‹ Chansons de BérangerChapitre 138 sur 307 · L’ENFANT DE BONNE MAISON · texte numérisé non relu

L’ENFANT DE BONNE MAISON

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A»B de la Treille de êineérité.

Seuls arbitres Du sceau des titres *

Chartriers, rendez-moi l’honneur:

Je suis bâtard d’un grand seigneur.

De totre satoir qui prospère J’attends parchemins et blason *

Un bâtard est fils de son père ,

Je Teux restaurer ma maison.

Oui, plus noble que certains êtres.

Des priTilégcs fiers suppôts.

Moi je descends de mes ancêtres:

Que leur ftmc soit en repos !

Seuls arbitres, etc.

Ma mère, en illustre personne y Dédaigna robins et traitants;

De l’Opéra sortit baronne.

Et se fit comtesse à trente ans.

Marquise enfin des plus sévères,

Elle nargua les sots propos.

Auprès de mes chastes grand’mèrcs Que son âme soit en repos!

Seuls arbitres, etc.

Mon père que, sans flatterie.

Je cite avant tous ses aïeux,

Etait chevalier d’industrie,

Sans en être moins glorieux.

Comme il avait pour plaire aux dames De vieux cordons et l’air dispos,

Il vécut aux dépens des femmes:

Que son âme soit en repos!

Seuls arbitres, etc.

Endetté de plus d’une somme,

Et dans un donjon retiré,

Mon aïeul, en bon gentilhomme.

S’enivrait avec son curé.

Sur le dos des gens du village ,

Après boire, il cassait les pots.

Il but ainsi son héritage :

Que son âme soit en repos !

Seuls arbitres, etc.

Mon bisaïeul, chassant de race,

Fut un comte fort courageui.

Qui, laissant rouiller sa cuirasse.

Joua noblement'tdus les jeux.

Ap rès une suite traîtresse De pics, de repics, de capots,

Un as dépouilla son altesse :

Que son âme soit en repos!

Seuls arbitres, etc.

Mon trisaïeul, roi légitime D’un pays fort mal gouTerné ,

Tranchait parfois du magnanime , Surtout quand il avait dîné.

Mais les plaisirs de ce grand priuce Ayaut absorbé les impôts ,

Il mangea province à province:

Que son âme soit en repos!

Seuls arbitres , etc.

De ces faits dressez un sommaire , Messieurs, et prouve* qu’à moi seul Je vaux autant que père et mère.

Aïeul, bisaïeul, trisaïeul.

Grâce à votre art que j’utilUe ,

Qu'on me tire enOn des tripots ,,

Qu’on m’enterre au chœur d’une église : Que mon âme soit en repos !

SeuU arbitres Du sceau des litres,

Cbartriers, rendez>tnoi l'Iionneur,

Je suis bâtard d’un grand seigneur.

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LES ÉTOILES Qüi FILENT.

( JAHTIEB 1820, )

Al B du ballet des Pierrots*

•— Berger , tu dis que notre étoife Règle nos jours et brille aux cieux :

— Oui, mon enfant; mais dans son voile La nuit la dérobe à nos yeux.

— Berger, sur cct axur tranquille ,

De lire on te croit le secret :

Quelle est cette étoile qui file,

Qui file , file et disparaît?

— Mon enfant, un mortel expire ;

Son étoile tombe à l'instant.

Entre amis que la joie inspire,

Celui-ci buvait en cbantant.

Heureux, il s'endort. immobile Auprès du vin qu’il célébrait..,.

— - Encore une étoile qui file ,

Qui file, file et disparait.

Mon enfant, qu'elle est pure et belle!

C'est celle d’un objet charmant.

Fille heureuse , amante fidèle ,

On l'accorde au plus tendre amant.

Des fleurs ceignent son front nubile.

Et de Fhymeii l’aulel est prêt...

— Encore une étoile qui file.

Qui file , file et disparait.

— Mon fils, c’est l’étoile rapide D’un très-grand seigneur nouteau-né:

Le berceau qu’il a laissé ride

D’or et de pourpre était orné.

Des poisons qu’un flatteur distille C'était à qui le nourrirait..

— Encore une étoile qui file.

Qui file , file et disparaît.

— Mon enfant, quel éclair sinistre!

C'était l’astre d'un favori,

Qui se croyait un grand ministre Quand de nos maux il avait ri.

Ceux qui servaient ce dieu fragile Ont déjà caché son portrait...

— Encore une étoile qui file,

Qui file , file et disparaît.

Mon fils, quels pleurs seront les nôtres! D’un riche nous perdons l’appui; L’indigence glane chez d’autres,

Blais elle moissonnait chez lui.

Ce soir même, sûr d’un asile,

A son toit le pauvre accourait...

Encore une étoile qui file ,

Qui file, file et disparait.

— C'e*t celle d’un puisiant monarque!...

Va. mon fila, garde la candeur^

Kl que ton étoile ne marque Par Péclat ni par la grandeur Si tu brillais sans être utile .

A ton dernier jour on dirait :

Ce n*est qu’une étoile qui file,

Qui file , file et disparaît.

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