‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 144 sur 249 · L'IMPROVISATEUR DE SORRENTE · texte numérisé non relu

L'IMPROVISATEUR DE SORRENTE

Un improvisateur, par un beau soir d'été, Passait au bord du golfe où se baigne Sorrente. La foule l'entoura, nombreuse et turbulente; Il prit donc sa guitare et chanta. J'écoutai Sa voix mâle et vibrante.

Que vous chanterai-je ce soir?

Si quelqu'un désire savoir Qui me retient en son pouvoir, Je dirai que c'est une brune.

Sa lèvre est un matin vermeil , Sa joue un printemps au réveil; Elle a tout l'éclat du soleil, Avec la pâleur de la lune.

Son front se perd dans les sommets Où la neige ne fond jamais , Et, pour les baiser, tu te mets Sous ses pieds, ô mer azurée!

Venise, Milan et Turin Sont les trois perles de Técrin Qui lui font un collier d'airain ; Et Rome , la ville sacrée ,

Rome est son cœur; le sentez-vous?

Mettez-lui la main sur le pouls , Et vous jugerez a ses coups De la fièvre qui la tourmente.

Mais sa volupté , la voilà :

Naples, Naples, saluez-la!

Versez le vin de Marsala Dans la coupe de mon amante !

Elle chante comme Toiseau ; La grâce naît sous son pinceau ; Elle sacre avec le ciseau Les blocs arrachés de la fange.

Ses vierges descendent du ciel Dire. la gloire d'Israël; Sa douceur a nom Raphaël , Et sa puissance Michel-Ange.

Et je me dis avec effroi :

Fût-il prince, empereur ou roi.

Qui donc serait digne de toi , 0 ma fiancée immortelle?

Et le Vésuve seulement Répond par son tressaillement; Un douloureux enfantement Se prépare en sa citadelle.

Oh ! quelle sinistre rougeur, Lorsque viendra le jour vengeur,

Et que le fleuve voyageur Versera sa lave écumante !

Quand la foudre aura retenti , Peuple, tu seras averti.

Versez le Lacryma-christi Dans la coupe de mon amante !

Le chanteur s'arrêta; la foule, avec terreur, Écoutait.... écoutait.... Mais une ritournelle Arriva jusqu'à nous , et le peuple infidèle Oublia l'Italie et le pauvre chanteur Pour une saltarelle !

LES COTES D'AÎVGLETERRE.

L'autre jour, dans le parlement (Ceci se passe en Angleterre), Certain amiral , vieux Normand , Connu pour son bon caractère , S'écriait : « La France est là-bas , Debout sur ses falaises hautes.

Messieurs, ne nous endormons pas :

Fortifions ,

Fortifions , Fortifions nos côtes.

« Nos armements sont incomplets ; Notre marine est déplorable ; Douvres n'est pas loin de Calais , Gibraltar n'est pas imprenable.

Cherbourg ne s'est-il pas permis De nous traiter comme des hôtes?

Nos amis sont nos ennemis :

Fortifions,

Fortifions, Fortifions nos côtes. »

tt Devant le commodore anglais , Dit un autre, je me découvre; Mais si Douvre est près de Calais , Calais n*est pas bien loin de Douvre.

Quoi ! la France , en combat naval , Vrai , c'est à s'en tenir les côtes , Lutter avec... mais c'est égal :

Fortifions ,

Fortifions , Fortifions nos côtes. »

Alors un ministre fameux

Dit : a Messieurs, je suis bien le vôtre ;

Vous avez raison tous les deux.

Mais vous avez tort l'un et l'autre.

Le ministère qui n'est plus

Avait commis fautes sur fautes.

Savez-vous ce que j'en conclus?

Fortifions ,

Fortifions , Fortifions nos côtes. »

Chers Anglais , gardez votre sol ; Votre tâche est assez remplie :

Vous avez pris Sébastopol Et combattu pour l'Italie.

Vous possédez la Toison d'or; Reposez-vous, fiers Argonautes.

Si le cœur vous en dit encor,

Fortifiez ,

Fortifiez , Fortifiez vos côtes.

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