‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 16 sur 249 · IVRESSE · texte numérisé non relu

IVRESSE

Des âmes pures,

Dieu souverain , Tu bannis le chagrin , Tu fermes nos blessures.

O vin vermeil ! ô vin sacré !

Reviens à moi , ma voix t'implore :

Calme l'ennui qui me dévore , Et rends-moi le ciel azuré !

Plus de colères ,

Plus de soucis ; Tu rends à nos esprits Les riantes chimères.

Coule toujours, divin trésor; Ce que je veux , c'est ton ivresse , C'est ta vapeur enchanteresse Qui fait naître les rêves d'or.

Tout se colore

 l'horizon , Et la froide raison Avec toi s'évapore.

Tout est doré , tout est vermeil ; Le passé n'est plus qu'un nuage ; Le présent dans mon verre nage , Et l'avenir, c'est le sommeil.

La brise est pure ,

L'air embaumé ; Tout est riant , aimé ; Tout soupire et murmure.

Concerts divins , je vous entends ; Pour moi le ciel n'a plus de voiles, Et je contemple les étoiles , Et je songe à leurs habitants !

Est-ce un prodige ?

Est-ce une erreur?

L'univers en fureur S'abandonne au vertige !

En vain je veux la retenir ; lia vieille terre est ébranlée :

La terre tourne!... O Galilée, Je veux boire à ton souvenir !

Sainte ambroisie ,

A ta chaleur.

L'amour renaît au cœur Et la haine s'oublie

Mes amis , venez dans mes bras ; Je suis en pleurs , Tamour m'inonde ; J'aime le ciel, j'aime le monde; J'aime ceux que je n'aime pas !

J'aime les cuistres ,

Et les enfants, Et les pâles savants , Et même nos ministres ;

J'aime les rois, l'hiver, les chiens.

Et les poètes romantiques.

Et j'aime les mathéms^tiques , Et les mathématiciens ! . . .

Par toi , tout change ,

Tout rajeunit ; Et tu donnes l'esprit Et l'amour sans mélange.

Par toi , les vieillards sont surpris De se sentir encor des flammes ; Les maris embrassent leurs femmes , Les femmes baisent leurs maris !

Encore ! encore !

Mais suis-je fou?

La bouteille au long cou S'arrondit en amphore !

Versez toujours ! versez encor !

Mais arrière le vin moderne !

Ce que je bois, c'est le falerne Qui pétille en ma coupe d'or.

Plus de cravate ,

Plus de gilet ; Je foule le duvet Sous ma toge écarlate.

J'entends la flûte aux airs si doux , Et cet ami-là » c'est Horace , Qui descend exprès du Parnasse Pour venir trinquer avec nous.

O Messaline ,

Viens dans mes bras ;

Dévoile tes appas ,

Ouvre-moi ta poitrine :

Je veux t'aimer en vrai Romain.

Allons , esclave , allons , des roses !

C'est bien. Va-t'en!... et, si tu l'oses, Reviens nous éveiller demain ! . . .

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