‹ Chansons de BérangerChapitre 221 sur 307 · LES INFINIMENT PETITS · texte numérisé non relu

LES INFINIMENT PETITS

LA GÉRONTOCRATIE.

Air ; Ainsi jadis un grand prophète.

J’ai foi dans la sorcellerie.

Or, un grand sorcier, l’autre soir,

M'a fait voir de notre patrie Tout l’avenir dans un miroir.

Quelle image désespérante!

Je vois Paris et ses faubourgs t Nous sommes en dix-neufeent trente.

Et les barbons régnent toujours.

Un peuple de nains nous remplace.

Nos petits-fils sont si petits,

Qu’avec peine , dans cette glace, • Sous leurs toits je les vois blottis.

La France est l’ombre du fantôme De la France de mes beaux jours.

Ce n’est qu’un tout petit royaume ^ Mais les barbons régnent toujours.

Combien d’imperceptibles êtres I De petits jésuites bilieux!

De milliers d’autres petits prêtres Qui portent de petits bons dieux !

Béni par eux, tout dégénère;

Par eux la plus vieille des cours N’est plus qu’un petit séminaire; Mais les barbons régnent toujours.

Tout est petit, palais, usines , Sciences , commerce , beaux-arts.

De bonnes petites famines Désolent de petits remparts.

Sur la frontière mal fermée ,

Marche, au bruit de petits tambours Une pauvre petite armée;

Mais les barbons régnent toujours.

- Enfin le miroir prophétique, Complétant ce triste avenir,

Mc montre un géant hérétique , Qu’un monde a peine à contenir.' Du peuple pygmée il s'approche ,

Et, bravant de petits discours,

Met le royaume dans sa poche;

Mais les barbons régnent toujours.

LE PÈLERmAGE DE LISETTE.

Aia : Bahababalancei'vout donc^ etc.

A Notre-Dame de Liesse Allons, me dit Lisette un jour.

J'ai peu de foi , je le confesse ;

Mais Lise, malgré plus d’un tour.

Ferait tout croire à mon amour.

Ami, notre joyeux ménage Scandalise le voisinage.

Prenons, dit-elle, prenons donc,

Pour aller en pèlerinage,

Prenons, dit-elle, prenons donc Coquilles, rosaire et bourdon.

Dame Sorbonne, ajoute Lise ,

Remonte sur ses grands chevaux.

Nos ducs vont bâiller à l'église,

Et nos philosophes nouveaux Se sont faits tant soit peu dévots.

Chaque siècle a sou arausette t Nous édifirons la Gazette.

Prenons , mon ami , prenons donc ,

Pour qu’ou dise sainte Lisette,

Prenons, mon ami , prenons donc Coquilles , rosaire et bourdon.

Voilà les pèleriDS eD roule.

A pied , nous cliantous en marcLant.

A chaque auberge , quoi qu'il coûte.

Nouveau repas cl uouveau chant;

Partout trinquant, partout couchant.

Le dieu qui d’aï nous asperge Sourit sous des rideaux de serge.

Ma Lisette, prenions-nous donc, j

Pour mener l’Amour à l’auberge ,

Ma Lisette, prenions^nous donc Coquilles, rosaire et bourdou?

Aux pieds de la Vierge des vierges ,

A genoux enlln nous voilà.

Vient un diacre allumer no* cierges Lise se dit : A Loyola Je veux souffler cet abbé-là.

Je me fâche , et de ses poursuites Lui montre , hélas ! les tristes suites.

Quoi ! volage , preniez-vous donc ,

Pour vous mettre à dos les jésuites ,

Quoi! volage, preniez-vous donc Coquilles , rosaire et bourdon ?

Mais à souper Lise l’attire.

Le fait boire , jurer, chanter.

De l’eiifer il se prend à rire;

Du pape il ose plaisanter.

Moi , je m’endors à l’écouler.

A mon réveil, Dieu! le peindrai-je ,

Abjurant ses goûts de collège!...

Ah.' traîtresse, vous preniez donc»

Pour les plaisirs du sacrilège,

Àbl traîtresse , tous preniez donc Coquilles, rosaire et bourdon I

Des beaux iniracles de Liesse Je garde un triste souvenir.

Notre abbé dit messe sur messe , Et, Dieu l’aidant à parvenir, Arcbevéque il veut nous bénir.

Sainte Lisette par famine Quelque jour se fera béguine.

Prenez, grisctles, prenez donc Des leçons de la pèlerine;

Prenez, grisettes, prenez donc Coquilles, rosaire et bourdou.

Page 1