‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 62 sur 249 · REVES ET REALITES · texte numérisé non relu

REVES ET REALITES

Élançons-nous loin des sphères mortelles ; Allons rêver dans ce monde divin Où l'àme glisse, où le corps a des ailes. Où le printemps n'a jamais eu de fin ;

Où chaque fleur ne meurt que pour renaître.... Mais, sapristi ! comme le vent est frais ! Déj)échons-nous de fermer ma fenêtre ; Couvrons-nous bien ; nous révérons après.

Oui , je le sens , le ciel me vivifie ; L'air est plus pur et le soleil plus chaud. Tous ces humains dévorés par l'envie, Qu'ils sont petits, regardés de si haut! Ce vil métal dont la terre fait gloire....

On frappe — Entrez Hélas! je l'ignorais :

C'est mon tailleur orné de son mémoire. Payons toujours; nous révérons après.

Quels sentiments s'emparent de mon être? C'est la vertu, c'est la foi, c'est l'amour : Non cet amour qu'un seul jour a fait naître , Et qui s'enfuit emporté par un jour;

Mais cette flamme idéale et rêveuse

On frappe encore — Ah ! c'est un fait exprès! Je n'ouvre pas.... Tiens, c'est ma blanchisseuse! Entrez, Anna... nous rêverons après.

Découvrez -vous, champs de la poésie.

Sur mon chemin épanchez vos trésors.

Qu'avec vos dieux je goûte l'ambroisie ; Que le nectar pour moi coule à pleins bords ! Ah ! prolongez ma mortelle existence !...

Mais le soir vient 0 douleur! ô regrets!

Mon estomac réclame sa pitance !

Allons dîner; nous rêverons après.

LA BALLADE AU AfOlLI\

Au fond d'un pays sauvage,

Chez les mécréants, Vivait un roi juste et sage ,

Voilà bien longtemps. Il était bon comme un père Et riche comme la terre. —

Jean , fais tourner le moulin, Mon sac n'est pas encor plein.

Ses sujets se révoltèrent

Contre le bon roi , Et du trône le chassèrent,

On ne sait pourquoi.

Il erra de ville en ville; Un moulin fut son asile. —

Jean, fais tourner le moulin, Mon sac n'est pas encor plein.

Là, sans gloire mais sans crainte,

Le roi travaillait.

Sans faire entendre une plainte ,

Le meunier chantait.

Il dormait la nuit entière ; Jadis, il ne dormait guère. —

Jean , fais tourner le moulin , Mon sac n'est pas encor plein.

«Vf GUSTAVE NADAUD.

Mais, un jour, dans sa chaumière,^

Vinrent bien des gens Qui l'avaient chassé naguère :

Ils sont si changeants !

« Reprenez votre couronne.

— Non , dit-il, je vous la donne. »

Jean , fais tourner le moulin , Mon sac n'est pas encor plein.

« Ma femme sera meunière, Meuniers, mes enfants.

L'eau coule dans la rivière, Le blé pousse aux champs ;

Tout le reste change , change ;

Mais le pain toujours se mange, r -

Jean, arrête le moulin :^ Voilà que mon sac est plein.

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