‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 224 sur 249 · LE COEUR VOLANT · texte numérisé non relu

LE COEUR VOLANT

A l'auberge du Cœur volant. Les amoureux et les touristes Vont passer un mois en artistes , Monde aventureux et galant.

Par un soir joyeux de septembre , Un voyageur pâle et souffrant Heurte au seuil et dit en entrant :

— Peut-on me donner une chambre ?

Arrive à pas lents l'hôtelier; Accourt sa femme la première.

— C'est vous, Monsieur, dit l'hôtelière, C'est vous qui vîntes l'an dernier.

Votre chambre était au deuxième...

Oh ! j'ai bonne mémoire, allez !

Elle est libre, et si vous voulez?...

— Mais non, je ne veux pas la même.

— C'est bien , vous ferez votre choix.

Mais cette dame ou demoiselle ,

Si bonne, si simple, si belle.

Qui vint avec vous l'autre fois , Ne l'avez-vous pas amenée ?

Alors je devine ceci :

Vous préférez l'attendre ici ?

— Mais non, je suis seul cette année.

— C'est dommage, nous l'aimions tous.

Les pauvres disaient : Viendra-t-elle,

CHANSONS. 5i»

La dame délicate et frêle ?

€ar souvent nous parlons de vous.

Tous les soirs, à la promenade,.

Vous alliez soutenant ses pas.

Elle est malade, n'est-ce pas ?

— Mais non , elle n'est pas malade.

— Âh ! mon bon monsieur, qu'ai-je fait? •C'est moi qui vous déchire Fâme.

Soyez indulgent, je suis femme;

J'ai parlé plus qu'il ne fallait.

Et pourtant ma frayeur l'emporte...

Elle est... Vous ne répondez rien.

Elle est morte, je le vois bien.

— Mais, non ! non, elle n'est pas morte.

— Que vois-je ? des pleurs dans vos yeux ? Et c'est moi qui les fais répandre !

On n'a pas besoin de comprendre Pour plaindre les gens malheureux.

— Oui , bonne femme , je suis triste , Et j'ai besoin de voyager ;

Mais chez vous je ne puis loger.

Adieu , l'auberge et l'aubergiste !

5«l> GUSTAVE KADAUD.

LE vœu DE ROCHEFORT.

Un soir qu'il marchait au milieu De ses licteurs et sentinelles , Rochefort s'écria : a Mon Dieu !

Que j'étais heureux à Bruxelles !

J'étais en exil, mais enfin J'avais la liberté pratique; Je mangeais lorsque j'avais faim.

Je veux retourner en Belgique.

« J'ai près de moi trop de gaillards, Ici le fils et là le père , Gaillards de face et de trois quarts, Gaillard d'avant, gaillard d'arrière.

Qui donc me débarrassera De cette race prolifique , Gaillards, braillards, et caetera?

Je veux retourner en Belgique.

« Je sais que je suis leur bon Dieu ; Mais je ne bois pas l'ambroisie ; Pour leur cognac et leur vin bleu , L'expression est mal choisie.

Au fond , je suis un homme doux , Et, faire toujours l'énergique, C'est bien ennuyeux, savez^ous?

Je veux retourner en Belgique.

« Je suis la machine à parler De la foule avide et prodigue.

Quand tout le monde y vient souffler, C'est Tinstrument qui se fatigue.

Il faut courir là-bas, ici , Transporter ma boite à musique.

C'est bien , mais c'est assez ; merci ! Je veux retourner en Belgique.

« Je n'ai plus de droits au sommeil Depuis que la gloire m'inonde.

Quand on se nomme le soleil, Il faut luire pour tout le monde.

Il faut que du matin au soir Je prenne ma pose tragique.

Mon Dieu, si je pouvais m'asseoir !

Je veux retourner en Belgique.

« Je suis bien oblige d'avoir Un double cadran & ma montre , Le cadran blanc , le cadran noir.

Le serment pour, le serment contre.

Lequel des deux dois-je tenir ?

O ma raison ! 6 la logique !

Où diable allez-vous en venir ?

Je veux retourner en Belgique. »

Tandis qu'il épanchait son cœur,

Un personnage de TEmpire

Lui dit : « Je comprends ta douleur ;

Mais la mienne est encor bien pire.

Si tu voulais, là-bas, loin d'eux?... »

On n'entendit pas la réplique.

Il s'embrassèrent tous les deux.

Et partirent pour la Belgique. 1.^^^

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