‹ Chansons choisies de BérangerChapitre 86 sur 227 · LE VIEUX DRAPEAU · texte numérisé non relu

LE VIEUX DRAPEAU

De mes vieux compagnons de gloire Je viens de me voir entouré ; Nos souvenirs m'ont enivré, Le vin ma rendu la mémoire.

Fier de mes exploits et des leurs, J'ai mon drapeau dans ma chaumière Quand secouerai-je la poussière Qui ternit ses nobles couleurs?

Il est caché sous l'humble paille

Où je dors pauvre et mutilé, 10

Lui qui, sûr de vaincre, a volé

Vingt ans de bataille en bataille !

Chargé de lauriers et de fleurs,

Il brilla sur l'Europe entière:

Quand secouerai-je la poussière 15

Qui ternit ses nobles couleurs?

Ce drapeau payait à la France

Tout le sang qu'il nous a coûté.

Sur le sein de la Liberté

Nos fils jouaient avec sa lance. 20

Qu'il prouve encore aux oppresseurs

Combien la gloire est roturière :

Quand secouerai-je la poussière

Qui ternit ses nobles couleurs?

Son aigle est resté dans la poudre, 25

Fatigué de lointains exploits.

Rendons-lui le coq des Gaulois ;

Il sut aussi lancer la foudre.

La France, oubliant ses douleurs,

Le rebénira, libre et fi ère : 30

Quand secouerai-je la poussière

Qui ternit ses nobles couleurs?

Las d'errer avec la Victoire,

Des lois il deviendra l'appui.

Chaque soldat fut, grâce à lui, 35

Citoyen aux bords de la Loire.

Seul il peut voiler nos malheurs ;

Déployons-le sur la frontière :

Quand secouerai-je la poussière

Qui ternit ses nobles couleurs? 40

Mais il est là près de mes armes ; Un instant osons l'entrevoir.

LE VIEUX DRAPEAU 6l

Viens, mon drapeau ! viens, mon espoir !

C'est à toi d'essuyer mes larmes.

D'un guerrier qui verse des pleurs 45

Le ciel entendra la prière :

Oui, je secouerai la poussière

Qui ternit tes nobles couleurs.

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