‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 200 sur 249 · LA GLORIEUSE · texte numérisé non relu

LA GLORIEUSE

Elle était devant son miroir, Lissant le double bandeau noir De sa chevelure soyeuse ; Elle dit d'un ton dédaig^neux : « Comment trouvez-vous mes cheveux ?« La glorieuse !

« On m'a dit souvent que mes yeux Sont aussi profonds que les cieux , Surtout quand je suis sérieuse.

Voulez-vous vous en assurer?

Tâchez de me faire pleurer. »

La glorieuse !

« Pour ma bouche, c'est différent; Je n'ai d'orgueil en la montrant Que les jours où je suis rieuse.

Mes dents ont des reflets nacrés ; Faites-moi rire, vous verrez. »

La glorieuse !

« Et puis , ne remarquez-vous pas La blancheur mate de mon bras , Et cette ligne harmonieuse Qui va de l'épaule au menton , Beauté de sculpteur, me dit-on? »

La glorieuse !

M Vous n'avez non plus jamais dit Que j'ai le pied petit, petit, (Jue ma taille est délicieuse.

Je n'en tire pas vanité ; Mais on me l'a tant répété ! »

La glorieuse !

« Si vous n'êtes pas fou de moi , Je ne puis comprendre pourquoi.

Répondez, je suis curieuse.

Me trouvez-vous quelque défaut? »

Alors, je m'écriai tout haut :

o La glorieuse ! »

« Oui , glorieuse , c'est cela !

H me faut, sous ce titre-là, Une chanson vive et joyeuse ! w Pendant deux jours j'ai résisté , Et le troisième, j'ai chanté :

« La glorieuse. »

CHASFT D'AMOUR.

O vous qui fûtes à ma vie Ce qu'aux aveugles est le jour.

Je voudrais, selon votre envie, Que vers vous mon âme asservie S'exhalât dans im chant d'amour.

Parmi les langues les plus douces , Je choisirais des mots bénis , Tendres comme les jeunes pouss(»s ,

Et plus délicats que les mousses Dont les oiseaux tissent leurs nids.

J'emprunterais à la musique Ses accords les plus caressants.

Aux ruisseaux leur note rustique , A la mer son vaste cantique , Aux ramiers leurs plaintifs accents.

J'emprunterais à la peinture Son azur et son vermillon , Au printemps sa jeune verdure , Son duvet à la pêche mûre, Sa poudre d'or au papillon.

J'irais partout comme l'abeille Prendre son miel à chaque fleur, Cueillir ce qui flatte l'oreille , Ce qui charme, ce qui réveille L'odorat, les yeux ou le cœur.

Et je dirais : « Je vous adore. Je vous aime et n'aime que vous. »

Mais ce n'est pas assez encore ; Il faudrait des mots que j'ignore, Des mots plus chastes et plus doux,

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