CE QUE VEUT L'OUVRIER
Musique de M. Hippûlyte Ilcro. — jo.
Que l'ouvrier, en sa rude sagesse, Montre le but qu'il poursuit aujourd'hui : Qu'on sache ])ien qu'il maudit la paresse Et ne veut pas ce qui nest point à lui. Son cœur l'éveille à l'heure de l'ouvrage Il ne pourrait vivre sans travailler ; Manger le pain qu'il doit à son courage, Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.
Sans se jeter avec des cris de haine , Comme un fléau sur la société.
L'ouvrier pur n'exclame à gorge pleine Que deux mots saints : travail et liberté ! Mais dans ses yeux lorsque la fièvre brille Ou quand l'hiver a fermé l'atelier , Un peu de pain pour nourrir sa famille,- Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.
Honte à ce siècle! Il fait encor la guerre. Quand le tambour les appelle en passant, Le fils du pauvre , hélas ! quitte sa mère ; Le fils du riche achète un remplaçant.
Coutume horrible, à jamais sois flétrie : Que riche ou pauvre on doive tous payer L'impôt du sang qu'exige la patrie !
Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.
I ihis.)
Si lartisan veut sortir de sa sphère ,
De vos grands airs, siècle, cest là le prix :
L'enfant rougit du métier de son père ,
Car ce métier nobtient que vos mépris.
Loin que ce soit l'habit seul qu'on renomme,
Ou sous la toge, ou sous le tablier,
Dans l'homme enfin qu'on n'estime que l'homme !
Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.
Non, l'ouvrier ne veut pas de l'époque A son profit absorber les pouvoirs ; Enfant de Dieu, lorsque sa voix l'invoque. Comme ses droits il comprend ses devoirs. L'erreur flétrit, la lumière féconde :
A ses regards, hommes, laissez briller La vérité qui sauvera le monde 1 Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.
Maints généraux qui n'ont point vu la guerre , Maints remplisseurs d'inutiles emplois , Si grassement payés pour ne rien faire , Devenus vieux ont pensions et croix.
Et dans cet or qu'on gaspille sans cesse Trouver un jour, sans l'aller mendier.
Le pain sacré qu'on doit à sa vieillesse , Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.
Oui, l'ouvrier sait bien que la soutlrance Est notre lot à chacun ici-bas ; Que le bonheur est tout dans l'espérance , Qu'à l'homme enfin le pain ne suffit pas. Ah ! de son cœur n'étouff'ez pas la flamme , Au joug des sens n'allez pas le lier : .lusfiues à Dieu faites monter son àme ! Voilà, voilà ce que veut l'ouvrier.
— ISl —
Puissants du jour, de la commune cause
N écartez pas l'ouvrier en sarrau ;
Qu'il soit par vous compté pour quelque chose :
Faites enfin un chiffre d'un zéro !
Ne craignez rien en lui que l'ignorance,
Dans son cœur pur l'honneur est tout entier :
Donnez l'essor à son intelligence :
Voilà , voilà ce que veut l'ouvrier !
Juin 1848.
LIVROGNE.
Air : En avant , Fan fan la l^dipe. — 50.
Hier, malgré notre détresse, Jérôme , encor tu r vins gris ; Et des coups de ton ivresse.
Vois... mes bras sont tout meurtris.
Tes enfants, en ta pauvre demeure.
Pour leur mèr te suppliaient en vain !
Ils d'mandaient du pain,
Du r vers de ta main
Tu frappais.
Je pleurais
Comm' je pleure !
— Ouvrier, Agis comme
Un brave homme, Pour crier :
Honneur au tablier !
Loin que ton retour amène Le bonheur en ce séjour.
Le prix de six jours de peine Tu le bois en un seul jour !
Chaque soir tes enûints et ta femme, Comm' si tu n pouvais plus travailler.
S'en vont mendier
L' pain (ju' tu sais gagner :
Artisan ,
Conviens-en,
C'est infâme !
— Ouvrier, etc.
Tes actions sont contraires Aux princip's que tu défends :
Tu dis qu' les liomm\s sont tous frères Et tu frappes tes enfants.
Ton garçon et ta petite fille Devant toi tremblent à mon cùté :
Par fraternité,
J aim' riiumanité ;
Mais, sans r'mord,
J'aim' d'abord
Ma famille.
— Ouvrier, etc.
Tu veux qu' celui qui sait lire , Riche ou pauvr , soit électeur ; Jérôme, il faut donc f instruire Et surtout former ton cœur. Au lieu d' boir, lis avec moi, Jérôme, L'Evangir que je lis si souvent ; Tu diras content :
" Tout comme un savant, " Sans m' flatter, " J' puis voter :
" J' suis un homme ! "
— Ouvrier, etc.
Au commenc'ment d' notr mariage.
Tu n'avais pas c' vice affreux :
Song dans notr' petit ménage Combien nous étions heureux.
Nous avions, pour nous promner F dimanche C que pour vivr' nou§ avons mis en plan :
Ton pantalon blanc.
Ta montre d'argent.
Ton castor.
Ma croix d'or,
Ma rob' blanche î
— Ouvrier, etc.
Qnéqu Judas, pour mes alarmes.
Aura gâté ton cœur dor...
Quoi, Jérom\ tu vers's des larmes :
J' puis donc espérer eucor !
Cach" tes pleurs , car nous te ferions grâce 1 Est-c' possibr , quoi ! Jérôm' nous r Viendrait ?
On te chérirait.
On t'embrasserait...
Tout est dit :
On t' chérit.
On t'embrasse !
— Ouvrier, etc.
— Entants, bénissez votr' mère.
J' n'irai plus, com*ie autrefois.
Puiser dans le fond d'un verre L'éloquence de nos droits !
Plus de coups , car plus de liqueurs fortes ! A chaqu' frèr' qu'abrutit la liqueur.
Je crh'ai du cœur :
^- Rehauss' par l'honneur, " Ouvrier, *' L' tablier " Que tu portes !
" — Ouvrier , •' Agis comme " Un brave homme, " Pour crier :
'• Honneur au tablier! ^-
ivril 1840.