‹ Chansons d'enfantsChapitre 2 sur 26 · LA MUSIQUE INTÉGRALE · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE INTÉGRALE

et les Rondes Enfantines de Jaques-Dalcroze.

... Une deuxième série de Chansons d'enfants, publiées l'année dernière, renferment encore des trésors de même sorte, l'Omelette au chocolat, par exemple, délicate et pimpante, ainsi qu'un menuet classique, Rivididiliti, mélodie qui traîne la savate, comme le bambin en veine d'école buissonnière, et le Jeu du chemin de fer, étonnante cinématoçraphie d'un mimétisme puéril.

Tous les bébés de mon entourage — il en est de même en tous pays — apprennent ces chansons avec une facilité surprenante, et tous éprouvent l'invincible besoin de gesticuler et de gambader en les chantant. Il, y aurait un très curieux travail à faire sur la variété des mesures dans cette musique si originale et d'une simplicité rythmique cependant si grande, et sur la place qu'y occupe l'accent tonique. C'est une recherche trop technique pour que je l'entreprenne ici, mais qui dégagerait nettement le dynamisme propre et irrésistible de ces mélodies où, par une subtilité remarquable, l'accentuation d'uu temps faible de la mesure et d'une syllabe faible de la poé.sie impriment fréquemment la gaucherie voulue du geste enfantin. Quant à la corrélation des mouvements chorégraphiques el des rythmes musicaux, la mise en scène des chansons de M. Jaques-Dalcroze la met pleinement en lumière et le résultat obtenu est des plus intéressants.

Le miroir de l'âme, c'est le mouvement corporel. Le mécanisme de l'entité humaine doit se manifester avec décence, avec grâce, avec goût dans le sens de l'harmonie physique, reflet de l'harmonie des sentiments intérieurs. Mais cette harmonie ne s'obtient qu'à la condition de demeurer absolument individuelle. Ainsi, pour chacun de ses petits interprètes, l'auteur cherche-t-il à découvrir, étant donnés le physique et les proportions de l'enfant, quels sont les gestes naturels à son individualité. Chacun peut développer dans le sens de la beauté harmonique et plastique certains mouvements à lui, que d'autres feraient

laids, s'ils les copiaient. Chaque homme a son geste. La nonchalance et la brusquerie peuvent devenir belles, quand on les accorde; ce principe est la condamnation du ballet dont je parlais tout à l'heure et des théories callisthéniques enseignées actuellement. Le même geste, en effet, noble et e^racieux en principe, ne peut pas être recommandé à une foule, et l'unité plastique, le charme et l'ensemble sont beaucoup plus facilement obtenus, quand on réclame de chaque danseur ou de chaque mime, uniquement le geste adéquat à sa personnalité. C'est ainsi qite Jaques-Dalcroze en use vis-à-vis de ses élèves, et, par le fait qu'il s'attache à idéaliser l'allilude et les mouvements individuels, il obtient des groupements absolument naturels. Les gestes sont du reste facilités par les vêlements que le compositeur a fait faire exprès pour ses interprètes, vêtements souples et flottants qui laissent libre le jeu des muscles, sans ceinture et sans corset. Ce qu'il cherche et ce qu'il obtient, en un mol, c'est l'unité dans la manifestation sincère des mouvements individuels.

L'on ne peut prévoir quel sera l'avenir des théories de M. Jaques-Dalcroze, mais à coup sûr, tenter la création d'un art entièrement nouveau, quand il serait si facile de se contenter des attitudes conventionnelles, est la marque d'un véritable artiste, et je crois sincèrement, d'autre part, qu'il peut y avoir dans les œuvres de M. Jaques-Dalcroze les éléments d'une renaissance pour cette musique intégrale que connut la divine Hellade, et que c'est un acheminement vers une manifestation des sentiments humains plus complète, s'il se peut, que la symphonie moderne.

En tout cas, ne devrions-nous envisager les Rondes enfantines qu'en elles-mêmes, indépendamment de toute conséquence possible, je les tiendrais encore pour des créations de la plus haute valeur, parce qu'elles versent, au milieu de l'art contemporain, maladif et sans joie, la gaieté franche et la saine ivresse d'un joli soleil printanier.

Jean D'UDINE

(Ouest-Artiste, 4 Avril igcSj.

à Simone Rossier.

La toute petite maison.

Allegretto

Texte et musique de E.Jaques-Dalcroze.

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