‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 72 sur 137 · LES CHANSONS · texte numérisé non relu

LES CHANSONS

DE

n jour en me pourmenant Dans l'espois d'un verd bocage, Trouvay Philin et Philis Qui faisoient un beau mesnage.

La la la la, ne riez pas tant, Vous en feriez bien autant *.

I. Ce refrain a pris place dans la ComidU des chansons (Ancien tiiéâtre, t. 9, p. 136). Le mot tant, plusieurs fois répété, se rencontre en d'autres refrains. Je trouve dans la Fuur des plus belles chansons , 1614^ in-12 , deux exemples de remploi de ce mot comme onomatopée chantante : d'abord p. 192, la chanson

Mon père avoit des brebis tant,

Gentil petit casaquin blanc,

U me les envoyé gardant Qui tant, qui tant me donne de la peine,

Et tu ne m'en donnas plus tant ,

Gentil petit casaquin blanc, etc.

Puis, (p. 339), \3i Chanson d'une dame de Troyes mal ma-

Dans un lieu peu descouvert, Pourtant ouvert à ma veûe, Ils se servoient, pour lict vert, D'une butte fort herbue.

La la la la, ne riez pas tant, Vous en feriez bien autant.

Philis baisoit son Philin ; Philin en faisoit de mesme, Et, luy touchant son tetin, Monstroit une ardeur extrême.

La la la la, ne riez pas tant, Vous en feriez bien autant.

Mais, helas! que vey-je au poinct Que commençoit l'escarmouche ?

Pliistost, que ne vey-je point ?

Amour, dy-le de ta bouche.

La la la la, ne riez pas tant , Vous en feriez bien autant.

Je les veis, tous deux pasmez Après un si doux martyre.

Les yeux à demy fermez , Se regarder sans rien dire. La la U la, ne riez pas tant, Vous en feriez bien autant.

riie, qui se trouvoit aussi auparavant dans la Fleur des chan^ sons nouvelles, Lyon, i(86 (Édit. des Joyeuseta,p, 122). Elle a pour refrain :

Je i'aimerois tant , tant, tant.

Un autre du même genre se trouve aussi dans la Comédie des chansons, p. 167. Enfin aujourd'hui encore, on emploie dans les vaudevilles un air qui doit être un souvenir de ceux-là.

DE Gaultier Garguille. 13

Mais Philin^ qui de plus beau Veut r'attaquer l'entreprise , Trouve là que son oyseau Est poltron à la remise.

La la la la, ne riez pas tant, Vous en feriez bien autant.

on compère a une fille S

Donne ry, donne Py de restrille»,

1. Cette chanson a été donnée par Gouriet, dans ses Personnages célèbres des rues de Pans, t. i, p. 145, au chapitre de Gaultier Garguille.

2. Ce vers , qui se répète à tous les couplets , a peut-être inspiré la chanson, très-énergique, dont je retrouve, dès 1704, le premier couplet dans le Recueil des brunettes,t. 2, p. 272. Je ne donnerai que le couplet suivant ; on trouvera les autres dans le recueil de Wolff, Altfranzœsische Volkslieder, Leipzig, 1 83 1 , in- 1 2 , p. 1 45 :

Dans le fond d'une écurie Un gros cocher amoureux Peignoit d'un ton langoureux L'excès de sa forte envie :

Morgue ! si je la tenois.

Comme je l'étrille , trille , Morgue! si je la tenois.

Comme je l'étrillerois.

On attribue souvent cette chanson à Collé; or, comme nous l'avons dit, elle étoit déjà imprimée en 1704, c'est-àdire cinq ans avant la naissance de ce chansonnier. On la chantoit sur l'air du Branle de Metz, si fameux dès le temps de Louis XIII. Il fut employé alors pour la dix-huitième entrée du Ballet du roi danse à Chantilly y le jour de la micarême y 163 $. Il est noté dans le grand recueil manuscrit de Philidor, à la Bibliothèque du Conservatoire, t. III, p. 36. Il se trouve encore dans la Cli du caveau, sous le n* i ^63.

Qui coud , qui brode et (jui fille.

Ha ! qu'il est heureux qui coud !

Donne l'y, donne l'y de l'éstrille Et de l'avoine au poinct du jour.

Qui coud, qui brode et qui fille, Donne l'y, donne l'y de l'estrilIe,

Quand son père est à la ville.

Ha! qu'il est heureux qui coud!

Donne l'y, donne l'y de l'éstrille

Et de l'avoine au poinct du jour.

Quand son père est à la ville, Donne l'y, donne l'y de l'éstrille,

Elle s'en va jouer aux quilles.

Ha ! qu'il est heureux qui coud !

Donne l'y, donne l'y de l'éstrille

Et de l'avoine au poinct du jour.

Elle s'en va jouer aux quilles.

Donne l'y, donne l'y de l'éstrille,

Âvecques son voisin Gilles.

Ha ! qu'il est heureux qui coud !

Donne l'y, donne l'y de l'éstrille

Et de l'avoine au poina du jour.

Avecques son voisin Gilles, Donne l'y, donne l'y de l'éstrille.

Qui sans cesse la frétille.

Ha! qu'il est heureux qui coud !

Donne l'y, donne l'y de l'éstrille

Et de l'avoine au poinct du jour.

Qui sans cesse la frétille.

Donne l'y, donne l'y de l'éstrille ,

Du bout de sa grosse esguiile.

Ha! qu'il est heureux qui coud!

Donne l'y, donne l'y de Pestrille Et de l'avoine au poinct du jour.

Du bout de sa grosse esguiile , Donne l'y, donne l'y de l'estrille,

Elle a tant dressé sa quille.

Ha ! qu'il est heureux qui coud !

Donne l'y, donne l'y de l'estrille

Et de l'avoine au poinct du jour.

Elle a tant dressé sa quille ^ Donne l'y, donne l'y de l'estrille ,

Qu'il luy a faict une fille.

Ha! qu'il est heureux qui coud!

Donne l'y, donne l'y de l'estrille

Et de l'avoine au poinct du jour.

Quand Guillot vient de mâtine, O! le bon n^ary, ma voisine, Il baloye la cuisine Et me va quérir de l'eau.

0! le bon mary, ma voisine, Il en faudra garder la peau.

Il baloye la cuisine, ! le bon mary, ma voisine; Il me va quérir chopine.

Et si m'oste son chapeau.

! le bon mary, ma voisine.

Il en faudra garder la peau.

i6 " Chansons

Il me va quérir chopine, 0! le bon mary, ma voisine.

Le plus souvent il devine Comme un almanach nouveau.

0! le bon mary, ma voisine, Il en faudra garder la peau.

Le plus souvent il devine, O! le bon mary, ma voisine, La nuict, entre les courtines, Quand je veux faire de l'eau.

OT le bon mary, ma voisine , Il en faudra garder la peau.

La nuict , entre les courtines, 0! le bon mary, ma voisine.

Il me donne la terrine Et me faict le pied de veau.

O! le bon mary, ma voisine.

Il en faudra garder la peau.

J'ay acquis une maistresse (bis),

Qui n'a rien que quatorze ans.

Le matin je la caresse , Je luy donne sur la fesse.

Nous restons tous deux contens.

Et venez venez , fille fille , folle folle , Fille folle, venez tous à mon escole, Je vous en feray autant.

Quand ma maistresse est malade (bis), Je luy sers de médecin.

Pour la rendre plus gaillarde Je luy mets ma pastanade Dedans son petit bassin.

Et venez venez, fille fille, folle folle, etc., Pour dancer les matassins*.

La femme est d'une nature (bis)

Difficile à contenter.

Il luy faut la confiture Vive de rouge teinture.

Elle meurt sans en eouster.

Et venez venez, fille nlle, folle folle, etc., Je vous en feray taster.

Un jour, donnant un clistère (bis)

A un gros jeune fessier.

On me dit : Que veux-tu faire ?

Gros lourdaut d'apoticaire , Mets le pilon au mortier.

Et venez venez , fille fille, folle folle , etc.. Je vous en feray gouster.

Un beau matin je rencontray Margot le long d'une prairie.

Tout soudain je luy demandai D'où venoit sa meiancholie.

Elle dit qu'elle n'avoit pas De chair pour faire un oon repas.

Je luy offris mon petit cœur.

La petite se prit à rire.

Me protestant qu'à mon humeur

Gaultier CarguilU»

i8 Chansons

Elle ne treuvoît rien à dire.

Mais certes je n'avois pas

De quoy luy faire un bon repas.

Je luy mis dans sa belle main Une poignée de pistoles.

Elle me dit qu'elle avoit faim , Qu'à mon argent et mes paroles La pauvrette ne treuvoit pas De quoy luy faire un bon repas.

Après avoir bien recogneu L'intention de cette belle , Je luy feis voir mon corps à nud.

Ah! monsieur mon amy, dit-elle, Astewe je ne doute pas De faire un excellent repas.

La mauvaise ayant bien repeu , Elle faict de la desplaisante.

Moy qui ay faict ce que j'ay peu Afin de la rendre contente, Elle jure que je n'avois pas Pour luy laire un autre repas.

n jour allant voir ma mie , Un jour allant voir ma mie

De chier me prit envie;

Je m'escorchay tout le trou.

Jamais en jour de ma vie

Je ne chiray que debout.

DE Gaultier Garguille. 19

Je m'assis sur une ortie, Je m'assis sur une ortie.

Au cul me vint la vessie; Je me piccjuay par le bout.

Jamais en jour de ma vie Je ne chiray que debout.

Soufflez-y sans qu'on en rie, Soufflez-y sans qu'on en rie, Afin que plus je ne crie, Je seray guery du tout.

Jamais en jour de ma vie ^ Je ne chiray que debout.

Ou lèche m'y, je t'en prie.

Ou lèche m'y, je t'en prie.

Tout homme qui pette et chie N'a pas torche-cul tousjours.

Jamais en toute ma vie Je ne chiray que debout.

Comment filerois-je ?

Je suis sans fusée.

Monmary me bat, la la.

J'en suis Ibien faschée; Mais plus il me battera Je feray tousjours cela.

File Margot, file file comme moy.

Comment filerois-je ? Je n'ay point de laine.

Mon mary me bat, la la,

Trois fois la semaine ; Mais plus il me battera Je feray tousiours cela.

File Margot, file file comme moy.

Comment filerois-je ?

Je n'ay point de chanvre.

Mon mary me bat, la la ,

Dedans nostre chambre; Mais plus il me battera Je feray tousiours cela.

File Margot, file file comme moy.

Comment filerois-je i

J'ay mal à la teste.

Mon mary me bat, la la,

Ce n'est qu'une beste ; Mais plus il me battera Je feray tousjours cela.

File Margot, file file comme moy:

elle, je vous offre un oyseau *quî est eschapé de la mue » ;

Mais iTluy manque le cerveau

Et la plus grand'part de la queue.

Si vous le muez 2 à loisir,

Il vous donnera du plaisir.

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