‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 31 sur 249 · BEAUTE · texte numérisé non relu

BEAUTE

Rêve des arts, rêve de la jeunesse, Ombre toujours fugitive à mes yeux , Fille des Grecs qui te firent déesse , Viens, je t'invoque en oubliant leurs dieux.

Je rêve aussi d'une forme adorée ; Je veux t' aimer d'une éternelle ardeur ; Â mes regards tu ne t'es pas montrée , Et tous tes traits sont gravés en mon cœur.

Tu n'es pourtant qu'un enfant du mystère ; Ton front se cache aux célestes séjours ;

CfiANSONS. 73

Ton pied léger ne touche pas la terre ,

Et je te vois, et je t'aime toujours !

Selon mes sens j'ai crée ton image ; De mes désirs s'enrichit ta beauté ; En tes attraits j'adore mon ouvrage, Et mon amour est ta réalité.

Non , mes amis , la beauté que je chante N'a pas de nom dans vos joyeux ébats , De vos festins elle demeure absente , Et vos chansons ne la réveillent pas ;

Elle n'a pas la grâce enchanteresse, Le doux parler, le sourire vainqueur ; De la pudeur elle ignore l'adresse , Et son esprit n'a pas faussé son cœur.

La soie et l'or ne sont point sa parure , Sur ses trésors nul voile n'est jeté ; Rien n'enrichit l'œuvre de la nature , Belle bien plus de sa seule beauté.

Pas un contour plus riche d'harmonie, Un trait plus pur, un éclat plus vermeil ; De tous ses feux l'Orient l'a brunie , Et dans ses yeux rayonne le soleil !

Vous le voyez, c'est la beauté païenne, Éclose un jour sous des cieux plus cléments ; La poésie en fit sa souveraine.

Et lui donna tous les arts pour amants !

Dans le Paros Phidias la modèle , Parrhasius lui prête sa couleur,

Et mon amour lui jette rétincelle Qui donne à tout la vie et la chaleur !

Pygmalion , je comprends ton mensonge !

A toute idole élevons des autels ; Et, sur tes pas, je m'élance en un songe Vers des chemins ignorés des mortels.

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