‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 167 sur 249 · CARCASSONNE · texte numérisé non relu

CARCASSONNE

A Je nie fais vieux, j'ai soixante ans^

J'ai travaillé toute ma vie,

Sans avoir, durant tout ce temps y,

Pu satisfaire mon envie.

Je vois bien qu'il n'est ici-bas

De bonheur complet pour personne.

Mon vœu ne s'accomplira pas :

Je n'ai jamais vu Garcassonne !

» On voit la ville de là-haut, Derrière les montagnes bleues; Mais, pour y parvenir, il faut, Il faut faire cinq grandes lieues; En faire autant pour revenir!

Ah ! si la vendange était bonne !

Le raisin ne veut pas jaunir :

Je ne verrai pas Garcassonne!

» On dit qu'on y voit tous les jours y Ni plus ni moins que les dimanches.

Des gens s'en aller sur le cours , En habits neufs, en robes blanches.

On dit qu'on y voit des châteaux Grands comme ceux de Babylonc , Un évéque et deux généraux !

Je ne connais pas Garcassonne !

» Le vicaire a cent fois raison :

C/est des imprudents que nous sommes

Il disait dans son oraison Que l'aiiibition perd les hommes.

Si je pouvais trouver pourtant Deux jours sur la fin de l'automne. . . « Mon Dieu ! que je mourrais content Après avoir vu Carcassonne !

« Mon Dieu ! mon Dieu ! pardonnez-moi

Si ma prière vous offense;

On voit toujours plus haut que soi,

En vieillesse comme en enfance.

Ma femme, avec mon fils Aig^nan, ,

A voyagé jusqu'à Narbonne;

Mon fillejil a vu Perpignan ,

Et je n'ai pas vu Carcassonne ! »

Ainsi chantait, près de Limoux, Un paysan courbé par l'âge.

Je lui dis : « Ami , levez-vous ; Nous allons faire le voyage. »

Nous partîmes le lendemain ; Mais (que le bon Dieu lui pardonne!) Il mourut à moitié chemin :

Il n'a jamais vu Carcassonne !

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