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iMu - nissez-vous biei! de lan.eues de feu
Pentecôte 123
O grand Saint-Esprit, si votre caprice Vous pousse à quitter l'empire des cieux Pour rendre visite à celui du vice Et le parcourir en tous ses milieux, Comme tous les bons et mauvais apôtres Vous inviteront à passer chez eux, Afin de flatter les uns et les autres, Munissez-vous bien de langues de feu.
Car il en faudra des nombres, des nombres, Pour tous les cerveaux soit faibles, soit forts. Pour les cerveaux clairs et les cerveaux sombres, Les cerveaux ardents et les cerveaux morts; Car il en fliudra pour les coeurs arides. Pour les cœurs brûlants et les coeurs glacés. Et pour les cœurs pleins et pour les cœurs vides, Pour les cœurs vaillants et les cœurs blessés.
Donc, ô Saint-Esprit, si la fantaisie Vous prend d'explorer ce dédale humain.
Je tiens par respect et par courtoisie A vous escorter en ce long chemin; Car j'ai ferme espoir qu'au bout du voyage, Comme don d'adieu, vous aurez le soin De tirer pour moi de votre bagage ^ L'esprit qui me manque et dont j'ai besoin.
Visitez d'abord les âmes des temmes,
Pour y taire avec générosité
Descendre parmi des langues de flammes,
O grand Saint, l'esprit de fidélité ;
Et quand vous aurez vu les cœurs des belles.
Ne vous donnez point le rude embarras
De chercher à voir aussi leurs cervelles :
C'est fort inutile ; elles n'en ont pas.
Lors, allez de là, porter aux poètes L'esprit précieux de sincérité, Et distribuer à leurs interprètes Celui de pudeur et d'humilité;
Pentecôte 12
Puis à toute la gent législatrice, Donner l'esprit rare de loyauté Et répandre sur les gens de justice Celui de sagesse et de vérité.
Passez à côté du bourgeois vulgaire :
Il n'est rien pour lui dans votre fardeau. Vous avez des dons plus sages à fliire, Car cet être n'a ni cœur ni cerveau.
Aux dévots, portez l'esprit d'indulgence, Aux riches l'esprit doux de charité, Aux blessés du sort l'esprit d'espérance, Aux despotes l'esprit de liberté.
Aux impuissants, qui sottement intriguent Sous un taux couvert de moralité, Aux vieux débauchés chagrins qui se liguent Contre notre vieille et franche gaieté, O grand Saint, versez avec abondance, Ce qui de nos jours tout comme autrefois Devrait fleurer bon aux cerveaux de France : Le plus pur parfum de l'esprit gaulois.
MANUEL, éditeur, rue Joubert, 33,