PALINODIE
Ain des JReines de MabiUe.
O' filles de LaYs , Que mes chansons jadis Célébrèrent gratis ,^ Faut-il chanter votre De profundis?
O Maria, gentille demoiselle, Toi , Mogador, qui nous fis les doux yeux , Toi , Pomaré , que l'on crut immortelle , Et toi, Clara, qu'aimèrent nos aïeux....
De MabiUe attristé.
Vous avez déserté Le jardin enchanté , Où se cambrait votre immortalité !
Ces frais lilas , et ce sable historique Qui garde encor l'empreinte de vos pas , Ces flots de gaz inondant le portique , Tout vous appelle , et vous ne venez pas !
Craignez-vous pour vos traits Les bosquets moins discrets?
Naguère vos attraits Ne craignaient pas d'être vus de trop près.
Auriez-vous donc , loin des rives de France , Sans vos sujets , signant le conjungo , Toutes les quatre accepte l'alliance D'un prince russe, ou d'un roi du Congo?
Sous quels cieux plus galants , Vers quels cœurs plus brûlants , Vos destins turbulents Âuraient-ils donc exporté vos talents?...
Ou bien encor, par un retour bizarre Du dieu d'amour, cette fois trop constant , Peupleriez-vous les murs de Saint-Lazare , Ou le harem de quelque vieux sultan ?
Ou bien encor, suivant L'inconstance du vent, Un caprice fervent Vous a-t-il fait enfermer au couvent?
Mais non , cessez , ma plaintive élégie ;
J'ai retrouvé nos quatre anges perdus ,
Tout pleins encor de sève et d'énergie ,
Mais moins légers, moins frais, ou plus dodus*
A cheval , Mogador Etale mieux encor Le splendide trésor De son brocart tissu de pourpre et d*or.
De Maria la moderne demeure Est un landau trainé par deux coursiers ; Chacun sait bien que c'est à deux francs l'heure; Mais nul ne sait comment ils sont payés.
Vos bijoux , vos bouquets , Vos costumes coquets Se soldent en... caquets; Mais payez-vous ainsi tous vos laquais ?
La Poniaré , votre émule éternelle , Encore ici cherche à vous accrocher, Pour vous montrer sa jument plus rebelle , Son groom plus mince , et son plus gros cocher.
Son corps enveloppé Dans le velours drapé , Au fond de son coupé , Par habitude encor fait canapé.
Mais il en est une qui m'inquiète :
C'est ma Clara , ma vivace Clara ; Et je promets la récompense honnête A qui, tout seid, me la rapportera.
Pomaréy Maria , Mogador çt Clara , Croyez-moi , laissez là Chevaux, coupés, laquais, et cœtera!