‹ Chansons de Gustave NadaudChapitre 67 sur 249 · LES ETRENNES DE JULIE · texte numérisé non relu

LES ETRENNES DE JULIE

Pour le jour de Tan , on assure Que Julie a reçu trois dons :

L'un d'argent, l'autre de parure, Et le troisième de bonbons.

Ce triple présent la relie A trois temps plus ou moins heureux.

D'abord , il accuse , Julie , Trois amoureux.

Mais l'argent , c'est le fond du vase , C'est le dernier charme détruit ; C'est la réalité sans gaze, C'est l'Amour en bonnet de nuit ;

C'est, dans sa dernière folie, Giipidon goutteux et cassé ; L'argent, avouez-le, Julie, C'est le passé.

Les bijoux , c'est l'amour aimable Qui croit en vous par vanité , Qui , sans cesser d'être agréable , Déjà songe à l'utilité.

L'or, qui sur votre cou se plie, Peut se vendre en un cas pressant.

Les bijoux, voyez-vous, Julie, C'est le présent.

Ces bonbons qui vous fbnt sourire, C'est l'illusion de vingt ans, La croyance aux ailes de cire Que fond le soleil du printemps ; C'est l'espérance non remplie Qui va rêvant des cieux d'azur.

Les bonbons , ma chère Julie , C'est le futur.

L'an prochain, à pareille fête, Le futur sera le présent ; Le passé prendra sa retraite; Le présent sera-t-il présent?

Je sais que vous êtes jolie ; Mais le temps est si rigoureux !

Vous n'aurez pas toujours, Julie, Trois amoureux.

CHANSOîiS. 155

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