‹ Chansons de Béranger (volume 2)Chapitre 142 sur 206 · LE TEMPS · texte numérisé non relu

LE TEMPS

Air : Ce magistrat irréprochable.

Près de la beauté que j'adore , Je me croyais égal aux dieux ; Lorsqu'au bruit de l'airain sonore.

Le Temps apparut à nos yeux, {bis») Faible comme une tourterelle Qui Toit la serre des yautours, Ah ! par pitié , lui dit ma belle , Tieillard, épargnez nos amoura !

3i5 Derant son front chargé de ride* , Soudain nos yeux se sont baissés :

Nons voyons à ses pieds rapides La poudre des siècles passés.

À Taspect d^une fleur noutelle Qu'il vient de flétrir pour toujours, Ah ! par pitié , lui dit ma belle , . Tieillard , épargnez nos amours !

le n'épargne rien sur la terre ; Je n'épargne rien même aux cieux y Répond-il d'une voix austère :

Tous ne m'avez connu q[uc vieux.

Ce que le passé vous rév^e Remonte à peine à quelques jours.

Ah ! par pitié , lui dit ma belle , Tieillard , épargnez nos amours !

Sur cent premiers peuples célèbres , J'ai plongé cent peuples fameux Dans un abîme de ténèbres, Où vous disparaîtrez comme eux.

J'ai couvert d'une oinbre étemelle Des astres éteints dans leur cours.

Ah ! par pitié , lui dit ma belle , Yieillard , épargnez nos amours ! '

Mais , malgré moi , de votre monde

La volupté charme les maux :

Et de la nature féconde

L'arbre immense étend ses ramoanx.

Toujours sa tige renouvelle

Des fruits que j'arrache toujours :

Si6 Àh! par pitié, lui dit ma belle, YieilUrd, épargnes noa amours !

n noua fuit : et près de le smyre , Les plaisirs , hélas ! peu constana , Nous Tojant plus pressés de vivre, Nous bercent dans Toubli du Temps.

Mais rbenre en sonnant nous rappelle Combien tons nos rêves sont courts ; Et je m'écrie avec ma belle : Vieillard , épargnez nos amours !

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