‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 175 sur 249 · LA DAME AU PASTEL · texte numérisé non relu

LA DAME AU PASTEL

Pour le jour de sainte Isabelle , Certain mari des plus jaloux Fit à sa femme , jeune et belle , Un don singulier entre tous :

Il disposa dans une boite

Neuf OU dix crayons de pastel Représentant de gauche à droite Tous les rayons de Tarc-en-ciel.

« Je sais ton goût pour la peinture » Dit le madré; favorisons

Les penchants de notre nature

J'ai mes raisons.

» D'abord, essayons de ce rose;

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Avec le doigt cela s'étend Sur la joue, et la fleur éclose N'a pas un ton plus éclatant.

Voici le noir pour la paupière Qu'on estompe par des glacis; Tu peux de la même matière Allonger l'arc de tes sourcils.

En vain chercherait-on à Sèvres De plus riches combinaisons....

N'oublions pas le rouge aux lèvres

J'ai mes raisons.

» Il faudrait encor, ce me semble , Pour adoucir le coloris, Répandre sur tout cet ensemble Un nuage en poudre de riz.

Blanchissons les monts et les plaines Du dos, de l'épaule et du cou; Garde un peu de bleu pour les veines Qui vont se perdre on ne sait où.

Maintenant, admire toi-même Le chef-d'œuvre que nous faisons.

Te voilà telle que je t'aime...

J'ai mes raisons. »

On peut deviner la tactique De cet ingénieux mari :

Saisissez le lis magnifique, Cueillez le papillon fleuri.

Le lis aussitôt se déflore, Et le pollen vous reste aux doigts.

Femme peinte se décolore Gomme le papillon des bois.

Ne portez sur un tel ouvrage Ni main ni lèvre.... Mais passons...

Je n'en dirai pas davantage....

J*ai mes raisons.

MA MAISOX.

On dit que ce pays est triste , Que son climat est sombre et froid , Que le voyageur et l'artiste S'éloignent de ce ciel étroit.

Et pourtant, lorsque j'examine Ce site ài'horizon prochain.

Qui commence et qui se termine Dans un pli léger du terrain ,

Il me parait que la nature N'est pas la même ici qu'ailleurs.

Et qu'en aucun lieu la verdure N'a de ces profondes couleurs.

Parmi la broussaille toufHie Brille la tuile au ton joyeux :

Du vert qui repose la vue Et du rouge qui rit aux yeux.

C'est moins un bois qu'une charmille.

Plus un vallon qu'une hauteur; C'est chaste comme la famille Et calme comme le bonheur.

On sent qu'une douce existence Doit s'abriter en ce réduit; Elle s'ouvre sur le silence Et se referme au premier bruit.

Oui , tout me charme et me pénètre Dans ce coin de terre et de ciel.

Si j'étais fleur, j'y voudrais naître; Abeille, j'y ferais mon miel.

Rossignol, je serais fidèle Aux échos de ce site ombreux , Et je nicherais, hirondelle, A l'angle de ce toit heureux.

Pourquoi? je m'en vais vous le dire, Et vous me donnerez raison :

Ce site et ce toit que j'admire, C'est mon pays et ma maison.

CHANSONS. JUl

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