LE GRENIER
Lisette ici doit surtout apparaître,
Vive, jolie, avec un frais chapeau :
Déjà sa main à l'étroite fenêtre
Suspend son châle en guise de rideau. 20
Sa robe aussi va parer ma couchette ;
Respecte, Amour, ses plis longs et flottants.
J'ai su depuis qui payait sa toilette.
Dans un grenier qu'on est bien à vingt ans !
A table un jour, jour de grande richesse, 25
De mes amis les voix brillaient en chœur, Quand jusqu'ici monte un cri d'allégresse : A Marengo Bonaparte est vainqueur !
Le canon gronde, un autre chant commence ; Nous célébrons tant de faits éclatants. 3°
Les rois jamais n'envahiront la France.
Dans un grenier qu'on est bien à vingt ans !
Quittons ce toit où ma raison s'enivre.
Oh ! qu'ils sont loin, ces jours si regrettés !
J'échangerais ce qu'il me reste à vivre 35
Contre un des mois qu'ici Dieu m'a comptés.
Pour rêver gloire, amour, plaisir, folie,
Pour dépenser sa vie en peu d'instants,
D'un long espoir pour la voir embellie,
Dans un grenier qu'on est bien à vingt ans ! 40