MA PHILOSOPHIE
Socrate à mes yeux est un sage; J'honore Aristote et Platon; Épicure plaît davantage; J'admire et Voltaire et Newton.
Après eux, je prends la parole — Qui? moi, vous donner des leçons? — Oui. Puisqu'on fait tout en chansons, En chantant je fonde une école.
Mes amis, voilà Ma philosophie ; Heureux qui se fie A ces chansons-là!
Le premier pas dans la sagesse , C'est l'amour d'un Dieu révélé ;
G*est le mëpris de la richesse; On peut l'avoir, puisque je Tai.
On trouvé, aussi bien qu'en un livre, Ce dogme écrit au fond du cœur, Ce conseil , donné par l'honneur, De bien penser et de bien vivre.
Mes amis, voilà.
Ma philosophie; Heureux qui se fie A ces chansons-là !
Eh quoi! philosophe ascétique.
Quel oubli fais-tu de tes sens? — Ah ! voici le moment critique :
Le corps a des besoins puissants.
Notre âme, qui prie et qui pense, Nous laisse encor quelques loisirs ; Sans débauche il est des plaisirs , Et des libertés sans licence.
Mes amis, voilà Ma philosophie; Heureux qui se fie A ces chansons-là !
Soyons toujours ce que nous sommes, Frères par notre infirmité ; On peut , en méprisant les hommes , Aimer encor l'humanité.
Semez, semez, sans espérance, Les bienfaits qui font des ingrats ; La vertu ne me touche pas Quand elle attend sa récompense.
224 GUSTAVE ISADAUD. .
Mes amis , voilà Ma philosophie; Heureux qui se fie A ces chansons-la !
Surtout, n'augmentez pas le nombre De nos pohtiques étroits; Vivez en paix, restez à l'ombre; Les devoirs sont avant les droits.
Bravez l'opinion fragile, Et marchez d'un pas affermi; Quand vous n'auriez qu'un seul ami , C'en est assez pour être utile.
Mes amis , voila Ma philosophie; Heureux qui se fie A ces chansons-là !
J'en étais là de ma doctrine, Lorsqu'une voix me dit tout l)as :
« Est-ce là ta muse badine?
Chante, et ne nous sermonne pas! »
Soit! J'abandonne mon système; Qu'un autre vous l'explique mieux, Et, s'il n'est pas trop ennuyeux, Je le prends pour maître, et je l'aime
Mes amis, voilà Ma philosophie; Heureux qui se fie A ces chansons-là !