‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 74 sur 137 · Cette chanson est la trentième des Chansons ricriathes · texte numérisé non relu

Cette chanson est la trentième des Chansons ricriathes

Cela vous est interdit, Car vous estes plus cognue Qu'une fille dissolue.

Mon petit doigt me Fa dit <.

Vous faictes de la finette, (bis)

En touchant une espinette,

Dont le son nous estourdit.

Vostre désir vous propose

De toucher quelque autre chose.

Mon petit doigt me l'a dit,

du Nouveau Parnasse des Muses, édition de Paris, 1634. Dans Gaultier Garguille on ne trouve que les i*', a* 7* et .12* couplets; il y a aussi quelques variantes. Le texte que nous donnons est celui du Parnasse des muses.

I. Ce refrain, que nous trouvons dans la Comédie des cA4nfO/Lr (Ancien théâtre, t. 9, p. 167), fut quelque temps à la mode; on l'avoit adapté à boucoup de chansons. Saint- Amant parle de cette vogue, quand il dit à la fin du Poète crotté {Œuvres, édit. Ch. Livet, t. i, p. 236) :

.... La chanson nouvelle Qui maintenant est en crédit ; • Mon petit doigt me l'a dit.

Voiture nous apprend qu'on la chantoit dans la société de madame de Rambouillet. «Nous chantâmes en chemin, écrit-it dans une de ses lettres, une infinité de sçavant, de petitdoit, de bons soirs, de pons bretons, » (Œuvres, 1713^ in-8, p. 24.) Dans Le doux entretien des bonnes compagnies, Paris, Guignard, 1634, in- 12, se trouve une chanson avec ce même refrain. C'est la trente-cinquième du recueil; elle n'a pas moins de vinfft-nn couplets. Je n'en citerai qu'un , dirigé contre Anne d'Autriche et Buckingham :

Dans Conflans une bergère , Qui ne fut jamais légère , Sur l'herbette s'endormit, Songeant que dans l'Angleterre Un amant lui fait la guerre.

Mon petit doigt me l'a dit.

Il parott pourtant qu'à cette époque c'était déjà un refrain

DE Gaultier Garguille. 2)

Vous estes de belle taille ; (bis)

Pour combattre à la bataille, Tousjours le cœur vous en dit.

Vostre belle humeur ne butte Qu'à faire la cuUe butte.

Mon petit doigt me l'a dit.

Souvent vous mettez la pièce (bis)

Pour recevoir les caresses

De quelque jeune estourdy,

Qui va disant par la rue

Qu'il vous a veue toute nue.

Mon petit doigt me l'a dit.

Vous faites souvent la chose (bis)

Que vostre cœur se propose Avecques cest estourdy, Et puis après il se vante D'avoir bouché vostre fente.

Mon petit doigt me l'a dit.

moins couru. Je lis en effets au second couplet de la 14* chanson du même recueil, le Caquet des femmes :

Les Ponts-Bretons charmèrent

Autrefois nos esprits,

Les Petits-doigts gaignèrent

Bientôt après le prix;

Mais maintenant on le blasme

De n'estre pas curieux.

Quand les femmes sont ensemble ,

Leur caquet vaut beaucoup mieux.

Pendant la révolution une variante de ce refrain Ait un instant à la mode. Quand le général Beumonville eut envoyé le bulletin de la fameuse affaire qui n'avoit coûté que le petit doigt d'un tambour, on fit une chanson dont chaque couplet finissoit ainsi :

Hola! citoyen Bumonville, Le petit doigt n'a pas tout dit.

Au son de la chansonnette (bis)

Respondit un villageois :

Vzj tant foulé Pherbette Que j'en suis presque aux abois.

En jouant sur sa musette, (bis)

Luy disoit en son patois ; ^ J'ay tant foulé l'herbette Que j'en suis presque aux abois.

En foulant l'herbe mollette (bis)

Baise moy cinq ou six fois.

J'ajr tant foulé l'herbette Que j'en suis presque aux abois.

La fillette fut follette , (bis)

Luy donna sur son minois.

J'ajr tant foulé l'herbette Que j'en suis presque aux abois. *

Et puis il fit la chosette (bis)

Qui luy a duré neuf mois.

J'ay tant foulé l'herbette Que j'en suis presque aux abois.

'autre jour un gentil galand ■Se plaignoit à sa belle-mère Que sa femme se va plaignant , La larme à l'œil, à sa commère, Que ce luy est chose bien amère De le faire ainsi nuict et jour.

Fessez, fessez, ce dit la mère, La peau du cul revient tousjours.

DE Gaultier Garguille. 27

Ma mère, ce dit le beau fils, Jamais je n'en veis de si fière.

L'autre des jours auand je luy fis Elle toumoit le cul arrière.

Mais elle est bonne mesnagère, Voila qui est tout mon recours.

Fessez, fessez , ce dit la mère, La peau du cul revient tousjours.

Quand je reviens du cabaret^ Elle faict sabbat de sorcière.

Et moy d'un manche de batay Je vous luy taille des croupières.

Puis barbiers et apoticaires Tirent tout l'argent de chez nous.

Fessez, fessez, dit la commère, La peau du cul revient toujours.

En m'en revenant de Gascogne Je passay par le Poictou.

Je rencontray un pauvre homme Qui geloit dessoubs un chou.

Je le vey, je le vey, ma commère, Je le vey dur comme un caillou.

Je rencontray un pauvre homme Qui geloit dessoubs des choux.

J'eus peur que, la nuict venue.

Il ne tiist mangé des loups.

Je le vey, je le vey, ma commère , Je le vey aur comme un caillou.

J'eus peur que, la nuîct venue, Il ne fiist mangé des loups.

Je le mis soubs mes esselles Et le charçeay sur mon cou.

Je le vey, le le vey, ma commère.

Je le vey aur comme un caillou.

Je le mis soubs mes esselles Et le chargeay sur mon cou.

Quand il fut dedans ma chambre Il avoit perdu le pouls.

Je le vey, je le vey, ma commère , Je le vey dur comme un caillou.

iQuand il fut dedans ma chambre Il avoit perdu le pouls.

Je l'approche de mon hastre Et le mis sur mes genoux.

Je le vey, je le vey, ma commère , Je le vey aur comme un caillou.

Je l'approche de mon hastre

Et le mis sur mes genoux.

Je le frotte et le manie

Tant que je le mis debout.

Je le vey, je le vey, ma commère.

Je le vey aur comme un caillou.

Je le frotte et le manie

Tant que je le mis debout.

Nous cheusmes tous deux ensemble,

Luy dessus et moy dessous.

Je le vey, je le vey, ma commère ,

Je le vey aur comme un caillou.

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DE Gaultier Garcuille. 29

Nous cheusmes tous deux ensemble, Luy dessus et moy dessoubs.

Pour me payer de mes pemes, Me baisa cina ou six coups.

Je le vey, je le vey, ma commère, Je le vey our comme un caillou.

xni

uvrez-nous, la belle hostesse S Voicy nostre bulletin :

I . Cette chanson est de celles one Wolf a reproduites. Voy. p. 115 de son Recueil, déjà cite. Elle est du genre de ces chansons d'aventuriers dont il y eut un si grand nombre au XVI* siècle, et qui rouloient presque toujours sur un sujet comme celui-ci : L'arrivée dans une hôtellerie de quelques soudards, dont les premiers mots étoient un salut grivois pour l'hôtesse, et des gaillardises pour la chambrière. De ces chansons il en est une que je trouve déjà dans le Recueil de Pierre Attaignant, publié en 1540, et qui se chante encore en quelques provinces; en voici deux couplets :

Nous étions trois compaignons Qui allions De il les monts ; Nous voulions Faire grand' chère , Sens devant derrière, Si n'avions pas un sou , Sens dessus dessous.

Quand on nous vit arriver.

On nous pria de souper Avecque fa chambrière.

Sens devant derrièj^; Nous mangeâmes fttre saoul , Sens dessus dessous.

Le SagCj dans sa pièce La princesse de Carizim, acte i, scène 2, fait chanter presque textuellement, par un de ses

Jusques à demain au matin Logez un peu la jeunesse.

Trois pauvres soldats tous nuds Seront-ils les bien venus ?

Nous avons faict une ronde Depuis la nuict jusqu'au jour.

Soubs l'enseigne de l'amour Nous courons par tout le monde.

Trois pauvres soldats tous nuds Seront-ils les bien venus i

Ne redoutez point nos armes, Nature nous les donna, Et l'Amour les façonna Pour estre de ses gendarmes.

gersonnages, un couplet de cette chanson ; l'air est noté à la n du y olMme (Théâtre choisi de Le Sage, Paris, 1821, in-12, t. 2, n<» 107 de la musique). Béran^er, qui ne savoit sans doute pas que cet air datoit du zvi* siècle, l'a aussi employé pour l'une de ses chansons^ le Rideau, Les hôtesses et les chambrières d'hôtelleries jouoient souvent dans les chansons le rôle qu'on leur donne dans celle-ci. J'en sais, entre autres, une très-curieuse, et du xvi* siècle aussi, sur ces femmes de cabarets. Elle se trouve dans la Fleur des chansons, etc., Lvon, Benoît Rigaud, 1586 (édit. des Joyeusetez), p. 90. Elle a pour titre : Chanson nouvelle des tavemiers et tœftT" nières; nous n'en donnerons qu'un couplet :

S'il faut une chandelle Pour aller vous coucher, La chambrière belle Vous faut pour la moucher; si elle est godinette.

Vous baisez ta bouchette Un petit coup ou deux; si vous êtes bien sage.

C'est tout un du visage, - Mais gardez l'entre-deuz.

DE Gaultier Garguille. 31

Trois pauvres soldats tous nuds Seront-ils les bien venus î

Nos mousquets n'ont point de flammes, Tels bastons sont défendus; Mais nos arcs sont bien tendus .

Pour le service des dames.

Trois pauvres soldats tous nuds Seront-ils les bien venus ?

Je tremble de telle sorte Que je crains le mal de dents; J'entreray tout seul dedans.

Mes deux goujats à la porte.

Trois pauvres soldats tous nuds Seront-ils les bien venus ?

Je crains d'estre icy malade :

Ouvrez, belle, hardiment; Si vous n'ouvrez vîtement J'enfonce la barricade.

Trois pauvres soldats tous nuds Seront-ils les bien venus ?

Je demanday à la vieille Quel chapperon elle vouloit.

I . Cette chanson pourroit, si nous en avions besoin, nous être encore une preuve que Gaultier Garguille ne chantoit

Î>as seulement ce quHl avoit fait, mais puisoit volontiers dans e fonds populaire. Elle est beaucoup plus ancienne que lui; on la chantoit déjà du temps de François I*'. Quand les psaumes de Marot commencèrent d'être à la mode , comme Goudimel n'avoit pas encore fait la musique sur laquelle ils

La vieille m'a respondu :

D'un beau velours, s'il y en avoit.

Vous en aurez ^ vieille,

Vous en aurez donc.

Requinquez-vous, vieille,

Requinquez-vous donc.

Que ne vous requinquez-vous, vieille, Que ne vous requinquez-vous donc.

Je demanday à la vieille Quel colet elle vouloit.

La vieille m'a respondu :

D'un beau quintin, s'il y en avoit.

Vous en aurez, vieille.

Vous en aurez donc.

Requinquez-vous, vieille, etc.

ftirent chantés plus tard , et comme il falloit par conséquent leur ajuster des airs connus, celui que le roi choisit pour le psaume qu'il préféroit fut justement l'air de la vieille chanson : Que ne vous requinquez-vous, vieille. (Voy. Bayle, art. Marot^ et Fétis, Curiosités de la musique, in-8, p. 374.) Étoit-ce sérieusement ou avec une intention de parodie que François I*' se servoit de cet air assez peu respectable? Son mauvais vouloir pour les protestans me feroit penser plutôt à une idée de parodie, de sa part. Ce n'est pas la première fois d'ailleurs que le vieux chant auroit servi à cet usage profanateur. Dans l'office de la fite des fous, c'est lui qu'on employoit pour le Magnificat (Woj. l'excellent article de M. Pelissier, Dict. de la conversation, cinquante-sixième livraison, p. 11.) Il parott même que dans certains Missels des diocèses du Midi il resta longtemps noté à cet endroit des vêpres. Neré^ qui étoit précepteur des enfans de M. Champigny. intendant de justice à Aix, remarqua cette coutume ridicule à Aix , et s'en plaignit. Il en parla comme d'un intolérable scandale dans sa lettre à Gassendi (Quarela ad Gassendum, 1645, in-ia, p. p). C'est dans la Provence, comme ceci le prouve, et aussi dans le Languedoc, que cette chanson étoit surtout populaire. Odde oe Triors la donne comme une chanson de Toulouse dans ses Joyeuses

DE Gaultier Garguille. 33

Je demanday à la vieille Quelle jupe elle vouloit.

La vieille m'a respondu :

D'un beau satin, s'il y en avoit.

Vous en aurez, vieille,

Vous en aurez donc.

Requinquez-vous y vieille.

Requinquez-vous donc.

Je demanday à la vieille Quelle musique elle vouloit.

La vieille m'a respondu :

D'un flageolet, s'il y en avoit.

Vous en aurez, la vieille,

Vous en aurez donc.

Requinquez-vous, vieille, etc.

kechenhes de ta Uuifue tolosaine, 2« édit., P. Jannet, 1847, iii-8, p. 23 : ti Requinqua , dit-il , proprement vaut autant i dire comme se reverdir et esgayer. et se dict coustumièrement ce verbe à gens qui sont natureuement songeards, mornes et taciturnes , et qui sont aussi peu éveillés qu'une teste de boeuf endormie près d'un buisson. Mais le plus souvent il X dit à vieilles gens, juxtà yulgarem cantiUnam tolosanam :

Requinque te vieillo, requinque te donc, Et per que non te requinques vieillo , Et per que non te requinques donc.»

Le joueur de viole Maugars, ayant à se venger de la vieille vicomtesse d'Auchy, qui ravoit renvoyé de son académie , ne trouva rien de mieux pour se venger que de lui chanter, un soir qu'il la rencontra chez madame de Tonnerre , la fameuse chanson redoutée des vieilles femmes : Que ne vous requinquez, etc. (Tallemant, édit. in-12, t. 2, p. 6.) Aujourd'hui elle se chante encore dans beaucoup de provinces; M. Mary Lafon, qui l'avoit entendue dans le Midi, en a reproduit un couplet à la page 1 1 de son roman Jonas dans la baleine. La ronde de la Vieille , si populaire chez les enfans, vient de cette même chanson. (Voy. Chansons populaires de la France, première édition; Delloye, $6* tivr.)

Gaultier Carguille. 3

Je demanday à la vieille Quelle viande elle vouloit.

La vieille m'a respondu :

D^une andouille , s'il y en avoît. .

Vous en aurez, vieille,

Vous en aurez donc.

Requinquez-vous, vieille-, etc.

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