RIMEUR DE CHANSONS
Rimeur de chansons, que sais-tu de la vie et de ses fortunes, toi qui vas, naïf et têtu, paré d'ombre et coiffé de lune ?
Que sais-tu, rimeur de chansons, de la douleur âpre et profonde ?
Tes désespoirs à toi? Des sons !
Des rimes d'or qui se répondent I
Rimeur de chansons, que sais-tu de Tamour et de sa folie ?
C'est en poèmes rebattus que tu courtises tes amies !
Que sais-tu, rimeur de chansons ?
Des mots sonores qui font rire !...
Et les seuls vrais poètes sont ceux-là qui souffrent — sans rien dire !
EMIGRANTE
Vous avez Tair d'une émigrante, avec vos mains sur vos genoux, vos mains de ferveur et d'attente...
Voici la pluie intermittente ; le soir tombe, la brume augmente, et nous avons froid tout à coup...
L'ombre pleut sur l'eau fugitive.
Est-ce notre avenir qui pleure ?
Comme il fait froid 1 Comme il fait peur ! On voit à peine l'autre rive...
Ce chant confus qui nous arrive, c'est la complainte du passeur...
COULEUK DU TEMPS 33
Les pays clairs de notre envie sont derrière la nuit, là-bas.
Mais, ce soir, la route assombrie est dure à nos pieds déjà las.
L'espoir meurt au vent qui Temporte ; et nous irons, de porte en porte, offrir, d'une voix qui sanglote, nos chansons qu'on ne comprend pas !
Ce bruit des rames et des chaînes !. . La nuit tarde, le brouillard traîne ; les gens dorment dans les maisons.
Mais notre inquiétude en peine égare encor vers Thorizon nos yeux de fatigue lointaine.
Le monde est vaste devant nous ; et Tombre peuple de légende rheure étrangère et le vent fou.
Notre feu baisse, hésite et tremble.
Savez-vous lire dans les cendres ?...
Ah 1 Comme il fait noir tout à coup !
M'en venant vers ton cœur votage, vers ton amour couleur du temps, paré d'azur et de printemps, j'ai fait un long pèlerinage.
Les chansons de tous les pays sont de souvenir et d'attente; et donc, en tous lieux où Von chante, je fus toujours bien accueilli!
Mélancolique et légendaire, j'ai suivi mille et un chemins ; etfen oublie, un beau matin, que fêtais parti pour te plaire !
Et, sans plus savoir où je vais, désormais, ni pour qui je chante, je poursuis ma route inconstante, au gré des jours bons ou mauvais,
Puisqu'on n'a pas gardé pour moi déplace à la fête élégante, et puisqu'une dame inconstante m'en veut, sans qu'on ait su pourquoi
au lieu de vaguer dans la rue, sous les fenêtres du palais, parmi les gueux et les valets, qui savent mes déconvenues ;
au Cabaret du Carrefour firai m'asseoir avec ma peine, et là, loin des courtisans blêmes, rimer des chansons jusqu'au jour.
L'hôtesse est gentille et m'admire, et je Vaime fort, car son vin, son vin clair ne me coûte rien qu'une caresse et qu'un sourire/
Nous sommes les irréguliers, dont on sourit, mais qu^on tolère ; et qui, loin des chemins frayés, s'en vont, nonchalants et lunaires.
Nous sommes les incohérents,
les irrésolus romantiques,
pour qui le lac, Tombre et le vent,
quand vient la nuit, font leurs musiques.
Joyeux, quelquefois, sans raison, ou bien désespérés sans cause, en chemin faisant, nous rimons des chansons folles ou moroses.
Et les gens trouvent singuliers nos goûts, nos us et nos chimère Nous sommes les irréguliers dont on n^a jamais rien pu faire
Il fait un petit printemps bleu, qui va, vient, recule et s^'avance; hésite et se rapproche un peu, en pleuvant par intermittences.
Il fait un petit printemps bleu...
Les jours, que le soleil traverse, les jours s'en vont, mais chacun d'eux s'attarde avec plus de tendresse.
Et, par des chemins imprévus, quelqu'un, doucement, nous ramène vers Tamour, qui semblait perdu, vers ses plaisirs et vers ses peines.
A quoi bon détourner les yeux
de rheure ingénue et charmante?...
Il fait un petit printemps bleu
qui soupire et pourtant qui chante !
Un soir, paisible et rassurant,
qui dure, enchante, et fait luire un étroit croissant
de lune indulgente...
Un soir égal, simple et berceur,
si bleu, si tendre, qu'on dirait qu'un peu de bonheur
enfin va descendre...
Les passants passent, deux par deux,
les mains unies ; et tout le monde a Tair heureux
pour toute la vie.
Et Tavenir, triste ou cruel,
paraît facile, et plus accueillant que le ciel
sur la grande ville.
Tout devient clair, simple et facile, tout devient clair, facile et beau, quand mon cœur s^'anime à nouveau sous le vol des rythmes agiles !
Ai-je, vraiment, voulu mourir ?
Ai-je été seul? Ai-je été triste?
Tout s'éclaire, et plus rien n'existe hors mon caprice et mon plaisir !
L'azur infini qui s'éploie, l'air odorant. Tonde et les fleurs, tout fait accueil avec ferveur au Dieu qui préside à ma joie !
Et moi, tel un prêtre exaucé, les bras ouverts, l'âme affranchie, je jette un défi vers la vie et vers l'enfer des jours passés î
4i CHANSONS CAPTIVES
Si j^étais poète, soudain, comme Paul Fort ou Francis Jammes, aurais-je, un soir, assez de larmes pour louer Dieu de mon destin ?
Fou de joie et d'impatience, j-e bondirais, libre, indompté, comme un enfant vers la clarté du tout premier jour des vacances !
Puis je m'apaiserais, sentant s'ordonner dans mon âme claire doi plaisir, pour ma vie entière, et du bonheur jusqu'à cent ans !
Et toi, que les vers font sourire, hélas, et bâiller, tour à tour, que penserais-tu, mon amour, de me voir heureux sans rien dire ?
Je veux, puisqu^il faut que tout passe
et meure un jour, faire ainsi qu^il reste une trace
de notre amour.
Ce n'est qu^'une humble mélodie
qui flotte au vent ; mais je mets mon cœur et ma vie
pour toi dedans.
Ce n'est qu'une chanson banale,
en mots bien vieux ; mais j'y mets tes bras, tes mains pâles,
et tes cheveux...
Je laisse aux autres leur science
et leur talent, pour parler, ainsi que je pense,
tout simplement.
Si j^étais riche, et point avare, je ferais coudre, tout d'abord, trois beaux rubans, d'azur et d'or, au manche usé de ma guitare !
Tu aurais mille et un chapeaux, fleuris de roses naturelles ; tu serais partout la plus belle, et moi je serais le plus beau !
Tu porterais, à tes mains claires, des joyaux tout exprès pour toi !
Tu aurais l'amour de ton choix et tout ce qui pourrait te plaire !...
Si j'étais riche, en moins d'un an, je serais pauvre et famélique !
Pour des Espagnes chimériques prenons passage, en attendant !
Mon bon trésor de rimes rares va durer un mois, pour le moins !
Je te dirai, si tu veux bien, des vers qui te vaudront la gloire I
Sous tes chapeaux de quelques sous tu ne seras pas moins gentille :
Tout n'est pas or dans ce qui brille, et notre richesse est en nous !
Tu m'as dit, un soir, tu m'as dit, presque troublée et presque tendre :
« Mon cœur commence à te comprendre, Est-ce l'amour qui vient ainsi ? »
Tu cherchais un peu tes paroles, comme un enfant qui se réveille ; et tes yeux clairs étaient pareils aux yeux divinisés des folles !
C^était si pur et si lointain, oh ! ma cigale vagabonde, que je n^aurais pu te répondre autrement qu^'en joignant les mains !
Était-ce enfin l'amour I Peut-être...
Mais je pense à lui plus souvent, depuis ce jour, furtive enfant, où tu crovais le sentir naître.
Cest Dimanche aujourd'hui. Tu m'aimes, dis-tu, pour la première fois...
Tes yeux sont plus graves ; ta voix, presque tendre, n'est pas la même.
Tu me dis ; « Nous avons le temps ; il n'est pas tard, dormons encore,.. »
Et le niatin, vif et sonore, danse au soleil intermittent !
Oh I lente torpeur ! Frais silence, accru par les bruits du matin !
Qui sommes-nous ? Je me souviens des bons réveils de mon enfance !
Et mon rêve, éloigné de toi, traversé de lueurs soudaines, me rend mes tristesses lointaines et mon sourire d'autrefois.
Petits riens, petites chansons, petits airs, furtives cadences ; petits plaisirs, menus frissons, petits sanglots sans importance?
Mais oui. C'est vrai ! Petits bonheurs, légers lyrismes de romance, fragiles battements d'un cœur sans amertume et sans outrance !
Pourquoi pas? Nos rêves, nos pleurs, seront-ils moins purs, moins sincères, pour s^énoncer, avec douceur, en mots lents ou crépusculaires ?
Et notre vie n'est-elle point qu'instants alternés de lumière ou d'ombre, instants brefs, petits riens, mais où vibre notre âme entière?
C'est du temps perdu, ma petite, que ces grands espoirs d'être heureux ! Aimons-nous, bien fort et bien vite, selon nos cœurs aventureux !
C'est du temps perdu que ces rages et ces défis jetés au sort I Aimons-nous, sans pleurs d'un autre âge, sans romantisme et sans remords !
Vois, l'heure tourne à la pendule, et tes grands serments indignés, tes grands projets, sont ridicules comme un chapeau de l'an dernier !
Le soir se meurt contre nos vitres, l'instant seul qui passe est à nous... Aimons-nous bien fort, ma petite, sans gestes vains, sans propos fous !
O- CHANSONS CAFTHES
L'amour, avec sa majuscule et ses rimes de grand gala, nous paraissait, en ces temps-là, un peu poncif et ridicule!
Ah! le pauvre amour des romances et des lyrismes qui délirent !
Nous lui réservions le sourire qu'on a pour les rois en enfance !
Jusqu'au soir où, naïf et nu, Tamour a franchi notre porte...
Nos cœurs ont adoré sa force ; nos yeux ne Font pas reconnu!
Il était jeune et simple et grave, et nous présentait un miroir, où, soudain, nous pûmes nous voir à genoux et chargés d'entraves !
Ah ! quel triste ciel, faible amie, triste enfant qui pleures ce soir, pauvre enfant, lasse de vouloir, ah ! quel triste ciel sur ta vie !
Le grand vent fait voler, sans fin, les lourds nuages de novembre...
Ah ! pâle enfant, lasse d'attendre, quel triste ciel sur ton destin !
Comment faire, pour vivre encore, sans ce peu d'espoir qui finit ?
Demain, plus mauvais qu'aujourd'hui, déjà se lamente et s'éplore I
Frêles mains, jointes sur ton cœur...
Fragile cœur à l'agonie...
Ah '.quel triste ciel sur ta vie, pauvre enfant, sans foi ni bonheur I
Dans mon cœur j'ai pour toi, pauvre âme,
des trésors de tendre pitié ;
j^ai de l^amour extasié
pour toi qu'on méprise ou qu'on blâme.
Quand j^ai vu qu'un désert d^ennui, sans répit, mirages ni grèves, se prolonge autour de tes rêves, d'où tous bons présages ont fui ;
j'ai voulu, pâle abandonnée,
dans Tombre où se cachaient tes pleurs,
te donner un peu du bonheur
dont te privait la destinée.
Mais ma voix venait de trop loin ; tu n'as pu ni voir ni comprendre...
J'ai des trésors de pitié tendre pour toi qui poursuis ton chemin.
Voici revenir ces journées de silence et d'accablement, où t^'environne, obscurément, Tennemi de ta destinée.
Oh ! jours de stupeur et d'effroi I Jours de révolte et de colère î Tu vas, traqué par Tadversaire, et Dieu s'est éloigné de toi I
L'effroyable ennui qui t'écrase, s'empare, et pour l'éternité, de ton cœur, jadis visité par le plaisir et par l'extase.
Oh I jours de péril et d'erreurs !
Jours maudits ! Quel sera leur nombre ? Et que vas-tu souffrir dans l'ombre avant l'instant libérateur ?
Si souvent j'ai cru, si souvent, découvrir, au bord de ma vie, la retraite où se réfugie mon espoir naïf et fervent ;
si souvent j'ai cru, las d'attendre, et las d'implorer sans répit, gagner le refuge et l'abri d'un peu d'amour paisible et tendre ;
mais, si souvent, je n'ai trouvé que mensonge ou qu'indifférence, qu'à bout de force et de souffrance, et puni d'avoir trop rêvé ;
taciturne et la tête basse, je vais, désormais, sans effort, et sans plus demander au sort que la pitié du vent qui passe.
Le talent qui fut, un jour, presque jusqu'à la folie^ le grand orgueil de ma vie, s'en est allé sans retour.
Il m^'a fui, las de me suivre
et de m^'assister en vain ;
et je reste seul soudain,
sans plus rien qui m'aide à vivre !
Les chemins du paradis sont pleins d'ombre et de mensonge et je ne sais plus qu'en songe les poèmes que j'ai dits !
Sans plus rien qui me délivre ou qui m^'exalte en secret, comment faire, désormais, pour continuer à vivre ?
Les miroirs des cafés nocturnes me montrent, parmi leurs clartés, mon front, maussade, taciturne, et qui n'a jamais enfanté.
Comme les miroirs multiplient, en les parant de feux menteurs, les apparences du génie, de la tendresse et du bonheur !
Mais aussi, comme ils accentuent et décuplent, jusqu'à la mort, la ride et le chagrin qui tue, la meurtrissure et le remords !
Les miroirs des cafés nocturnes...
Je m'y vois morne et déjà vieux, portant, sous mon front taciturne;, un vain trésor prestigieux.
LES CHANSONS DU CARREFOUR fil
La nuit, plus tendre que Tamour, lentement descend vers la terre, pour y dorloter, jusqu^au jour, les cœurs trahis ou solitaires.
Le vent, plus doux que le baiser, se prodigue, à travers Tespace, aux fronts maudits ou méprisés...
Le vent profond passe et repasse.
Pauvres cœurs, leurrés trop souvent, et vous, tristes fronts toujours sombres, acceptez les baisers du vent et tout l'amour épars dans Tombre !
Car c'est pour vous que le destin prive d'étreintes consolantes, pour vous seuls que la nuit revient et que le vent caresse et chante.
Pour n'être plus déçu jamais par la vie adverse et méchante, au gré des jours et des regrets j'ai fait trois chansons consolantes.
Dans la première j^ai conté
mes espoirs, dont rien ne demeure,
mon désir, jamais contenté,
d'être aimé, ne fût-ce qu'une heure.
La seconde est qu'il ne faut pas demander au sort autre chose qu'un peu de soleil et, parfois, l'arôme imprévu d'une rose.
La dernière exalte la mort...
^lais, quand j'ai chanté la dernière, j'écoute, aujourd'hui comme alors, une voix qui soupire : « Espère. .. »
Viens et prenons courage un peu, mon âme, reprenons courage ; regardons ce petit ciel bleu, cet arbre pâle et ce nuage !
Viens, mon âme, et sèche mes pleurs ; vois : notre route est longue encore ; acceptons ce petit bonheur qui sur notre seuil vient d'éclore!
Le vent sent bon car il a plu ; dans les jardins qui se reposent, le parfum des bosquets touffus se mélange à Todeur des roses.
Du ciel, un rameau balancé, des rumeurs, des fleurs endormies, mon âme, n'est-ce point assez pour nous faire oublier la vie ?
Il y a du lierre au-dessus d'un mur triste où s'ouvrent des roses et le calme aspect de ces choses console mon désir déçu.
Il y a, dans le ciel tranquille, tant de paix,, tant d^infini bleu, que Foubli descend, peu à peu, vers mon cœur naïf et docile.
C'est un soir tel que bien des soirs, un soir paisible et plein d'haleines ; mais il met soudain sur ma peine tant de silence et tant d'espoir,
qu'oublieux de toute la vie, de tout le mal, de tout l'amour, je pense être heureux pour toujours, sans plus de regret ni d'envie !
Enferme ta douleur en toi, dans le plus secret de ton être.
N^en laisse rien voir ni paraître...
Elle est ton bien : Respecte-la.
Enferme ta douleur en toi comme un don précieux et rare.
Savoure-la seul, en avare...
Tu n'as qu'elle au monde ; Aime-la,
Enferme ta douleur en toi pour ne pas attrister les autres ; et si tu souffres par ta faute, alors surtout ne te plains ,pas.
Enferme ta douleur en toi.
Rends-la profonde, grave et belle..
Tu trouveras ta force en elle et ta raison d'être ici-bas.
Pourquoi tant craindre l'avenir ?
Tu connais ce qu'il peut t'offrir et tout le mal qu'il doit te faire...
Va, patiente et persévère !
Et pourquoi t'en prendre au passé de n'avoir jadis exaucé ni ton désir ni ton attente ?... Va, persévère et patiente !
Chaque jour apporte avec lui
son lot de plaisir ou d'enn ui:
Fais accueil aux jours, d'heure en heure ;
et sache être seul quand tu pleures.
Souris parfois ; suis ton chemin ; prends ta part du mal et du bien, du ciel, du silence et du rêve...
Et songe aussi que tout s'achève.
Si Tamour, un jour, doit venir au-devant de toi qui l'implores, c^est un secret que l'avenir à ton cœur jaloux cache encore.
Et si l'amour doit t'apporter le tourment, qui ronge et déchire, ou la paix d'un rêve exalté, ton destin seul saurait le dire.
Cesse donc, d'un œil anxieux, d'interroger Tonde et la grève ; chaque jour te révèle un peu l'avenir où vivent tes rêves.
Patiente, et va ton chemin, mais d'un cœur calme et perspicace ; car le temps coule et ton destin va t'apparaître face à face.
Simple plaisir, calmes espoirs...
Calme bonheur et simples rêves...
Rien n'est meilleur que d'être au soir d'un jour de bon travail sans fièvre !
Le silence approuve et bénit mon cœur qui redevient crédule...
Rien n'est meilleur que d'être assis devant sa porte au crépuscule !
Je reviens de loin, de très loin ; le sort m'a puni sans relâche ; et j'ai connu que tout est vain, sauf de faire humblement sa tâche.
Sage bonheur et simple orgueil de renoncer et de se taire...
Demain, qui doit me mettre en deuil, me verra calme et sans colère.
LES CIIANàO.NS DU GARRliFOUR 69
L'ennui qui, ce soir, m'est venu, front triste et paupières baissées, n^est pas nouveau pour ma pensée, qui, sans effroi. Ta reconnu.
C'est un ami de mon enfance qui partout m'escorte en chemin, souvent de près, parfois de loin, mais sans répit ni défaillance.
Ses retours ne me font plus peur ; sa place est prête, il est mon hôte, et nous vieillirons côte à côte... Il sait la raison de mes pleurs,
il voit le tourment de ma vie ; et c^est, par un soir pluvieux, lui qui me fermera les yeux, pour la nuit dernière et bénie.
Quand on m^aura couché, tout froid, dans le dernier lit de ma vie, avant pour toujours qu'on m''oublie, je veux qu'il ne reste de moi
qu'une chanson, douce à entendre, calme et nonchalante, et, pourtant, qui laisse entrevoir le tourment de mon cœur fragile et trop tendre.
Oh ! cœur, toujours ivre ou déçu,
toujours épris, leurré sans cesse, faut-il dire et votre faiblesse et vos grands désirs d'absolu?
Non ; la plainte est stérile et vaine ; A et je veux, taisant mon émoi,
qu'un jour il ne reste de moi qu'une chanson lente et lointaine.
Voici venir le petit jour.
El voici, terne et clignotante, que languit la suprême lampe au Cabaret du Carrefour,
Car voici poindre et planer l'aube; et c'est Vheure où rentrent chez eux, malcontents, dolents et frileux, les derniers attardés qui rôdent.
Qu'il est bon, ce vent du matin, si fort, si strident d'hirondelles !
FA que la ville est simple et belle, et que l'avenir est certain !
Retrouve ton âme et ta force, oh! poète! Et redresse-toi, pour joindre, avec ardeur, ta voix au cantique exalté des cloches !
N'es-lii point jeune et fier encor, assez fier, assez plein d'audace, pour oser contempler en face le monde et l'amour et la mort?
Cours donc le mêler à la vie!
Baigne ton front las dans Vair bleu!
Puis redescends, d'un pas Joyeux, vers la ville encor endormie!
PETITES CHANSONS DU BORD DE L'EAU
Lente, avec des remous soudains, Teau passe, passe et passe encore, au long des prés et des jardins que Tété pavoise et décore.
Bleue, avec des reflets mouvants, Teau prolonge, indolente ou vive, selon Theure et selon le vent, Taspect varié de ses rives.
Câline et rauque, tour à tour, et, tour à tour, profonde ou claire, sa voix trahit, au gré des jours, la paix, la crainte ou la colère.
Et quand tout bruit, discord ou vain, s'est tu parmi Tombre opportune, elle accueille et transforme enfin le visage errant de la lune.
Il pleut sur Teau du fleuve gris, doucement, sans hâte et sans trêve ; et doucement il pleut du rêve sur les arbustes rabougris.
Du brouillard traîne sur les berges, sur Teau triste et sur la forêt...
Il pleut du rêve et du regret sur la grand^route et sur l'auberge.
Hilda, la fdie du passeur, brode auprès du feu qui palpite ; l'aiguille va, toujours plus vite, et déjà m'a percé le cœur !
Comment faire et "comment lui dire ?
L'horloge bat toujours plus fort ; soudain la fdle aux cheveux d'or me regarde et se met à rire I...
PETITES CHANSONS DU BORD DE L EAU
Et puis, au bruit des gonds plaintifs, le père entre avec sa lanterne...
Et Ton voit trembler dans l'eau terne, un éclair brusque et fugitif.
Les flots s'en vont et s'en viennent, lents et brusques tour à tour...
Du plus loin qu'il me souvienne en vain j'ai cherché Famour.
Les flots roulent et s'élancent, sans but, sans repos ni fin...
Dès les jours de mon enfance j'ai cherché l'amour en vain.
Les bateaux glissent et passent au bas du ciel azuré...
Ma jeunesse est enfin lasse de poursuivre et d'espérer.
Les grands rochers noirs s'égouttent sur le sable d'argent fin...
Ma destinée est, sans doute, de toujours chercher en vain.
PETITES CHANSONS DU BORD DE l'eaU 79
La lune est, sur Teau qui miroite, comme un pont de nacre et d'argent, comme un pont fragile et changeant, posé sur la rivière étroite .
Les parfums des arbres, des fleurs, ont peuplé Tombre et le silence de tant d'amour et d'indolence que vos yeux graves sont en pleurs . . .
Le chant des grillons, qui persiste, par instants cesse et va mourir ; et nous nous sentons défaillir, d'un bonheur ineffable et triste.
Et je vous regarde, en songeant au vol des heures fugitives...
La lune est, sur Tonde plaintive, comme un pont de nacre et d'argent.
Tes souvenirs les plus lointains sont baignés de brume infinie ; et ton cœur est né sous la pluie par un gris Dimanche malin.
Ta vie a connu la souffrance dans un lent pays de brouillards.
Mon cœur^ il a plu tous les soirs autour des pleurs de ton enfance.
Un goût de tristesse et d'adieu se mêle aux baisers que tu donnes, et des rêves d'arrière-automne Vont précédé de lieu en lieu.
Le parfum des branches mouillées suit ton âme et flotte alentour:
et, dès lors, il pleuvra toujours à l'horizon de les pensées.
Dans le pays où tu es née, il y a de grands marécages, des souvenirs et des présages...
Et il pleut toute la journée.
Tu cousais près de la fenêtre.
La lampe éclairait dès quatre heures.
Tu rêvais d'un autre bonheur,
tu rêvais, tu priais peut-être.
Maintenant que tu es partie loin des canaux et des brouillards, souvent je vois à tes regards que tu regrettes ta patrie.
Et moi, qui aime les nuées et les lampes des soirs étroits, je voudrais vivre auprès de toi dans le pays où tu es née.
C'est un moment de toute la vie, c'est un moment quelconque et lent.
La rue s'agite, et, simplement, le soir tombe avec la pluie.
J'ai déjà vu, souvent^ bien souvent, tomber la pluie avec le soir, et se mêler les passants noirs avec l'ombre qui descend.
Mais je n'avais pas encor compris la détresse du soir des villes, et la douleur des cœurs stériles, quand vient l'ombre avec la pluie.
Et tu t'en vas, parmi cette boue, et ces rumeurs et ces malheurs, tandis qu'une vague de pleurs gonfle ton cœur, tout à coup.
Maman, j^'ai mal de cette pluie et de ce parfum d'autrefois !
Maman, prends mes pleurs contre toi, et que ton baiser les essuie.
Voici, c'est Toctobre et Tadieu; c'est le grand vent qui se désole, et le dur chemin de Técole...
Et c'est des larmes plein les jeux.
C'est le départ lent dans la pluie et l'effroi des derniers regards...
Ah! quel souvenir pour plus tard, sur le dur chemin de la vie !
Et c'est tout ce qu'on ne dit pas pour essayer d'être moins tristes...
C'est la pluie en travers des vitres... Maman, prends mes pleurs contre toi,
Fermons les yeux, ne parlons plus ; soyons en rêve, soyons seuls, puisque, ce soir, tout nous salue et que Tombre pleut sur les feuilles,
Oublions la peine et Terreur qui, hier encor, étaient les nôtres.
Si je soupire et si tu pleures, ce n'est plus ni ma ni ta faute.
Écoute : le jardin murmure, se donne à Tombre et se repose.
Pourquoi songer au mal futur?
Acceptons le conseil des choses.
Fais-toi petite auprès de moi comme un enfant qui se confie; et, pour un soir, sans autre émoi, laissons-nous mener par la vie.
Laissons-nous conduire au hasard ;
et, selon l'ombre qui s^égoutte,
oublions qu'il est des départs
et qu'on tremble au tournant des routes.
PETITrS CHANSONS PAR LA PLUI^
Paul Fort, je te donne ces vers, car, un soir, tu as vu mes larmes ; et tu connais toute mon âme d'enfant tendre qui a souffert.
Mon orgueilleuse volonté sanglote à genoux comme on pleure...
Ah ! Paul Fort, tu connais mon cœur et ses désirs d'éternité 1
Que faire d'un cœur qui s'obstine à toujours vouloir tout ou rien ?
Oui, dis-moi, que fais-tu du tien, quand il déchire ta poitrine ?
Mourir déjà? Vivre quand même ?
Trouver l'oubli qui désespère?
Paul Fort, je te donne ces vers et toute la détresse humaine !
Gros, nous avons souffert ensemble d^un vieux désir, toujours nouveau.., Le soleil tourne, le soir tremble, et la lune danse avec l'eau.
Un vieux désir inguérissable a mordu nos cœurs acharnés...
Voici la pluie intarissable, et voici nos pleurs alternés.
Où irons-nous vivre nos vies, si rien ne répond à nos vœux ?
Nos cœurs seraient-ils sans patrie, sans demeure, sans feu ni Dieu?
Que ferons-nous de notre force et de nos grands désirs jaloux?
Mais la pluie danse avec Teau morte et voici l'aube... Où irons-nous?
Quand j^ai fait ces vers à Paul Fort, est-ce bien moi qui les ai faits ?
J^'en doute un peu. J'étais dehors ; il faisait soleil ; il pleuvait.
C'est au coin de la rue Daguerre que, soudain, j'entendis ces mots :
« Paul Fort, je te donne ces vers... Et le reste vint aussitôt.
Petite flamme, claire à peine, petite fête intérieure, tu vacilles sous mon haleine, et tu vas mourir tout à Theure.
Encor un instant, par pitié !
Car ce sera la nuit profonde, où j'irai, lourd, traînant les pieds, et maudit, comme tout le monde !
Je te donne ces vers d'octobre,
parce que tu es simple et triste,
et que tu aimes ces champs d'ocre
où le demi-soleil hésite ;
parce que tu es lente et douce,
et que tu aimes cette route
et son odeur de feuilles rousses.
Je te donne ces vers d'octobre où le premier feu fume et chante, parce que tu es triste et lente, et que tu aimes ces vignobles trempés de pluie intermittente ; parce que tu es douce et triste, et que tu aimes, sur nos vitres, ce bruit qui pleure et qui crépite.
Je te donne ces vers d'octobre...
Souviens -toi : C'était en novembre, à rheure où le soir se dérobe, à rheure incertaine où les lampes
se poursuivent de chambre en chambre...
Je te donne ces vers qui tremblent, et qui te diront ma fatigue, le chagrin de mon cœur avide, et mes regrets d'enfant prodigue.
Mets-toi là ; donne-moi tes mains...
Oublions qu'il est des chemins, des horizons, des lendemains...
Soyons petits, cachés, fragiles ; et défendons à nos regards d'aller plus loin que le brouillard assoupi sur les fleurs tranquilles.
Fermons ces livres décevants.
Oublions ; soyons deux enfants, craintifs, secrets, blottis, crédules...
Le passé jase à la pendule ; Barbe-bleue ne reviendra pas ; rOgre dort, si loin qu'on l'oublie ; et Mélisande se marie ; et Maleine en deuil chantera...
Soyons deux enfants côte à côte.
Oublions qu'il est des chemins, des horizons, des lendemains, des pleurs, des remords et des fautes.
Enfermons nos cœurs Tun dans l'autre ;
et nos cœurs n'iront pas plus loin
que la fenêtre où le jardin,
paisible d'être seul au monde,
se berce au gré du soir qui tombe.
Mon passé m'a pris par la main vers un soir d'octobre et de pluie.
Puis il m'a dit : « Voici ta vie :
Du brouillard sur un grand chemin.
De longs adieux, des baisers tristes ; du remords et du souvenir.,.
Vois maintenant ton avenir où l'automne dure et persiste.
Il pleut sur ton bonheur secret, sur ton amour caché de brumes , et tes heures s'en vont, chacune, au gré du rêve ou du regret.
Tu auras beau prier et croire en cherchant l'azur infini, cest à jamais qu'il fera gris à l'horizon de ta mémoire. »
Mon maître, Henri, n'eut pas honte, quand vint l'amour et la déception, de faire, un jour, de simples chansons avec ses douleurs profondes.
Mon maître, Henri, n'a pas craint, lorsqu'il pleurait des larmes amères, d'écrire, un soir, des chansons légères avec ses plus grands chagrins.
Car la peine la plus vive, le plus souvent reste au bord du cœur ; souvent aussi le plus clair bonheur s'exprime en chansons furtives...
Gomme a fait mon maître, Henri, je veux, rimant des strophes restreintes, dire, à mon tour, ma joie et ma crainte, mais sans gestes et sans cris.
Il faisait bien noir, ma petite, il faisait bien terne et bien froid, il faisait bien tard et bien triste ; et c'était vendredi, je crois.
Novembre, avec tous ses présages de solitude et de chagrin, gémissait dans le vent d'orage, autour de ton cœur et du mien.
Il faisait bien triste et bien sombre, il faisait bien tard ; et pourtant, malgré les menaces de l'ombre, malgré l'heure et malgré le vent,
tu as mis ta main dans la mienne, et j'ai mis près du tien mon cœur...
Quand faudra-t-il qu'il nous souvienne de ces présages de malheur ?
Oh î clair visage, de lumière et de candeur environné !
Lèvres douces, douces paupières, tendres yeux jamais détournés !
Mains plus paisibles, plus bénies que souffles parfumés d^ Avril, mains dont le geste puéril peuple de fleurs toute ma vie I
Corps souple et pur, corps précieux, paré de songes, corps esclave !
Source et trésor mystérieux d'infini calme et d'amour grave !
Tout cela, mon coeur, si divin,
si fragile en son ignorance...
Ne trembles-tu pas, quand tu penses
à Tau-delà des jours prochains ?
Ton pays natal est paisible comme un Dimanche égal et sage ; et sur les chemins de halage passent des anges invisibles.
La lumière d'après-midi glisse en rayons sur les toits roses, où les ramiers calmes reposent tendrement leur vol alourdi.
Dans le jardin aux roses noires, tu marchais, la main sur tes yeux ; tandis que le vent paresseux déroulait tes rubans de moire.
Que cherchais-tu, vers Thorizon, si loin des anges invisibles ?
Et ta mère lisait sa Bible à la fenêtre aux rideaux blonds.
Je te regarde... Tu Inoccupés à coudre je ne sais trop quoi.
Tes jambes bougent sous ta jupe...
Comme il fait calme autour de toi I
Quel silence auprès de ta vie !
Ohl mon plaisir, comment fais-tu pour conserver tant d'harmonie à ton sort triste et combattu?
Je te regarde ; et tout s'apaise, tout s^'ordonne au gré de mon cœur.
Le retour des heures mauvaises désormais ne me fait plus peur.
Tes cheveux luisent... Le soir tarde.
Pourquoi songer à l'avenir?
Paix sur nos cœurs!... Je te regarde Alors tu souris, sans rien dire.
La beauté du nouvel amour est moins dans Tétreinte irritante, que dans la découverte lente d^un cœur livré jour après jour.
Elle est moins dans Tardeur profonde, que dans l'abandon graduel, alternatif et mutuel, de deux âmes qui se confondent.
On croyait, peut-être, à un jeu, à quelques heures libertines ; mais, tour à tour, on se devine, et on s^échange peu à peu.
Et si tendrement qu'on s'étonne, tandis que naît l'amour nouveau, de découvrir, à tout propos, combien, soi-même, on se transforme.
La lampe est rose sur la table, près du poème inachevé, tandis que fuit, comme du sable, l'instant par nos rêves rêvé.
Ah! comme il fait triste en nous-mêmes! Vous êtes là; mais, cependant, je ne sais plus si je vous aime, et je tremble en vous regardant.
Nous avons rêvé tant de choses, quand le destin nous séparait, que, ce soir, sous la lampe éclose, nous souffrons du même regret.
Le doute entre nous rôde et rampe ; et Tinstant, que j'ai cru si beau, s'éloigne en laissant sous la lampe la place exacte d'un tombeau.
Rien nWflige ton cœur en peine, ton cher cœur d^enfant qui s'ignore, comme la légende où Maleine soupire auprès d'une eau qui dort.
Il y a, parmi le feuillage, on ne sait quoi de sanglotant ; et des regards phosphorescents rôdent au ras des marécages.
Un jet d^eau râle, un astre tombe...
Qui donc a effrayé les cygnes ?
Un grand éclair muet désigne le château mort comme une tombe.
Et tu ressembles à Maleine, avec tes yeux clairs qui mendient, et qui demandent à la vie le secret de ton cœur en peine.
Tu es à la fois toutes celles
qu'en des soirs lointains j'aimai tant.
Tu es Bérénice et Monelle,
et Maleine aux cheveux flottants.
Tu es celles que j'ai chéries dans mes songes crépusculaires. Tu es la petite Marie qu'aima le Chevalier Valbert.
Tu es aussi l'enfant frao;ile
que j'aimai quand j'avais quinze ans ;
et sur tes lèvres puériles,
je baise mon passé vivant !
Tu es celles que j'aime encore, là-bas, dans l'avenir profond.
Tu es Mélisande et Mamore, et tu es celles qui viendront.
Tu es Tune des sept Princesses, et Tune des fdles du roi ; et tant d'autres, peine, tendresse et repentir... Et tues toi.
PETITES CFIANSOXS 1 1 I
Ce bonheur, que tu réclamais, non sans colère et amertume, Dieu te Toffre ; aussi, désormais, bénis Dieu d'un cœur sans rancune.
Il est là, tangible, certain, baigné de calme et de silence ; et tu n^'as qu^à tendre la main pour t'assurer de sa présence.
Tu Tavais rêvé plus ardent, plus aigu, plus jaloux peut-être ?
Laisse-le faire et sois prudent ; bénis-le ; tu n'en es pas maître.
Souviens-toi : songe à tes regrets ; songe à ton cœur blessé de craindre Et va : ton destin, désormais, n'aura plus le droit de se plaindre.
1 12 CHANSONS CAPTIVEï
Chaque matin je me réveille
avec Teffroi que mon bonheur,
fatigué d'habiter mon cœur,
ne m'ait quitté pendant mon sommeil.
Quand je sens qu'il s'attarde encore^ je le possède jusqu'au soir, en redoutant alors de voir intervenir la prochaine aurore.
Mais les jours passent, et les nuits; et je sais bien que mon bonheur peut me délaisser tout à l'heure,
ou que je vais me lasser de lui.
Et c'est pourquoi, fermant les yeux, je m'accoutume à l'ombre close, pour savoir me passer des choses, et n'avoir plus besoin d'être heureux.
Ton charme ambigu, ton attrait, divers et double, ont fait ma vie plus ornée et plus infinie que tous mes vers ne le diraient !
Tu portes, dans ta chair fragile, tant de légende et de beauté, que mon amour, à tes côtés, n^est qu'un miroir toujours docile !
Tu viens de si loin jusqu'à moi, selon tant de métamorphoses, tant de cadences, tant de poses, tant d'élan, de calme ou d'effroi ;
tu recèles tant de mystère, que mon plaisir n'aura jamais l'orgueil, pour toujours satisfait, de te posséder toute entière !
Les regards te font plus jolie ; et tu t'émeus, sous les regards, comme un lac au soleil du soir, et comme un lilas sous la pluie.
Tu perçois Tenvie et Tardeur de leurs caresses fugitives ; ta bouche tressaille et s'avive, tes yeux s'ouvrent, paisibles fleurs.
Tu prends aux regards qui t'admirent
leur infini mytérieux ;
et tu concentres, parmi eux,
tant d'amour impossible à dire,
que tu m'embrasses tout à coup, défaillante et presque pâlie...
Les regards te font plus jolie, et je t'aime en eux, malgré tout.
La Seine, nocturne et diverse, glisse avec ses reflets mouvants des feux rougres et des feux blancs.
L'heure est trouble et il pleut à verse.
Ces lueurs, ces lueurs qui tremblent, sont un peu de mon âme en rêve.
Que rheure est longue ! J'ai la fièvre ; et j'attends sur le Pont au Change.
On voit la clarté des théâtres...
Le bonheur de ces gens qui vont, n'est pas d'attendre au bout d'un pont Ah ! que l'heure passe et se hâte !
L'asphalte brille. Il fait grand vent ; et ce vent c'est encor moi-même, qui regarde glisser la Seine avec tous ses reflets mouvants.
L^odeur de ton corps, quand tu m'aimes, est plus chère à ma volupté, que le vent du soir, en été, quand il a flâné sur les plaines.
L'odeur de ton corps! Doux parfum,
où s'anime un parfum sauvage
de frénésie et d'esclavage
quand nos corps fervents ne font qu'un !
Je me souviens... La lampe calme éclairait ton corps en sueur ; tes yeux méchants me faisaient peur, et je te blessais jusqu'aux larmes.
Et rien n'était plus irritant pour mon désir à la dérive, que l'odeur de ta chair captive contre ma chair, étroitement.
Le soir, égal et rassurant, vers nos pensers glisse et s'incline ; les calme, les charme et nous prend dans ses parois d^ombre câline.
Grave, sans ruses ni regrets, le soir, étroit comme une chambre, nous berce a mots doux et discrets, si bas qu'à peine on peut l'entendre .
Soir naïf autour de nos cœurs, soir ingénu, soir qui nous aimes, et qui mets sur notre bonheur tant de caresses, tant d'haleines,
soir simple, apprends-nous à jamais la confiance qui délivre ; et laisse, en t'en allant, ta paix dans nos corps inquiets de vivre !
Nos mains, nos genoux rapprochés, nos cœurs, Tun vers l'autre penchés, nos fronts unis, nos lèvres jointes, le silence et la lampe éteinte ;
tout cek que j^avais rêvé, tout cela qu'enfin j'ai trouvé, tout cela, paisible et si tendre que j'ai peine à le bien comprendre ;
tout cela c'est nous, nous et moi ; c'est ma langueur et ton émoi, c'est notre chair et notre vie, et c'est nos âmes réunies...
Alors pourquoi, pourquoi, soudain, ce désir de fuir qui m'étreint ?
Et pourquoi, saurais-tu le dire, cet espoir en toi qui soupire ?
Voici le jour et bientôt Theure ;
oui, l'heure et le jour...
Ah ! que dire à ce cœur si lourd,
que dire à mon cœur ?
Ah I comme il bat, secret, profond,
mon cœur intrépide !
Et comme les instants rapides
lui paraissent longs !
Je sens la force de ma vie ;
et je sais pourtant, qu'à tout plaisir trop pur, trop grand,
succède Tenvie.
Et que je n'aurai plus, demain,
cette même ardeur...
Voici le jour et voici Theure ;
et tout semble vain !
C^est la fin crun Dimanche gris, d'un lent Dimanche de province...
Le jour s'attarde, les trams grincent, et le soir plane sur Paris.
L'heure oisive dure et se traîne avec des rires et des chants...
Nous rentrons vite, mécontents, et déjà las delà semaine.
Ah ! Dimanche anonyme et froid, de quelle langueur tu nous blesses, en nous évoquant la tristesse des lents Dimanches d'autrefois !
Ah î rentrons vite ! Et, loin des rues, loin des visages, loin des yeux, tentons de retrouver un^'peu la paix que nous avons perdue !
Gardons pour plus tard, pour les temps
de fatigue, de solitude,
le souvenir et Thabitude
de ce jour, plus bref qu'un instant !
Regarde ! Le fleuve miroite, si calme qu'il semble éternel.
Et dans nos fenêtres étroites s'enchâsse tout le bleu du ciel !
Écoute ! La chaleur bourdonne ; Tété rêve, gorgé d'amour...
Sens-tu comme il est clair et court, ce jour, ce jour que Dieu nous donne ?
Vois-tu comme il fuit, le bonheur qui nous semblait impérissable ?
Ah ! serrons-le sur notre cœur, tandis qu'il fond, pareil au sable !
Goûtons sa moiteur, son parfum qui jusqu'aux larmes nous oppresse ; et gardons en nous la tristesse de ce beau jour presque défunt !
Te souviens-tu? C'était ma faute, car j'avais parlé d^avenir, et du temps proche où nos désirs en vain se chercheraient Tun Tautre.
Tu te souviens... Nous étions tristes ; le soir lent prédisait les soirs où nos cœurs, éloignés de croire, n'auraient plus rien qui les assiste !
Ah ! détresse des cœurs qui tremblent au seul espoir d'éternité !
Nous avons tout à coup douté.
Déjà nous n'étions plus ensemble !
Je te voyais, là-bas, très loin, toute seule, toute perdue ; et j'évoquais tes mains tendues vers Tamour dont tu as besoin...
Mais toi, que voyais-tu? Sans doute les mornes départs sous la pluie, quand le temps dure et que la vie s'interroge et tressaille toute !
Ah ! grand désespoir sans limite, et qu'on trompe avec des baisers !
Grands désespoirs inapaisés!...
Tu te souviens? Nous étions tristes.
A quoi bon les anniversaires, et ces dates qui font pleurer, en nous forçant à comparer avec jadis, avec naguère ?
La douleur cesse et disparaît.
On croit succomber ; tout s^écroule ; le cœur se fend, les larmes coulent...
Qu^'en reste-t-il, un an après?
Le plaisir passe, et rien n^'est triste, oh ! notre amour ! que ces efforts pour tenter de connaître encor un bonheur dont rien ne subsiste !
A quoi bon ces cruels retours ?
Oublions les anniversaires !
Le temps s'en va; laissons-nous faire ^ sans révolte et jour après jour.
Je t'aime... Tu me représentes mon enfance en habits joyeux, et mon ardeur insouciante vers la lumière et vers les jeux !
Tu me figures mes délires de turbulence et de santé, quand ma jeunesse croyait vivre, et n'avait pas encor douté !
Le plus fugitif de tes gestes me rapproche un peu de moi-même; et si, parfois, tu m'aimes presque, c'est encor moi, moi seul, que j'aime.
Et tout ce qui est toi, sans doute, mais dont j'ignore le secret, n'est qu'un mirage de la route où je suis seul, à tout jamais.
Tu mens. Tu mentiras sans cesse et sans motif, pour le plaisir de me voir douter et souffrir, et pour éprouver ma faiblesse.
Tu mens. Aux autres comme à moi, presque au hasard, à Tétourdie.
Et c'est comme ime maladie.
Tu mens : nul ne saura pourquoi.
Mais que m^importent les mensonges de ton sourire et de tes yeux ?
Je les aime, hélas, puisqu'en eux mon illusion se prolonge.
A quoi bon souffrir et douter?
Tu mens ; tu mentiras sans trêve.
Mais le mensonge, sur tes lèvres, prend Paspect de la vérité !
Malgré les mots que je t'ai dits, malgré mes plaintes,
malgré mon rire et mon mépris de tes mains jointes ;
malgré le mal que je t'ai fait,
malgré l'offense ; malgré tout ce qui t'insultait
dans mon silence ;
oui, malgré tout, tu reviendras, toi qu'on repousse,
toi, ton corps obsédé, tes bras, tes lèvres douces !
Oui^ tu reviendras, malgré tout ce qu'on t'oppose ;
hélas ! et malgré le dégoût que je te cause.
Je regarde tes mains qui dorment auprès de moi sur l'oreiller, tes mains que le doux sommeil orne d^un charme calme et singulier.
Je regarde tes mains captives d'un rêve égal où tu soupires...
Et voici la lampe attentive, patiente et lente à mourir.
Les fleurs que nous avons cueillies éclairent l'ombre à nos côtés.
Comme tes mains sont embellies de silence et dobscurité I
Tes mains sont graves, solennelles ; et, tandis que l'instant s'en va, je crois voir s'animer entre elles ton cœur, que je ne connais pas.
Tes bras m^ont pris dans leur étreinte, si tendrement, si fortement, que j^'ai deviné ton tourment sans même avoir perçu ta plainte.
Tu as compris que tu n'es rien,
pour mon cœur, toujours seul au monde,
rien qu^une image vagabonde,
et qui disparaîtra demain .
Tu as compris que ma pensée est étrangère à notre amour, et que je songe à d'autres jours, quand tu soupires enlacée.
Mon cœur trouvera-t-il, enfin, son dernier port et sa demeure?
Mais hélas, que dire à ton cœur qui se lamente auprès du mien ?
Je ne sais pas si tu existes autant que mon plaisir tremblant de n^éprouver aucun tourment, quand, hier encor, j'ai vécu triste!
Rien ne dure en dehors de moi ; mais, tandis que je suis joyeux, je te regarde, et, peu à peu, tu prends la forme de ma joie !
As-tu vécu hier ? Tout à Fheure tu vas, sans doute, cesser d'être...
Mais je t'oblige à m'apparaître, conforme à moi, selon mon cœur!
Puisque aujourd'hui rien ne me blesse, je t'aime autant que mon plaisir !...
Mais qui viendra, demain, m'offrir le visage de ma tristesse ?
3i CHANSONS CAPTIVES
Toi, que j'aime aujourd'hui, tu n'es qu'une apparence de ma vie, furtive apparence, reflet, que rinstant déjà modifie.
Corps vêtu de ma propre ardeur, visage qu'ont orné mes songes, vous n'existez que pour une heure, aspects charmants, divins mensonges !
Vous ne durez qu'à travers moi, paroles, sourires que j'aime.
Et rien en vous ne me déçoit, tant je sens que j'existe à peine !
Et toi, qui m'aimes, tu n'es rien, malgré l'oubli dont tu m'enivres, qu'un miroir pâle où mon destin s'attarde à me regarder vivre.
PETITES CHANSONS l35
Au gré changeant des heures brèves, au gré des chemins et des heures, bien souvent j'ai donné mes rêves ; jamais je n'ai cédé mon cœur.
J'ai pleuré par mélancolie, par ignorance ou par effroi, pourtant le secret de ma vie tout entier reste encore en moi !
Mais la solitude où j'exile tant d'amour et tant d'avenir, se fait absolue et stérile, et pourrait enfin me bannir.
Dois-je me résigner, dans l'ombre, au gré du rêve et du malheur, ou puis-je espérer la rencontre d'un cœur à qui donner mon cœur ?
Je ne te cherchais pas. J^étais en route selon mon cœur, brutal et trop tôt las. Tu étais loin, petite âme aux écoutes.
Je t'ai menti ; Je ne te cherchais pas !
Un vieux levain d'ardeur inemployée me pourchassait, sans but, sans horizon. J'ai vu passer ton destin vagabond...
Je ne te cherchais pas : Je t'ai trouvée.
Tous les désirs de ma force insoumise, toute ma fièvre et toute ma fureur, ont assailli ton âme et t'ont fait peur... Je ne te cherchais pas; mais je t'ai prise !
Ce que sera demain, ce que demain fera de nous qui l'épions dans l'ombre, qu'importe hélas? Mais, sur notre destin, c'est à jamais, vois-tu, qu'il fera sombre !
Que savons-nous? Peut-être fallait-il à mon destin qui doute et qui mendie, et pour m'apprendre à être moins docile, cette rencontre, au tournant de ma vie, de ton amour errant et puéril ?
Que savons-nous ? Peut-être était-il bon, pour ton destin, sans mage et sans étoile, et pour te faire, un jour, une âme égale, de supporter, sans dérober ton front, mon égoïsme avec mon abandon?
Que savons-nous ? Les j ours feront leur œuvre , en s^'en allant, furtifs et inégaux.
Mais si je pars avec des forces neuves, qu'adviendra-t-il de toi, de ton repos, et de ton cœur assagi par Tépreuve ?
D'où venez-vous ? Je ne sais pas qui nous étions, ni qui vous êtes.
Ai-je, en des temps défunts, là-bas, souffert un jour de vous connaître ?
Qui êtes-vous ? Vos yeux, vos mains, sont d'une étrangère irritée...
Et cependant, je me souviens d'un songe où je vous ai quittée I
Comment ? C'était moi, c'était vous ?
Mais mon espoir a changé d'âme ; et mon désir te désavoue, malgré tes pleurs, malgré tes blâmes !
Qu'étiez-vous, sinon le reflet d'une chimère à jamais vaine ? ^lon cœur a gardé son secret.
Passez... Je vous connais à peine !
j'ai souri pendant mon sommeil dans un pays d'ombre et d'aurore.
Et mon sourire dure encore et se prolonge à mon réveil.
Il y avait de bons présages ; et j'attendais je ne sais quoi, tandis que s'épandait en moi un plaisir calme et sans partage.
Et, dans un délire immobile, mon esprit-Dieu, presque absolu, méditait, ne comprenant plus la raison de mes pleurs débiles.
J'ai souri pendant mon sommeil, et mon sourire se prolonge, dans le tiède et demi-mensonge du rêve et du demi-réveil !
Oh ! clarté des jours qui vont suivre ce jour d'éveil et de ferveur I Plaisirs aigus ! Sursauts du cœur !
Chaleur du sang ! Beauté de vivre !
Rythme du'monde ! Mouvements du désir et de la pensée ! Course ingénue et cadencée vers Tazur, indéfiniment !
Plaisir ! Plaisir ! Toute puissance et toute splendeur de l'esprit I Mon cœur ! Mon cœur ! Tu es guéri de tes scrupules sans défense !
Saute et réjouis-toi, mon cœur !
Danse et dilate ma poitrine, où règne enfin la foi divine et la volonté du bonheur !
INTERMEDE
Arbres clairs, dressés vers Tazur, et plus fervents que nos prières !
Arbres tout palpitants d'air pur, de mélodie et de lumière I
Ciel infini, dont la clarté, plus radieuse que nos rêves, baigne et bénit de volupté notre réveil et notre fièvre !
Et toi, fleuve à jamais mouvant, plus varié que tous nos songes, où Tarbre, le ciel et le vent se résument et se prolongent !
Rendez notre plaisir plus doux, notre extase encor plus secrète !
Et bercez, puis conduisez-nous vers la félicité parf^iite 1
L^espace est aujourd'hui si pur, si transparent, si peuplé d'anges, que mon rêve, ébloui d'azur, ne veut plus concevoir qu'il change !
La paix que par tous les chemins pendant longtemps j'ai poursuivie, voici, je la possède enfin !
Car c'est Dimanche sur ma vie !
Bonheur limpide et que des mots ne sauraient dire ! Oh I ma pensée, te voici libre et, de nouveau, te voici jeune et cadencée !
Et tu vas monter, d'un vol sûr, vers l'absolu de tes chimères, tant l'espace est paisible, pur, et peuplé de visions claires 1
INTERMÈDE l45
Pourquoi te faire le bourreau de ton plaisir et de ta joie ?
Laisse ton cœur trouver sa voie loin des remords, loin des tombeaux !
Tu n'as qu'une minute à vivre ; Vis heureux, sans t'inquiéter ni du malheur^ s'il t'a quitté, ni du lendemain qui doit suivre !
Viens et vois ; tu n'as qu'à choisir : Voici des mains, voici des roses, voici des rêves et des choses, et du labeur et du loisir 1
Que ton cœur décide et s'élance !
Etutoi, suis ton cœur ébloui, jusqu'à l'amour, s'il t'y conduit, jusqu'à la mort, s'il t'y devtince I
Ah ! désormais tout ira bien dans mon cœur et pour ma pensée !
Les heures d'ennui sont passées ; les malheurs ne reviendront point !
Désormais que tout m^'est léger !
Oh ! certitude et joie profondes :
J'aurai mon destin dans le monde que j'habitais en étranger !
Chemins que j'ai suivis naguère, las d'amertume et lourd d'ennui, voyez-moi ! Je passe aujourd'hui paré d'amour et de lumière !
Car un cœur neuf s'anime en moi !
Je sens des ailes sur ma vie !
Et, dès lors, mes chansons bénies naîtront sans peine et sans effroi !
Oh ! jours, dont Tessor matinal offre à mon destin, tout ensemble, tant de plaisir que j "en ai mal, et tant de bonheur que j^en tremble !
Oh î jours légers, dansants, joyeux, jours qui m'apportez, d'heure en heure, tant d'espoir, tant d'horizon bleu, tant d'enivrement que j'en pleure !
Oh ! jours, profonds, parés, pressés, jours turbulents de fièvre extrême, comment faire, pour dire assez de quel tendre amour je vous aime ?
Vous revenez, prompts et divers, et donnez à mon cœur crédule la santé de vos midis clairs et l'oubli de vos crépuscules I
Mon orgueil, jadis résigné, de nouveau tressaille et se lève ; et, de nouveau, vous m^enseignez les secrets du rythme et du rêve l
Et, de nouveau^ sans plus d^effroi, je suis Tenfant qui joue et chante, oh ! mes jours d^hier et d^autrefois, mes beaux jours d'audace insolente !
Ma lampe fait un petit bruit^ menu, mystérieux et frêle...
Un Ange a passé dans la nuit, car voici Tombre de ses ailes !
Le livre et les mots sont profonds comme un oracle séculaire... La main d^un Ange, sur mon front, bénit ma souffrance et Téclaire !
Le passé, la chair et l'instant,
qui tenaient mon âme asservie,
ne sont plus qu^en songe, et j^entends
s'animer le cœur de ma vie !
Ah ! pourquoi donc avoir douté, puis blasphémé dans Fombre obscure, puisqu'un éclair d'éternité me rachète et me transfigure ?
Qu^importent les lendemains noirs, qu'importent le blâme et Toffense, si j^ai, parfois, comme ce soir, tant d^amour et tant d'espérance ?
Et si, prosterné dans la nuit qui m^accueille et qui me relève, un Ange inspiré me conduit au ciel suprême de mes rêves !
Tant d'amour et tant de sourire, tant de tourment, tant de malheur /...
// faut renoncer à tout dire.
Les mots sont muets ou menteurs.
Tant d'imprévu, tant de mystère, tant d'inconscient sous nos fronts!...
Les cœurs palpitent, solitaires, et jamais ne se connaîtront.
Nous aurons beau, comme on supplie,
épier ce qui parle en nous,
le sens absolu de la vie
nous échappe, en dépit de tout.
Et, malgré ces voix fugitives, qui, parfois, traversent la nuit, nos chansons demeurent captives de tout ce qu'on na jamais dit.
Quand tu reviendras vers la vie, après ces temps d^'ombre et d'erreur, oh ! faible enfant, dis à ton cœur, qu^il se souvienne et qu^il oublie 1
Car ton cœur avait trop d'amour, trop d^orgueil et trop d^'espérance, trop de mépris pour la souffrance et trop de candeur, tour à tour.
Car, au lieu d'accepter, sans plainte, rhumble bonheur qui t'aurait plu, tu as réclamé l'absolu
de la chimère et de Tétreinte !
Et, pour avoir été trop loin, pour avoir, par delà toi-même, sans profit dépensé ta peine et prodigué ta force en vain,
tu restes seul, cœur aux écoutes, frustré de tout, cœur anxieux, plus pauvre, plus privé de Dieu que les errants des grandes routes !
Souviens-toi ! Renonce à vouloir, mais peu à peu, sans folle envie.
Crée en toi du silence ; oublie tes efforts et tes grands espoirs !
Et tu reviendras vers les choses, tendrement, comme Ton s^éveille d'un puéril et long sommeil baigné d^'ombre et traversé d'aube î
Longtemps j'ai cru que le bonheur devait venir avec des fleurs, simple, naïf, jojeux, facile, un peu léger, un peu songeur, et un peu tendre et puéril !
J'ai cru qu^'il était nécessaire
qu^il eût des yeux francs, des mains claires.
et qu'il conduisît vers mon cœur
un amour selon ma chimère,
un calme amour, sans cris ni pleurs I
Aussi j'ai guetté, d'heure en heure, sans reconnaître mon bonheur, durant des jours, durant des mois, jusqu'au soir où, pour mon malheur, le bonheur est entré chez moi.
Il joignait des mains sans noblesse ;
il regardait comme on délaisse,
et levait vers moi, comme on pleure,
le visage de la tristesse,
du remords et de la douleur !
Tu as cru, jadis, que la vie devait t'apporter, à la fois, un amour selon ton envie et un bonheur selon ton choix.
Tu croyais qu'il fallait attendre, au gré des jours et des saisons ; et la fenêtre de ta chambre résumait pour toi Thorizon.
Tu pensais qu'il suffisait d'être épris de calme et de loisir ; et la clarté de ta fenêtre signifiait pour toi Tavenir,
Ainsi, sans vouloir condescendre à rien arracher au destin, tu laissais ton cœur, lourd d'attendre, battre à vide et souffrir en vain!
Jusqu^au soir où, pauvre, malade, et las d^être à jamais déçu, tu es parti, comme on s^évade, vers un mirage entr'aperçu...
Ton amour n'était beau qu^en rêve, et ton bonheur n^'existe pas...
Apprends à vivre, cœur en fièvre, jour après jour et pas à pas.
Pour ne plus souffrir qu'en secret, pour apprendre à demeurer sage, vais-je consentir aux présages de ces jours^odorants et frais ?
Ma vie a tant perdu de sève à vouloir éviter de vivre I Je suis si fatigué des livres I Je suis si las de tous les rêves !
J'ai tout désiré, tout voulu, mais sans réserve et sans limite, en oubliant que ma poursuite jamais n'atteindrait Tabsolu !
Voici la route et le nuage ; voici Tespoir et le regret...
Mais le temps passe ; et je voudrais choisir entre ces deux présages.
Les possibilités de vivre
selon ton amour et ton cœur,
se font plus rares, d'heure en heure,
et ton or clair se change en cuivre.
Ah I crois-tu donc pouvoir, toujours,
agir selon ton espérance ?
Ecoute les voix du silence
et dis-toi que le temps est court.
Et puisque ta vie est inquiète, renonce à comprendre la vie.
Cherche-la d'un cœur simple ; oublie tes vanités mal satisfaites.
Mais conserve, aux jours qui vont suivre, assez de force pour savoir, hélas, mourir à tout espoir sans être parvenu à vivre.
CHANSONS CAPTlVElb 163
Vivre... Faut-il attendre ou prendre ?
Guetter la lueur et l'instant ?
Ou faut-il courir au-devant,
loin des présages, loin des cendres ?
Le fleuve passe, nuit et jour, mais le beau reflet bouge à peine.
Faut-il aimer Timage vaine ou Teau rapide et sans retour ?
Vivre... Vas-tu laisser ta vie s'épanouir au gré du sort ?
Ou dois-tu, d'effort en effort, la contraindre à l'œuvre choisie ?
Quel sera, désormais, ton Dieu ?
Vas-tu fuir ta chambre et ton livre, ou seul, sous ta lampe attentive, attendre encore, encore un peu ?
Comment un cœur, blessé de vivre, pourrait-il être heureux ce soir, quand tant de souvenirs épars tremblent au vent qui les ravive ?
Trop de passé flotte à la fois parmi Tair pur et peuplé d^ombre...
Comment un cœur, las d'être au monde, pourrait-il vivre sans effroi ?
Plus poignant d'être si paisible, et plus cruel d'être si lent, le crépuscule ouvre, tous grands, les paradis inaccessibles.
Douceur d'aimer I Repos de croire !
Asile où blottir nos prières !...
Gomment un cœur, où rien n'espère^ pourrait-il être heureux ce soir ?
Auras-tu jamais le courage d'accepter d'être heureux, mon cœur, toi qui préfères tes mirages aux réalités du bonheur ?
Trouveras-tu jamais Taudace de choisir, sans plus convoiter Tespoir, toujours inefficace, le désir, jamais contenté ?
Il te faudrait beaucoup d'étude et beaucoup de labeur secret, pour perdre ta longue habitude de la chimère et du regret.
Auras-tu jamais ce courage, oh I mon cœur ? et ton plus cher vœu, n'est-il pas, plaintif et volage, d'être à tout jamais malheureux ?
Petit bonheur, qui m^es venu, si tendrement, les mains unies, je t'accueille au cœur de ma vie, mon petit bonheur inconnu !
Tu m^as surpris, las de moi-même et fatigué de mon destin, rêvant d'ailleurs et trouvant vains mon mal, mon désir et ma peine.
Et te voici pour ma pensée
si nouveau, si léger, si pur,
que je sens, dans mon cœur obscur,
s'animer des ardeurs passées !
Et tu resteras mon bonheur jusqu'au jour où, las d'être au monde, tu prendras la force profonde et les visages du malheur.
Par les chemins mélodieux du silence et du crépuscule, tu vas, portant au pays bleu ton cœur à tout jamais crédule !
Une fois encor tu repars, le front libre et Tâme affranchie ! .
Trouveras-tu pour tes regards rhorizon dont rêva ta vie ?
Crois-tu conquérir pour toujours un peu de joie intérieure ?
Songes-tu qu'il est des retours et des lendemains où Ton pleure !
Ton cœur, à jamais oublieux, de nouveau s^'exalte et s'élance, par les chemins mélodieux du crépuscule et du silence.
ij
Tu resteras toujours Tenfant qu^un peu de ciel ou de sourire fait s^élancer vers Tavenir, le front clair et le cœur battant !
Cent fois déçu, toujours crédule, et prêt toujours'à t'émouvoir, tu iras, d^espoir en espoir, jusqu'à ton dernier crépuscule I
Cent fois banni de ton bonheur tu maudiras Theure mauvaise.
Mais que ton mal enfin s^'apaise, ou que Toubii sèche tes pleurs,
tu retourneras vers la vie d'un élan jeune et turbulent !
Tu resteras toujours Tenfant que tout anime ou modifie.
Encor toi, toujours ces poèmes, où, le front triste et méditant, tu cherches, à travers toi-même, à saisir le vol des instants !
Toujours toi, toujours tes pensées, toujours tes efforts superflus, dans ta course vers Tabsolu toujours en vain recommencée !
Ah! n'es-tu point rassasié de tant de labeur sans limite, hélas ! et de prendre en pitié la retraite où ton cœur s'abrite ?
Et ne saurais-tu, libre enfin du souci de craindre ou d'atteindre, accepter les jours sans te plaindre, et consentir aux lendemains?
Non, ton bonheur n'est point là-bas, parmi ces gens, selon ces choses.
Mais renonce à trouver sa cause, ou, plutôt, ne le cherche pas.
Les chemins de ta poésie sont imprévus, comme le sort ; évite d'y songer, dès lors ; et vis, sans penser à ta vie.
Suis docilement les conseils de Fair^ de Tonde et du nuage ; accepte en paix tous les présages, et les provoque à ton réveil.
Et ta poésie, lente et claire, naîtra, sans tourments ni combats, et se fera sa place en toi, quotidienne et familière.
Laisse-toi vivre... Il n'est utile, par ce soir moite et nonchalant, que d'écouter dormir la ville au bruit lent des chariots pesants.
Les mots que ton désir assemble, alterne, éloigne ou réunit, jamais ne parviendront à rendre le charme calme de la nuit ;
Non plus que ces clartés mouvantes de Tonde aux paisibles rumeurs, et non plus que Todeur poignante des parcs et des jardins en fleurs !
Ecoute, respire, contemple, et recueille en toi, simplement, tout ce qui luit, parfume ou tremble, en ce soir moite et-nonchalant.
Hâte et tumulte des départs !
Mots superflus, gestes, sourires...
Tout ce qu'on met dans un regard, et tout ce qu'on renonce à dire I
Derniers instants qui vont passer ; propos brefs, serments et prières...
Tout ce qu'on voudrait effacer dans les jours qu'on laisse en arrière !
Derniers aspects, déjà lointains, de la ville et des paysages...
Dernier soir ou dernier matin...
Remords, pressentiments, présages...
Fièvre et vertige de partir, de quitter Tombre etThabitude, de rester seul et de sentir Tétreinte de la solitude !
CHANSONS CAPTIVES 17j
N'ai -je pas eu tout le courage,
toute la patience aussi,
pendant ces temps d'ombre et d^outrage ?
Contre le deuil et le souci
n'ai-je pas eu tout le courage ?
N'ai-je pas été, sans faiblir , endurant, comme il fallait Têtre, et jusqu^à me rendre enfin maître de ma douldur et d'en sourire ?
N'ai-je pas été, sans faiblir, tout seul et portant haut la tête ?
Aussi ne devrais-je aujourd'hui, après tant de soins, tant de peine, me sentir le cœur affranchi du passé brutal qui Tenchaîne, m^'éveiller, simple et rajeuni, et me délivrer de moi-même?
176 CHANSONS CAPTn-ES
Hélas ! j'aurais mieux fait, peut-être, de pleurer comme un enfant triste, si la douleur, dure aux poètes, se venge quand on lui résiste !
Car ma douleur, déconcertée par maints efforts et maints combats, ma douleur, amère et domptée, ne veut plus s'en aller de moi !
Parfois le sort semble vouloir, s'acharnant sur nos destinées, priver à tout jamais d^espoir notre âme obscure et dominée.
Parfois il paraît nous bannir même des paradis qui mentent, en refusant à nos soupirs jusqu^à rillusion clémente.
Cependant, meurtris ou blessés, nous poursuivons, comme on mendie, malgré les leçons du passé ; et nous vivons, malgré la vie I
Et nous vivrons, traînant nos pas, masquant nos pleurs, cachant nos plaies, jusqu'au soir où, enfin trop las, nous irons vivre ailleurs, qui sait ?
178 CHANSONS CAPtlVES
Non, demain ne sera, ma vie, ni ton plaisir, ni ton repos.
Cesse donc, pleurant aux échos, de tendre des mains qui mendient !
Non, demain ne sera, sans doute, ni la volupté, ni l'orgueil.
Cesse donc, oh ! ma vie en deuil, de courir au tournant des routes !
Patiente, et va, sans frémir, jour après jour, peine après peine.
Et, si tu tombes, si tu saignes, lève les yeux vers Tavenir 1
Car tu sais bien, ma vie errante, qu'il est un soir où ton destin te mène, reine au front serein, loin des ténèbres d'épouvante !
Aujourd'hui ma douleur m^écrase, jusqu'à m^ôter le souvenir des jours de loisir et d'extase, des temps de force et d'avenir !
Ma douleur aujourd'hui me broie au point de me cacher Tespoir d'un retour de calme et de joie ou d'un peu de trêve illusoire.
Je sais pourtant qu'il est une heure, où, lasse de moi, lentement, je vois s'éloigner ma douleur devers l'ombre qui la reprend.
Mais rien encor ne me présage le départ que j'évoque en vain.
Ma douleur me blesse et m'outrage ; et ce n'est pas encor la fin î
Quand ma douleur est la plus forte, au point de m'entourer de feu, j^'offre à mon âme, peu à peu, tout ce que ma douleur m^'apporte !
Je lui prodigue avec mes pleurs, sa force grave, et je lui donne son glaive ambigu, sa couronne, son pouvoir et sa profondeur î
Alors mon âme prend courage ;
et, calme de ma volonté,
se manifeste à mes côtés,
plus triomphante à chaque outrage !
Tant qu'enfin ma douleur pâlit, et qu'un soir, dépouillée et nue, je la vois s'éloigner, vaincue, vers la ténèbre et vers l'oubli î
Mes pauvres essais cUêtre heureux, je vous revois, Tun après l'autre...
Autant d'erreurs, autant de fautes, autant de réveils et d'adieux.
Mes pauvres essais d^être au monde sans trop souffrir et convoiter...
Autant d'efforts vers la clarté, qui se sont achevés dans l'ombre !
Je vous revois, simples départs, faibles élans, tristes défaites ; et j'assiste, en baissant la tête, au retour de tous mes espoirs !
Et maintenant ? ce cœur avide, que va-t-il faire et devenir?
Car où porter mes souvenirs, et ma misère, et ma fatigue ?
Résigne-toi. Rien n'est possible de ce qu'un jour tu désirais.
Défends donc au moindre regret d'émouvoir ton cœur trop sensible,
Puis, à tout jamais, garde-toi de ces faux regains d'espérance, quand l'illusion recommence, à embellir ton sort étroit.
Songe aussi, qu'à défaut des fêtes que tu réclamais au destin, tu connaîtras, peut-être, enfin, l'indifférence où tout s'arrête.
Et songe que le temps est court, et que tu peux encor te plaire à la douceur des soirs lunaires et à la nuance des jours.
Tu fes plaint, beaucoup et souvent, des lois de la fortune adverse, du plaisir, toujours décevant, du loisir que Tennui traverse.
Tu t'es plaint, partout et toujours, sans te douter que chaque plainte rendait plus débile et plus court ton espoir de joie et d'étreinte.
Ton destin s'est fait pâle et vain ; et te voici, las avant Theure, et n'ayant, pour Fombre qui vient, ni rêve accueillant ni demeure.
Et le temps va... Que vas-tu faire, quand, privé de tout réconfort, tu verras les oiseaux d'hiver s'abattre, un à un, sur ton sort?
Ne demande rien à la vie, qu'un peu de silence et d'accueil ; éloigne de ton cœur Torgueil et dis au plaisir qu'il t'oublie l
Tu n'es pas de ceux-là qui vont, parés de force et d'imprudence ; ni de ceux que leur foi devance comme avec une étoile au front !
Tu es faible, privé de croire, et tu ne pourrais supporter trop d'amertume ou de beauté, trop de malheur ou trop de gloire.
Et l'amour serait un fardeau trop lourd pour ton âme assombrie.
Ne demande rien à la vie que du silence et du repos.
Le temps dévaste les visages, en leur imposant, tour à tour la meurtrissure ou le ravage de la douleur et de Tamour.
Le temps fatigue les pensées, lasse l'effort le plus fervent, et conduit la joie offensée vers l'ombre et vers Tisolement.
A peine avons-nous dit : « Peut-être », qu^une voix soupire : « Il est tard »... et que, soudain, nous cessons d'être, d'aimer, d'agir ou de pouvoir.
Le temps dévaste les visages, blesse le rêve et nous contraint à n'aimer que des paysages et des plaisirs sans lendemain.
Les visages que Ton rencontre divulguent tous tant de souci, tant d'amour, tant d'orgueil aussi, tant de plaisir ou tant de honte ;
qu'il faut porter beaucoup d'ardeur en soi-même ou beaucoup d'angoisse, pour les affronter, lorsqu'ils passent, et les contempler sans douleur.
Aux jours où mon âme est sereine, chaque visage rencontré me laisse un peu plus déchiré par le secret qu'il garde à peine.
Et c'est, à la fin, tout l'effroi, tout le bonheur, toute l'envie, toutes les forces de la^vie, qu'au soir j'entends lutter en moi I
Nous mourons chaque jour. Toute heure nous éloigne un peu de nous-même, qu^elle ait la forme de la peine ou Tapparence du bonheur.
Toute heure enseigne à notre vie le pouvoir absolu du nombre, et que vivre est une agonie entre deux éternités sombres.
Comment vivre dans Tignorance de la fatigue et du déclin, quand tout effort qui recommence meurt en route ou s'achève en vain?
Oh! jeunesse, à jamais captive, tu vas regretter et languir et continuer à mourir au lieu de commencer à vivre !
Notre gaîté, jeune et subite,
notre oubli du mal et du sort,
c^est du soleil contre les vitres
dans la chambre où Ton veille un mort.
A quoi bon cette ardeur furtive et qu'interceptent les rideaux?
La chambre est à jamais captive d'un cercle obstiné de sanglots.
La rue passe et l'on peut s'y plaire, le temps d'un geste ou d'un désir ; mais tout ramène au cimetière nos espoirs et nos souvenirs.
Et notre gaîté, qui s'attriste de tant de chagrins absolus, c'est du soleil contre les vitres, dans la chambre où rien ne vit plus.
CHANSONS CAPTIVl-S 189
Si quelque chose, en toi, regrette ces temps défunts, lointains déjà, fais naître du silence en toi, car ta vie est à moitié faite.
Et tu sais bien, n'est-il pas vrai, ce que tu dois encore attendre :
Sans doute un peu d'orgueil secret, peut-être un peu de pitié tendre.
Puis encor, tu connais les noms de la douleur qui sera tienne.
Fais-lui place en ton cœur profond renonce à ta douleur ancienne.
Espère à peine ; aime les choses ; et va, sans nul autre tourment, vers le suprême isolement et devers Tombre à jamais close.
Ma mort sera sans tristesse et sans larmes superflues.
Pleure-t-on si le jour baisse?
Ma mort sera la bienvenue.
Mes amis qui serez là,
quand Tangoisse est la plus forte,
s^il vous plaît, ne pleurez pas :
Qu'est-ce qu'une ombre et qu'une porte ?
Mais^ le soir où je mourrai, dites-vous que ma pensée vous fut fidèle en secret, bien que souvent lasse ou blessée.
Et souhaitez, simplement, que mon âme à Tagonie dorme, calme, en oubliant ce qu^'était mon cœur et ma vie.
Douceur du soir contre mes vitres et du crépuscule achevé/ La dernière page est écrite du livre que j'avais rêvé !
Chansons des jours , frisson des heures, prompts départs et pesants retours...
Et c'est moi qui songe, qui pleure et qui soupire tour à tour.
Les pays de la fantaisie ont vu ma joie et mon chagrin ; mais fai laissé passer la vie sans me résoudre à vivre enfin.
Ce sont là des choses passées...
Ah! que la nuit vienne , dès lors, pour apporter à mes pensées le refuge et l'ombre où tout dort.
Tes chansons brèves.
Ta m'attends près de la fenêtre 9
La Porte 11
Mélodie 13
La Chanson 15
Jongleur 17
Le Geste 20
Le Fou 22
Un conte 24
Cendrillon 26
Peau d'Ane 28
RlMEUR DE CHANSONS 30
Emigrante 32
M^en venant vers ton cœur volage 34
Puisqu^on net pas gardé pour moi.
Nous SOMMES LES IRREGULIERS. . . .
Il fait un petit printemps bleu.
Un soir, paisible et rassurant.
Tout devient clair
Si j'étais poète
Je veux, puisqu'il faut que tout passe
Si j'étais riche
Tu m'as dit un soir
C'est dimanche aujourd'hui.
Petits riens, petites chansons. . .
C'est du temps perdu
L'amour, avec sa majuscule.
Ah ! QUEL triste ciel
Dans mon coeur j'ai pour toi . . .
Voici revenir ces journées. . .
Si souvent j'ai cru
Le talent qui fut, un jour.
Les miroirs des cafés nocturnes .
La nuit, plus tendre que l'amour.
Pour n'être plus déçu jamais.
Viens et prenons courage un peu 63
Il y a du lierre 64
Enferme ta douleur en toi 65
Pourquoi tant craindre l'avenir 66
Si l'amour, un jour, doit venir 67
Simple plaisir, calmes espoirs 68
L'ennui qui, ce soir, m'est venu 69
Quand on m* aura couché 70
Voici venir le petit jour 71
PETITES CHANSONS DU BORD DE L'EAU
Lente, avec des remous soudains 75
Il pleut sur l'eau du fleuve gris 76
Les flots s'en vont et s'en viennent 78
La lune est, sur l'eau qui miroite 79
Tes souvenirs les plus lointains 83
Dans le pays ou tu es née 84
C'est un moment de toute la vie 85
Maman, j'ai mal 86
Fermons les yeux 87
Paul Fort 89
Cros, nous avons souffert 90
Quand j'ai fait ces vers
Je te donne ces vers 92
Mets-toi la 94
Mon passé m^a pris par la main 96
Mon maître, Henri 101
Il faisait bien noir 102
On ! CLAIR visage 103
Ton pays natal 104
Je te regarde 105
La beauté du nouvel amour 106
La lampe est rose 107
Rien n'afflige ton coeur en peine 108
Tu ES, A LA fois, toutes CELLES 109
Ce bonheur, que tu réclamais 111
Chaque MATIN 112
Ton CHARME AMBIGU 1 13
Les regards te font plus jolie 114
La Seine, nocturne et diverse 115
L'odeur de ton corps 116
Le soir, égal et rassurant 117
Nos mains, nos genoux 118
C'est la fin d'un dimanche gris 122
Gardons pour plus tard 123
Te souviens-tu ? 125
a quoi bon les anniversaires 127
Je t'aime. .... 128
Tu MENS 129
Malgré les mots que je t'ai dits 130
Je regarde tes mains 131
Tes bras m'ont pris 132
Je ne sais pas si tu existes 133
Toi, que j'aime aujourd'hui 134
au gré changeant des heures 135
Je NE TE CHERCHAIS PAS 136
Que SAVONS-NOUS? • . . 137