‹ ChansonsChapitre 83 sur 216 · LA CHANSON PENDANT LORAGE · texte numérisé non relu

LA CHANSON PENDANT LORAGE

Aui des Trois Couleurs. — 35.

L'orage éclate ! . . . et la guerre , la guerre Mêle sa voix aux voix de l'ouragan.. .

Au bruit des vents , du canon , du tonnerre , Le globe entier semble sur un volcan.

Mais , quel espoir ! le plus sombre nuage Cache des cieux que rien ne peut ternir... Chantons, amis, au plus fort de l'orage : Il est un Dieu : (bis) buvons c\ l'avenir !

C'est aux clartés de la foudre qui gronde Qu'on voit lutter dans notre humanité Deux champions aussi vieux que le monde : Le bien , le mal , l'erreur , la vérité ! Le jour, la nuit se disputent la terre... L'obscurité pourrait-elle venir ?

Non , c'est du ciel qu'arrive la lumière... Il est un Dieu : buvons à l'avenir !

Tout conquérant croit qu'une grande armée Suffit pour mettre un peuple en interdit : Résiste-t-il , la poudre est enflammée.

Le boulet passe, il tue... et tout est dit. Tout n'est pas dit !... De sa tombe gla2ée Quelque penseur se lève pour punir ; Car le boulet n'atteint pas la pensée : Il est un Dieu : buvons <\ l'avenir !

Chantons au feu des éclairs , de la poudre ; Chantons ensemble et le verre à la main. Si c'est sur nous que doit tomber la foudre : Pour nous du ciel qu elle ouvre le chemin ! Le vin au cœur sait réveiller la flamme Quun monde froid s'efforce à contenir.

Un ange alors vient sourire à notre àme : Il est un Dieu : buvons à l'avenir !

Depuis que l'homme, un nain de trois coudées,

N'a plus pour guide un sentiment pieux ,

En mille sens un déluge d'idées

Roule partout son cours impétueux.

Battu des flots , si le monde en sa marche

Un jour encor menaçait de finir ,

Quelque Noé reconstruirait une arche...

Il est un Dieu : buvons à l'avenir !

L'IIJilUTAGE,

COMMENT l'oK PEUT FAIRE LE HONHEUK.

AïK : Verse, verse bon v in de France. — 33.

" Pierre , quand j étais ouvrier , - Que je menais joyeuse vie !

" Chacun m'appelait, sans envie, " Le rossignol de latelier.

» Aujourd'hui je suis un Crésus ; " Dans les Indes j'avais un frère :

" Héritier de tous ses écus, " Me voilà sorti de ma sphère ,

" Sorti de ma sphère !..

" Depuis que je vis à rien Caire, » 0 Pierre, je ne chante plus.

[Ins.)

Au faubourg quand il faisait bon.

Ma femme et moi, chaque dimanche, Nous prenions de la bière blanche.

Le petit pain et le jambon.

Heureux bras dessous, bras dessus.

Nous fredonnions dans la campagne...

On me sert des mets superflus Et des vins de France et d'Espagne,

" De France et d'Espagne !...

Depuis que je bois du Champagne, 0 Pierre, je ne chante plus.

•■ Et même devant du pain noir " Jeanne chantait à gorge pleine !

'» Après tout un long jour de peine, " Comme on était heureux le soir !

'' Heureux !... je croyais Tètre plus " Quand je quittais avec m^ femme » Le coin où par l'amour reclus " Nul chasrrin ne troublait notre âme

» Ne troublait notre âme !

" Depuis que Jeanne est grande dame , M 0 Pierre, elle ne chante plus.

" Adieu, Pierre : Jeanne m'attend.

» Adieu ! j attriste ceux que j aime ! " Ton ami Paul n'est plus le même :

" Tu soupires en l'écoutant...

'• Redis les doux airs que j'ai sus : " Je pars, moi qui te désenchante... •' En chemin, les traits abattus, Paul disait dune voix touchante.

D'une voix touchante :

^' Devant moi personne ne chante , " Depuis que je ne chante plus.

Mais Paul voit, au cri d'un huissier.

Au seuil d'une triste demeure

Toute une famille qui pleure :

On va vendre son mobilier !

Et Paul soudain : -^ Mais mon trésor

M Pour moi peut donc avoir des charmes î

" Ne vendez pas, voici de l'or :

" Braves gens , ici plus d'alarmes ,

V Ici plus d'alarmes !

" Au revoir, et séchez vos larmes : V Ali ! vous pourrez chanter encor î «

Paul rentre, et ses yeux triomphants De Jeanne ont fait rayonner rame.

A leurs pieds hieiilôt une leinnie S agenouille avec ses enfants :

" Dieu, fit-elle, entendra nos voix :

» Du pauvre il aime la prière ! ^ Et Paul dit : « Jeanne, tu le vois, M Le bonheur nous revient, ma chère,

» Nous revient, ma chère !

V En faisant du bien sur la terre '' Nous chanterons comme autrefois. ■>?

Page 1