‹ Chansons choisies de BérangerChapitre 66 sur 227 · LA PETITE FÉE · texte numérisé non relu

LA PETITE FÉE

Enfants, il était une fois

Une fée appelée L'rgande ;

Grande à peine de quatre doigts,

Mais de bonté vraiment bien grande.

De sa baguette un ou deux coups 5

Donnaient félicité parfaite.

Ah ! bonne fée, enseignez-nous

Où vous cachez votre baguette !

Dans une conque de saphir,

De huit papillons attelée, 10

Elle passait comme un zéphyr,

Et la terre était consolée.

Les raisins mûrissaient plus doux ;

Chaque moisson était complète.

Ah ! bonne fée, enseignez-nous 1 5

Où vous cachez votre baguette !

C'était la marraine d'un roi

Dont elle créait les ministres ;

Braves gens, soumis à la loi,

Qui laissaient voir dans leurs registres. 20

Du bercail ils chassaient les loups

Sans abuser de la houlette.

Ah ! bonne fée, enseignez-nous

Où vous cachez votre baguette !

Les juges, sous ce roi puissant, 25

Etaient l'organe de la fée ;

Et par eux jamais l'innocent

Ne voyait sa plainte étouffée.

Jamais pour l'erreur à genoux

La clémence n'était muette. 30

Ah ! bonne fée, enseignez-nous

Où vous cachez votre baguette î

Pour que son filleul fût béni,

Elle avait touché sa couronne ;

Il voyait tout son peuple uni, 35

Prêt à mourir pour sa personne.

S'il venait des voisins jaloux,

On les forçait à la retraite.

Ah ! bonne fée, enseignez-nous

Où vous cachez votre baguette ! 40

Dans un beau palais de cristal, Hélas ! Urgande est retirée.

En Amérique tout va mal ; Au plus fort l'Asie est livrée.

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