‹ Chansons choisiesChapitre 152 sur 155 · COUPLETS · texte numérisé non relu

COUPLETS

Mais à ma porte quelqu'un frappe; .

N'ouvrons point : mon rôle est fini.

C'est, je gage, un docteur qui jette Sa carte où s'est logé le temps.

Jadis, j'aurais dit : C'est Lisette.

' Hélas! hélas! j'ai cinquante ans.

En maux cuisants vieillesse abonde:

C'est la goutte qui nous meurtrit; La cécité, prison profonde; La surdité dont chacun-rit.

Puis la raison, lampe qui baisse, N'a plus que des feux tremblotants.

Enfants, honorez la vieillesse!

Hélas! hélas! j'ai cinquante ans.

Ciel! j'entends la mort qui, joyeuse.

Arrive en se frottant les mains.

A ma porte, la fossoyeuse Frappe; adieu, messieurs les humains!

En bas, guerre, famine et peste; En haut, plus d'astres éclatants.

Ouvrons, tandis que Dieu me reste.

Hélas! hélas! j'ai cinquante ans.

Mais non! c'est vous! vous, jeune amie! Sœur de charité des amours!

Vous lirez mon ame endormie Du cauchemar des mauvais jours.

Semant les roses de votre âge Partout, comme fait le printemps,

Parfamez les rêves d'un sage.

Hélas 1 bélasîj'ai cinquante ans.

«facques.

Air de Jeannot et Colin.

Jacque, il me faut troubler ton somme.

Dans le villagCv un gros huissier

Rode et court, suivi du messier.

C'est pour l'impôt, las ! mon pauvre homme.

Lève-toi, Jacques, lève-toi;

Voici venir l'huissier du roi.

Regarde: le jour vient d'éclore; Jamais si taid tu n'as dormi.

Pour vendre, chez le vieux Rémi, On saisissait avant l'aurore.

Lève-^, Jacques, lève-toi; Voici venir l'huissier du roi.

Pas un sou! Dieu ! je crois l'entendre. Écoute les chiens aboyer.

Demande un mois pour tout payer.

Ah! si le roi pouvait attendre!

Lève-toi, Jacques, lève-toi; Voici venir l'huissier du. roi.

Pauvres gens! l'impôt nous dépouille!

Nous n'avons, accablés de maux.

Pour nous, ton père et six marmots, Rien que ta bêche et ma quenouille.

Lève-loi, Jacques, lève-toi; Voici venir l'huissier du roi.

0 On compte, avec cette masure, Un quart d'arpent, cher affermé.

Par la misère il est fumé; Il est moissonné par l'usure.

Lève-toi, Jacques, lève-toi; Voici venir l'huissier du roi.

Beaucoup de peine et peu de lucre.

Quand d'un porc aurons-nous la chair?

Tout ce qui nourrit est si cher!

Et le tel aussi, notre sucre!

Lève-toi, Jacques, lève-toi; Voici venir l'huissier du roi.

Du vin soutiendrait ton courage; ^

Mais les droits l'ont bien renchéri!

Pour en boire un peu, mon chéri, Vends mon anneau de mariage.

Lève-toi, Jacques, lève-toi; Voici venir l'huissier du roi.

Rêverais-lu que ton bon ange Te donne richesse et repos?

Que sont aux riches les impôts?

Quelques rats de plus dans leur grange. Lève-toi, Jacques, lève-toi; Voici venir l'huissier du roi.

Il entre! 6 ciel! que dais-je craindre? Tu ne dis mot! quelle pâleur!

Hier tu t'es plaint de ta douleur, Toi qui souffres tant sans te plaindre. Lève-loi, Jacques, lève-toi; Voici monsieur l'huissier du roi.

Elle appelle en vain; il rend l'ame.

Pour qui s'épuise à travailler La mort est un doux oreiller.

Bonnes gens, priez pour sa femme.

Lève-loi, Jacques, lève-loi; Voici monsieur l'iiuissier du roi.

lie Suicide*

ÏUR LA MORT DES JEUNRS VICTOR BSCOtSSg ET AUGUSTE LEBRAS.

{Février 1832.)

Air d'Agéline de Wllhem.

Quoi! morts tous deux! dans celle chambre close

Oîi du charbon pèse encor la vapeur !

Leur vie, hélas! était à peine éclose.

Suicide affreux! triste objet de slupeur!

Ils auront dit: Le monde fait naufrage:

Voyez pâlir pilote et matelots.»

Vieux bâtiment usé par tous les flols,

II s'engloutit: sauvons-nous à la nage.

270 LR SUICIDE.

Et vers le ciel se frayant un chemin, Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! l'écho naurmure encore L'air qui berça voire premier sommeil.

Si quelque brume obscurcit voire aurore. Leur disait-on, attendez le soleil.

Ils répondaient: Qu'importe que la sève Monte enrichir les champs où nous passons! Kous n'avons rien, arbres, flçurs, ni moisson». Est-ce pour nous que le soleil se lève? Et vers le ciel se frayant un chemin, Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! calomnier la vie!

C'est par dépit que les vieillards le font. Est-il de coupe où voire ame ravie, En la vidant, n'ait vu l'amour au fond? Ils répondaient; C'est le rêve d'un ange. L'amour 1 en vain noire voix l'a chaulé. De tout son culte un aulel est resté; Y louchions-nous? l'idole était de fange. Et vers le ciel se frayant un chemin, Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants ! mais les plames venues, Aigles un jour, vous pouviez, loin du nid, Bravant la foudre et dépassant les nues, La gloire en face, aifleindre à son zéniih. Ils répondaient; Le laurier devient cendre, Cendre qu'au vent l'Envie aime à jeter.

LR SmCIDE.

Et notre vol dût-il si haut monter, Toujours près d'elle il faudra redescendre. El rers le ciel se fravant un chemin, Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants! quelle douleur amère N'apaisent pas de saints devoirs remplis? Dans la pairie on retrouve une mère, El son drapeau nous couvre de ses plis. lis répondaient: Ce drapeau qu'on escorte Au loil du chef, le protège endormi; Mais le soldat, teint du sang ennemi, Veille, et de faim meurt en gardant la porte. Et vers le ciel se frayant un chemin.

Ils sont partis en se donnant la main.

Pauvres enfants ! de fantômes funèbres Quelque nourrice a peuplé vos esprits.

Mais un Dieu brille à travers nos lénèbres; Sa voix de père a dû calmer vos cris. Ah! disaient-ils, suivons ce trait de flamme. ?{'aiiendons pas, Dieu, que ton nom puissant, Qu'on jette en l'air comme un nom de passant. Soit, leilr^à lettre, effacé de notre ame. El vers le ciel se frayant un chemin.

Ils sont partis en se donnant la mam.

Dieu créateur, pardonne à leur démence.

Ils s'étaient faits les échos de leurs sons,

^e sachant pas qu'en une chaîne immense,

No-a pour nous itub, mais pour tous, nous naissons.

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