LES MALHEUREUX
Il vient de frapper à ta porte, M'as-tu dit, l'âpre visiteur Qui s'abat où le vent le porte Et que l'on nomme le Malheur.
Le Malheur? Ami, tu blasphèmes; Alors que diras-tu de ceux...
Ah ! nous pensons trop à nous-mêmes Pensons aux malheureux.
Faut-il que ta voix m'importune Des peines que nous souffrons tous.
Quand de ta mauvaise fortune Tant de pauvres seraient jaloux ?
Le pain manque-t-il à ta bouche?
Ton foyer est-il ténébreux? Le froid est dur, la faim farouche :
Pensons aux malheureux.
Parmi tes compagnons de route, Tu vois ceux qui sont devant toi ; Quelques-uns arrivent sans doute :
Sais-tu combien ? Sais-tu pourquoi ?.
D'autres disputent aux orages Leurs navires aventureux ; Mais as-tu compté les naufrages?
Pensons aux malheureux.
Nous pâtissons par notre faute , Lorsque nous voulons nous hausser.
C'est l'âme qu'il faut porter haute , Ce sont les yeux qu'il faut baisser.
Ainsi y pour la riche insolence Tu deviendras moins rigoureux , Et plus sensible à l'indigence :
Pensons aux malheureux.
Médite bien la parabole D'un vieux prêtre mahométan :
Il donnait toujours une obole Qui renaissait au même instant.
Donne l'obole du derviche :
Si tu peux être généreux, Ne seras- tu pas assez riche?
Pensons aux malheureux.