UN REGARD
Le ciel était chargé d'orage ; L'oiseau poussait son cri d 'effroi , Lorsque , dans l'ombre du nuage , Un clair rayon se fit passage , Et ce rayon tomba sur moi.
Je crus que la nature entière Chantait l'hymne de son réveil.
Je voulus lever la paupière , Et je reconnus ta lumière , O mon étoile , ô mon soleil !
Car ce rayon ëtait la flamme De ton regard et non des cieux ; Et le regard de toute femme Est un rayon qui part de Tàme Pour traverser le ciel des yeux.
Je sentis ma poitrine atteinte Comme d'une pointe d'acier ; Mais je reçus le coup sans plainte , Et j'en veux conserver l'empreinte , Gomme la marque d'un collier.
Dans ce regard (je sais me taire) , Dans ce regard j'ai lu ton cœur.
Et je m'enferme solitaire , Pour m'enivrer de mon mystère , Gomme on savoure une liqueur.
Pardonne, si j'ai su traduire Ton furtif et muet aveu ; Ta bouche n'eût osé le dire ; ^a main se refuse à l'écrire ; ' Je l'emporte avec ton adieu.
Quand viendra la saison glacée ,
Triste au retour comme un départ.
J'évoquerai par la pensée
Gette lueur non effacée ,
Pour me chauffer à ton regard.