‹ Chansons de Gaultier Garguille [pseud]Chapitre 99 sur 137 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Mon père m'a mariée A un vieillard fort jaloux.

Le premier jour de mes nopces , S'en va au marché de Tours.

Mouvons, mouvons les genoux, Nous ne les mouverons pas tousjours.

Le premier jour de mes nopces.

S'en va au marché de Tours ; Il m'a achepté trois aulnes , Trois aulnes de fin velours.

Mouvons, mouvons les genoux.

Nous ne les mouverons pas tousjours.

I. Encore une de ces chansons de mariés mal assortis dont nous avons déjà parlé, en faisant remarquer comment c'étoit un commencement de punition infligé par l'opinion publique à ces unions ridicules. Il est question dans le Moyen de parvenir (174$, in-12, t. 2, p. 86) des chansons satiriques et passablement licentieuses qu'on chantoit aux noces, et dont les ménétriers ne manquoient pas de faire entendre Tair sur leurs instrumens en ramenant les époux du moutier. Celles qui étoient du genre de celle-ci ne sont pas citées; mais ne croyez pas moins qu'elles durent être des plus répétées et des plus applaudies. D'ordinaire, dans ces chansons, c'est la mariée qui est en scène, et qui se plaint. J'en sais une, toutefois, où c'est l'époux qui parle. Elle se trouve dans la Fleur des chansons, p. 198. Comme elle est curieuse, et que d'ailleurs elle auroit bien pu donner à Molière l'idée

DE Gaultier Garguille. 95

Il m'a achepté trois aulnes , Trois aulnes de fin velours ; Il m'a fait faire une robbe , Qui m'y vient jusqu'aux genoux.

Mouvons , mouvons les genoux y Nous ne les mouverons pas tousjours.

de son Georges Dandin, nous allons vous U faire connoitre :

Mon père m'a marié ,

Pensant mon grand profit faire,

A la fille à mon voisin ,

Qui pour moy ne veut rien faire.

On dit qu'elle est demoiselle -

Mais, de moy, je n'en sais rien,

Et moy, qui suys tant bonhomme ,

J'en soupire et n'en dis rien.

L'autre jour, ma femme fit Une tartre de fromage.

Je luy en demande un petit; Luy fis-je pas grand outrage?

Elle m'en baille au visage.

Encor me dit-elle : Tiens !

Et moy, je suis tant bonhomme , J'en soupire et ne dis rien.

Elle prit ce qui resta , Et s'en alla chez le prestre.

Je la suivis pas à pas.

Regardant par la fenestre.

Je vis ma femme et le prestre Qui dépensoient tout mon bien , Et moy, qui suis tant bonhomme....

Je ne seray plus cocu , Tous les diables puissent être Pour elle et pour ses escus !

Je veux enfin estre maistro.

Me feray couronner prestre :

Ma femme les aime bien, etc.

Il m'a fait faire une robbe , ^>,

Qui m'y vient jusqu'aux genoux ; -

Mon amy y est venu, u

Qui a mis la main dessous. j p Mouvons , mouvons les genoux ,

Nous ne les mouverons pas tousjours. 1 ^^

Mon amy y est venu , \ \

v^ Qui af mis la main dessous ;

Il a treuvé une dame ,

Il s'est mis à deux genoux.

Mouvons , mouvons les genoux , Nous ne les mouverons pas tousjours.

Il a trouvé une dame , • Il s'est mis à deux genoux; Luy bailla une chandelle, Qui n'est pas de suif du tout.

Mouvons , mouvons les genoux , Nous ne les mouverons pas tousjours*

Page 1