à lui. Son cœur l'éveille à l'heure de l'ouvrage Il ne pourrait vivre sans travailler ; Manger le pain qu'il doit à son courage, Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.

Sans se jeter avec des cris de haine , Comme un fléau sur la société.

L'ouvrier pur n'exclame à gorge pleine Que deux mots saints : travail et liberté ! Mais dans ses yeux lorsque la fièvre brille Ou quand l'hiver a fermé l'atelier , Un peu de pain pour nourrir sa famille,- Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.

Honte à ce siècle! Il fait encor la guerre. Quand le tambour les appelle en passant, Le fils du pauvre , hélas ! quitte sa mère ; Le fils du riche achète un remplaçant.

Coutume horrible, à jamais sois flétrie : Que riche ou pauvre on doive tous payer L'impôt du sang qu'exige la patrie !

Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.

I ihis.)

Si lartisan veut sortir de sa sphère ,

De vos grands airs, siècle, cest là le prix :

L'enfant rougit du métier de son père ,

Car ce métier nobtient que vos mépris.

Loin que ce soit l'habit seul qu'on renomme,

Ou sous la toge, ou sous le tablier,

Dans l'homme enfin qu'on n'estime que l'homme !

Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.

Non, l'ouvrier ne veut pas de l'époque A son profit absorber les pouvoirs ; Enfant de Dieu, lorsque sa voix l'invoque. Comme ses droits il comprend ses devoirs. L'erreur flétrit, la lumière féconde :

A ses regards, hommes, laissez briller La vérité qui sauvera le monde 1 Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.

Maints généraux qui n'ont point vu la guerre , Maints remplisseurs d'inutiles emplois , Si grassement payés pour ne rien faire , Devenus vieux ont pensions et croix.

Et dans cet or qu'on gaspille sans cesse Trouver un jour, sans l'aller mendier.

Le pain sacré qu'on doit à sa vieillesse , Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.

Oui, l'ouvrier sait bien que la soutlrance Est notre lot à chacun ici-bas ; Que le bonheur est tout dans l'espérance , Qu'à l'homme enfin le pain ne suffit pas. Ah ! de son cœur n'étouff'ez pas la flamme , Au joug des sens n'allez pas le lier : .lusfiues à Dieu faites monter son àme ! Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.

— ISl —

Puissants du jour, de la commune cause

N écartez pas l'ouvrier en sarrau ;

Qu'il soit par vous compté pour quelque chose :

Faites enfin un chiffre d'un zéro !

Ne craignez rien en lui que l'ignorance,

Dans son cœur pur l'honneur est tout entier :

Donnez l'essor à son intelligence :

Voilà , voilà ce que veut l'ouvrier !

Juin 1848.

LIVROGNE.

Air : En avant , Fan fan la l^dipe. — 50.

Hier, malgré notre détresse, Jérôme , encor tu r vins gris ; Et des coups de ton ivresse.

Vois... mes bras sont tout meurtris.

Tes enfants, en ta pauvre demeure.

Pour leur mèr te suppliaient en vain !

Ils d'mandaient du pain,

Du r vers de ta main

Tu frappais.

Je pleurais

Comm' je pleure !

— Ouvrier, Agis comme

Un brave homme, Pour crier :

Honneur au tablier !

Loin que ton retour amène Le bonheur en ce séjour.

Le prix de six jours de peine Tu le bois en un seul jour !

Chaque soir tes enûints et ta femme, Comm' si tu n pouvais plus travailler.

S'en vont mendier

L' pain (ju' tu sais gagner :

Artisan ,

Conviens-en,

C'est infâme !

— Ouvrier, etc.

Tes actions sont contraires Aux princip's que tu défends :

Tu dis qu' les liomm\s sont tous frères Et tu frappes tes enfants.

Ton garçon et ta petite fille Devant toi tremblent à mon cùté :

Par fraternité,

J aim' riiumanité ;

Mais, sans r'mord,

J'aim' d'abord

Ma famille.

— Ouvrier, etc.

Tu veux qu' celui qui sait lire , Riche ou pauvr , soit électeur ; Jérôme, il faut donc f instruire Et surtout former ton cœur. Au lieu d' boir, lis avec moi, Jérôme, L'Evangir que je lis si souvent ; Tu diras content :

" Tout comme un savant, " Sans m' flatter, " J' puis voter :

" J' suis un homme ! "

— Ouvrier, etc.

Au commenc'ment d' notr mariage.

Tu n'avais pas c' vice affreux :

Song dans notr' petit ménage Combien nous étions heureux.

Nous avions, pour nous promner F dimanche C que pour vivr' nou§ avons mis en plan :

Ton pantalon blanc.

Ta montre d'argent.

Ton castor.

Ma croix d'or,

Ma rob' blanche î

— Ouvrier, etc.

Qnéqu Judas, pour mes alarmes.

Aura gâté ton cœur dor...

Quoi, Jérom\ tu vers's des larmes :

J' puis donc espérer eucor !

Cach" tes pleurs , car nous te ferions grâce 1 Est-c' possibr , quoi ! Jérôm' nous r Viendrait ?

On te chérirait.

On t'embrasserait...

Tout est dit :

On t' chérit.

On t'embrasse !

— Ouvrier, etc.

— Entants, bénissez votr' mère.

J' n'irai plus, com*ie autrefois.

Puiser dans le fond d'un verre L'éloquence de nos droits !

Plus de coups , car plus de liqueurs fortes ! A chaqu' frèr' qu'abrutit la liqueur.

Je crh'ai du cœur :

^- Rehauss' par l'honneur, " Ouvrier, *' L' tablier " Que tu portes !

" — Ouvrier , •' Agis comme " Un brave homme, " Pour crier :

'• Honneur au tablier! ^-

ivril 1840.

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