‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 194 sur 249 · LES MALHEUREUX · texte numérisé non relu

LES MALHEUREUX

Il vient de frapper à ta porte, M'as-tu dit, l'âpre visiteur Qui s'abat où le vent le porte Et que l'on nomme le Malheur.

Le Malheur? Ami, tu blasphèmes; Alors que diras-tu de ceux...

Ah ! nous pensons trop à nous-mêmes Pensons aux malheureux.

Faut-il que ta voix m'importune Des peines que nous souffrons tous.

Quand de ta mauvaise fortune Tant de pauvres seraient jaloux ?

Le pain manque-t-il à ta bouche?

Ton foyer est-il ténébreux? Le froid est dur, la faim farouche :

Pensons aux malheureux.

Parmi tes compagnons de route, Tu vois ceux qui sont devant toi ; Quelques-uns arrivent sans doute :

Sais-tu combien ? Sais-tu pourquoi ?.

D'autres disputent aux orages Leurs navires aventureux ; Mais as-tu compté les naufrages?

Pensons aux malheureux.

Nous pâtissons par notre faute , Lorsque nous voulons nous hausser.

C'est l'âme qu'il faut porter haute , Ce sont les yeux qu'il faut baisser.

Ainsi y pour la riche insolence Tu deviendras moins rigoureux , Et plus sensible à l'indigence :

Pensons aux malheureux.

Médite bien la parabole D'un vieux prêtre mahométan :

Il donnait toujours une obole Qui renaissait au même instant.

Donne l'obole du derviche :

Si tu peux être généreux, Ne seras- tu pas assez riche?

Pensons aux malheureux.

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