‹ Chansons de BérangerChapitre 250 sur 307 · LES CINQ ÉTAGES · texte numérisé non relu

LES CINQ ÉTAGES

Ata : Dans e«Uê mahon à quints ont , ou bon ekauoar autrefoU,

Daus la soupente du portier Je naquis eu rèz-de-chaussèe.

Par tous les laquais du quartier ,

A quinze ans, je fus pourchassée.

Mais bientôt un jeune seigneur M'enlève à leur doux caquetage.

Ma vertu me vaut cet honneur «

Et je monte au premier étage.

Là, dans un riche appartement

Mcfl mains deviennent des pins blanches;

Grâce à l'or de mon jeune amant ,

Là, tons mes jours sont des dimanches; Mais par trop d'amour emporté,

Il meurt. Âh ! pour moi quel rcurage!

Mes pleurs respectent ma beauté :

Et je monte au deuxième étage.

Là , je trompe un vieux dm'el pair Dont le neveu touche mon àmo.

Ils ont d’un feu payé bien cher L'un la cendre et l'autre la flamme.

Vient uii danseur t nouveaux amours' ' La noblesse alors déménage.

Mon miroir me sourit toujours;

Et je monte au troisième étage.

Là, je plume un bon gros Anglais,

Qui me croit et veuve et baronne ;

Puis deux linanciers vieux el laids:

Même un prélat, Dieu me pardonne !

Mais un escroc que je chéris Me vole en parlant mariage.

Je perds tout; j'ai des cheveux gris.

Et je monte encore un étage.

Au quatrième, autre métier.

Des uièces me sont nécessaires;

Nous scandalisons le quartier! - •

Nous nous moquons des nommissaires.

Maiipeant mon pain à la vapeur ,

Des plaisirs je fais le ménage.

Trop vieille enfin je leur fais peur.

Et je monte au cinquième étage.

Dans la mansarde me voilà ,

Me voilà pauvre balayeuse.

Seule et sans feu , je finis là Ma vie au prinfeinps si joy^euse.

Je conte à mes voisins surpris Ma fortune à difTérents âges.

Et j*en trouve encor des débris En balayant les cinq étages.

L’ALCIIIMISTE.

Air de la Bonne Vieille , ou d*Arittippe,

Tu vas, dis-tu , vieux et pauvre alchimiste.

Tirer de l’or des métaux indigents,

Et, faisant plus pour moi que l’âge attriste, âie rajeunir par de secrets agents.

J’ouvre nia bourse à ta science occulte.

Mon cœur crédule au grand œuvre a recours. Chacun pourtant conservera son culte.

Tout l’or pour toi, mais rends-moi mes beaux jourSi

Sur ce brasier souffle donc en silence.

On d’nn vieux livre interroge les mots.

Tou art est sûr; le Pactole et Jouvence

Dans ce creuset vont marier leurs flots.

L*œîl sur ce feu , que tu rêves de choses i Vois-tu déjà le sourire des cours?

Moi, pour mon front je n’attends que des roses. Tout l’or pour toi , mais rends-moi mes beaux jours^

Ivre d*espoir, quel délire t'égare 1 •O rois, dis-tu, baisez mes pieds poudreux. ■J’aurai plus d’or que Cortex et Pizarre ■ N’en oui conquis pour d'autres que pour eux.» Naguère encor, toi qui vivais d’aumônes,

Déjà l’orgueil rugit dans tes discours.

Achète au'fioids et sceptres et couronnes. Toull’or pour toi , maisreiids-uioi mes beaux jours

Oui, rends-moi-les avec leur indigence;

Rends à mon âme un corps plus vigoureux;

A mon esprit ôte l’expérience;

Souffle en mon cœur un sang plus généreux.

Puis t’échappant de ton palais de marbre ,

En eJiar pompeux bercé sur le velours.

Vois-moi dormir , heureux au pied d’un arbre. Toutl’or pour toi , mais rends-moi mes beaux jours.

Je sais pourtant ce que vaut la richesse;

Blais j’aime encor : je possède, et, cent fois J’ai craint de voir ma trop jeune maîtresse Compter mes ans et les siens par ses doigts.

C’est du soleil qui sied à sa peau brune;

C’est de l’été qu'il faut à nos amours.

Celle que j'aime est sourde à la fortune. Xoutl’orpour toi , uiaisreuds-moi mes beaux jours.

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Mais au creuset ta main que trouTe*t>elle?

Rien ! te voilà plus pauvre et moi plus vieux. ■Non, non, dis-tu; demain, lune nouvelle;

■ Recommençons; demain nous serons dieux.»

Tu mens, vieillard; mais d’erreurs caressantes J’ai tant besoin , que je te crois toujours.

Sur mon front nu vois ces rides naissantes.

Tout l'or pour loi , mais rends-moi mes beaux jours,

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