‹ Chansons cruellesChapitre 3 sur 37 · CHANSON DE FOU · texte numérisé non relu

CHANSON DE FOU

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Chanson de fou ij

A Edmond Lepelhtier.

L'enfant, qui traversait la plaine,

M'a dit bonjour à moi, le fou. '

J'ai voulu prendre son haleine

Et j'ai mis mes mains sur son cou.

Elle a dit d'un ton de prière :

« — Que t'ai-je donc fait pour cela ?

Tra déi'i déra tra la la

Ha!... Elle dort sous la bru3'ère!

Mes dix doigts comme dans la pâte Ont enfoncé dans son col mou; Puis j'ai continué, sans hâte, Et ses yeux sont sortis du trou ; Elle eut une plainte dernière Et sur l'herbe elle s'atfala.

Tra déri déra tra la la Ha!... Elle dort sous \:i bruyère!

14 Chajisons cruelles

Par les pieds j'ai pris le corps roide, Et, dans la mousse et les genêts J'ai traîné sa dépouille froide, En en faisant des moulinets.

La ronce accrochait sa crinière :

De la chair même s'y colla.

Tra déri déra tra la la Ha!... Elle dort sous la bruyère!

Mes ongles, ainsi qu'une bêche,

Ont creusé le sol embaumé,

Et j'ai jeté la terre sèche

Sur son cadavre déformé :

La lune coulait sa lumière

Sur ses seins blancs^ d'un doux éclat.

Tra déri déra tra la la

Ha!... Elle dort sous la bruyère!

Le vent, dans les pins qu'il agite, A mugi le de Profundis; La pluie a versé l'eau bénite.

L'encens s'est élevé des lys

Chanson de fou iS

Et les fleurs ont fourni la bière; Moi, j'ai chanté sur tout cela :

Tra déri déra tra la la Ha!... Elle dort sous la bruyère!

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