IVRESSE
Des âmes pures,
Dieu souverain , Tu bannis le chagrin , Tu fermes nos blessures.
O vin vermeil ! ô vin sacré !
Reviens à moi , ma voix t'implore :
Calme l'ennui qui me dévore , Et rends-moi le ciel azuré !
Plus de colères ,
Plus de soucis ; Tu rends à nos esprits Les riantes chimères.
Coule toujours, divin trésor; Ce que je veux , c'est ton ivresse , C'est ta vapeur enchanteresse Qui fait naître les rêves d'or.
Tout se colore
 l'horizon , Et la froide raison Avec toi s'évapore.
Tout est doré , tout est vermeil ; Le passé n'est plus qu'un nuage ; Le présent dans mon verre nage , Et l'avenir, c'est le sommeil.
La brise est pure ,
L'air embaumé ; Tout est riant , aimé ; Tout soupire et murmure.
Concerts divins , je vous entends ; Pour moi le ciel n'a plus de voiles, Et je contemple les étoiles , Et je songe à leurs habitants !
Est-ce un prodige ?
Est-ce une erreur?
L'univers en fureur S'abandonne au vertige !
En vain je veux la retenir ; lia vieille terre est ébranlée :
La terre tourne!... O Galilée, Je veux boire à ton souvenir !
Sainte ambroisie ,
A ta chaleur.
L'amour renaît au cœur Et la haine s'oublie
Mes amis , venez dans mes bras ; Je suis en pleurs , Tamour m'inonde ; J'aime le ciel, j'aime le monde; J'aime ceux que je n'aime pas !
J'aime les cuistres ,
Et les enfants, Et les pâles savants , Et même nos ministres ;
J'aime les rois, l'hiver, les chiens.
Et les poètes romantiques.
Et j'aime les mathéms^tiques , Et les mathématiciens ! . . .
Par toi , tout change ,
Tout rajeunit ; Et tu donnes l'esprit Et l'amour sans mélange.
Par toi , les vieillards sont surpris De se sentir encor des flammes ; Les maris embrassent leurs femmes , Les femmes baisent leurs maris !
Encore ! encore !
Mais suis-je fou?
La bouteille au long cou S'arrondit en amphore !
Versez toujours ! versez encor !
Mais arrière le vin moderne !
Ce que je bois, c'est le falerne Qui pétille en ma coupe d'or.
Plus de cravate ,
Plus de gilet ; Je foule le duvet Sous ma toge écarlate.
J'entends la flûte aux airs si doux , Et cet ami-là » c'est Horace , Qui descend exprès du Parnasse Pour venir trinquer avec nous.
O Messaline ,
Viens dans mes bras ;
Dévoile tes appas ,
Ouvre-moi ta poitrine :
Je veux t'aimer en vrai Romain.
Allons , esclave , allons , des roses !
C'est bien. Va-t'en!... et, si tu l'oses, Reviens nous éveiller demain ! . . .