‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 77 sur 137 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

Que Pamour est rigoureux !

C^'il assortit mal ses flammes !

Quana l'estois jeune amoureux, lime fit hayr des dames.

Ores il m'offre des fillettes Quand j'aj passé soixante ans;

1 . Var. : Est meilleur que des fraises, di ! ■ 2. Cette chanson est une des plus jolies et des plus célèbres du recueil. La Borde l'a citée aans ses Essais sur la musique, t. 3^ et après lui, Gouriet, dans ses Personnages des rues de Paru , parmi lesquels iLfait figurer Gautier Garffttille, t. I, p. 144, etc. M. Adrien Decourcelles, qui a fait ae notre farceur et de ses compères les héros d*une petite comédie en vers, jouée au Théâtre-François^ en 1849, sous le titre de Marinette, a mis aussi dans la bouche de Gautier l'un des couplets de cette chanson.

DE GAtJLTlER GaRGUILLE. ^

Mais c'est donner des noisettes A ceux qui n'ont plus de dents.

Quand j'estois vaillant soldat, CEacun fuyoit ma rencontre ; Ores qu'on me livre au combat Je ne puis que faire monstre :

Car de parler d'amourettes A qui passe soixante ans , Mais cW donner des noisettes A ceux qui n'ont plus de dents.

Estant garçon à louer.

Je bruslois auprès des filles , Qui ne vouloient point jouer, Ayant fait dresser les quilles.

Et maintenant ces fillettes M'ofirent leurs embrassements ; Mais c'est donner des noisettes A ceux qui n'ont plus de dents.

Si l'on m'eust fait autrefois Travailler à la journée, J'eusse bien fendu du bois Sans esmousser la coignée; Mais de parler d'amourettes A qui passe soixante ans , C'est présenter des noisettes A ceux qui n'ont plus de dents.

Les filles fuyoient mon eau , Ma fontaine estant remplie , Et chacune tend son seau Lors que la source est tarie.

Retournez-vous-en , fillettes , Vous prenez mal vostre temps ; Vous présentez des noisettes A ceux qui n'ont plus de dents.

XVIIP

Et de mon asne Qui en aura la teste ?

Ce sera toy , lacquais ; La tienne est bien mauvaise.

Hélas ! mon asne, tu te meurs , Tu me fais mourir de peur.

Et de mon asne Qui en aura la peau?

Ce sera vous, Monsieur, Pour vous faire un manteau.

Hélas ! mon asne, tu te meurs, Tu me fais mourir de peur.

Et de mon asne

Qui en aura les oreilles ?

Ce sera vous. Monsieur,

Pour pendre vos bouteilles.

Hélas ! mon asne, tu te meurs ,

Tu me fais mourir de peur.

I. Cette chanson est une des quatre que Wolf ait empruntées à Gautier Garguille pour son recueil Altfranzouischt VolksUedtr, Leipzig, 183 1, in- 12, p. 117. Elle semble être un souvenir de la tête de l'âne. J/en ai entendu chanter une à peu près pareille à Orléans.

DE Gaultier Garguille. ^9

Et démon asne

Qui en aura les jambes ?

Ce sera vous, Monsieur,

Pour danser sarabandes.

Hélas! mon asne, tu te meurs,

Tu me fais mourir de peur.

Et de mon asne Qui en aura les yeux?

Ce sera vous , Monsieur , Vous estes chacieux.

Hélas ! mon asne, tu te meurs, Tu me fais mourir de peur.

Et de mon asne Qui en aura la queue?

Ce sera vous, Monsieur, La vostre est trop menue.

Hélas I mon asne, tu te meurs, Tu me fais mourir de peur.

Et de mon asne Qui en aura l'esprit ?

Ce sera vous, Monsieur, Le vostre est bien petit.

Hélas ! mon asne, tu te meurs , Tu me fais mourir de peur.

Quelqu'un me dit en secret Que ma femme est par trop gaillarde, Et que, si je n'y prend garde.

Un )our j'en auray regret.

Mais je pense qu'il est plus doux D'estre cocu que jaloux i.

Je sçay bien que tous les jours Elle apprend les afTetteries, Que le Cours et les Tuilleries Sont ses escoUes d'amour':

Mais je pense qu'il est plus doux D'estre cocu que jaloux.

Je sçay bien aue tous les jours , Fei^ant d'aller voir sa voisine.

Ou visiter sa cousine, Elle va voir ses amours ; Mais je pense qu'il est plus doux D'estre cocu que jaloux.

Tout le plus ^and reconfort Qu'en ce mal je me promette Est rendre ce qu'on me preste Sans m'en affliger si fort, Et de croire qu'il est plus doux D'estre cocu que jaloux.

n ce beau temps de vendange I Où chacun prend ses ébats, Ne trouvez donc pas estrange Si je grate ainsi mon bas.

1 . Ce refrain et les deux vers qui le précèdent se retrouyent dans la Comédie des chansons (Ancien théâtre, édit. elzevir., t. 9, p. i4()*

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