LA GAIETÉ FRANÇAISE
Qu'en ont-ils fait de l'esprit de nos pères,
Ces jeunes gens austères ,
Ces vieillards de vingt ans?
Filles, venez apporter des perruques
Pour ces têtes caduques
Que flétrit le printemps.
Quoi ! mes amis , verrons-nous en silence , Sur la terre de France,
Ces graves moucherons Se rehausser sur leurs jambes roidies, Comme des tragédies, Ou comme des hérons?
Eh quoi ! changer la gaîtc diaphane
Pour la morgue anglicane
Ou le flegme germain ?
Fermer la porte a cette belle fille,
Dont le regard pétille,
Et qui vous tend la main?
Quoi ! n'avoir plus de. fougue sympathique
Que pour la politique
Et son hideux pathos ; Pour aboyer devant la foule accrue ,
Comme on voit , dans la rue ,
Des chiens devant un os !
Attendez donc que votre corps se penche.
Et qu'une barbe blanche
Vous ait fait écouter ; Et vous aurez alors cet avantage
D'avoir acquis par l'âge
Le droit de radoter.
Mais non : j'entends sa voix qui nous appelle
Avec une crécelle
Et des airs triomphants ; Son front vermeil rayonne d'espérance ;
La gaîté , c'est la France ;
Nous sommes ses enfants.
Un pampre vert orne sa chevelure,
Qui jusqu'à sa ceinture •
Tombe en festons joyeux.
C'est la beauté qui rit quand on la touche,
Et sait ouvrir la bouche
Sans fermer ses grands yeux.
Elle se plaît à l'ëpigramme folle, A l'esprit qui s'envole Sans jamais s'arrêter ; • Dans un flacon elle perd la mémoire , Elle chante après boire Et boit après chanter.
Entre nos bras retenons-la captive,
Et que chaque convive
La couronne de fleurs.
Qu'un monde froid lui refuse un asile :
Donnons-lui domicile
Dans le fond de nos cœurs.
Oui , conservons notre longue jeunesse
Dans une forteresse
Qui ne se rendra pas ; A nos neveux léguons cet héritage
Qui vivra d'âge en âge
Après notre trépas.
Et si j'étais le dernier de la race
D'Épicure et d'Horace,
Pères des bons vivants , Avec Adèle, au fond d'une île indigue,
J'irais planter la vigne
Et faire des enfants !
140 OUST AVE NADAITI).