L'INAUGURATION DE L'EXPOSITION
Air : la ronde du Brisilien,
V Quatorze Avril, sans murmurer»
Loubet s'en fut inaugurer L'Exposition qu'on venait d'ach'ver.
Dans sa voiture de gala, Prcs de Waldeck, il s'installa, Et son concierge l acclama.
D'énormes trous, sur son passage, ' A chaque instant barraient Pchemin :
C'étaient les puits de perforage Servant au Métropolitain.
Il dit : « Je croyais qu'c'était prêt ! »
Et Waldeck-Rousseau répondait :
<c A part ça [^],
Chansons de la BoUe*
« Toat est prêt, M*sieur TChef dePÉtat,
« Tous ces trous \his\ <c Seront bouchés pour le mois d'Août ! »
— a C'est bon, dit Loubet, moi, j*m*en fous ! i>
Avenu^ de k Mott' Piquet, C'étaient des déblais, des remblais, £t des constructions qui s'él'vaient.
Un p'tit caillou vint, plein d'orgueil, Baisejr TChef de l'État sur l'œil, Loubet dit : « Tiens 1 déjà Auteuil 1 »
C'étaient, partout, des forêts d'poutres Et des montagnes de moellons.
Lors, Emil' : « Qu'est c'qu' nous allons foutre « Dans ces chantiers de constructions ?
c( Vous m'aviez dit qu'tout était prêt !... » Et Waldeck-Rousseau répondait :
« A part ça [W5],
Tout est prêt, M'sieur TChef de l'État.
« Ces palais [bis] « S'ront terminés pour le mois d'mai l »
« Ahl fit Loubet, ça, c'est pas vrai t »
Loubet, sur un petit bateau, ^^t les palais du bord de Teau, • Déclarant qu'tout était très beau I Sur la riv^ les agents plongeurs Fumaient leurs pipes, l'air songeurs...
N'ayant rien d*mieux à fair' d'ailleurs l ^ « Cette brigade — dit Lépine — c( Est là pour pêcher les noyés ? »
« — Oui, dit Loubet, je le devine, « Mais j'voudrais voir les « macchabés » 1 « Il y'en aurait si c'était prêt l... »
Et Waldeck-Rousseau répondait : * « A part ça l [bis]... »
— « J'ia connais l — dit l'chef de PÉtet
« Mon cher Waldeck-Rousseau,
ce Vons feriez mieux devons fiche à Tean
« Ça f rait un noyé rigolot I »
Sur le passag* du Président, Des vélums cachaient complét'ment Les palais en voi* d'ach^év'ment, Si bien, qu*au bout d'une heure un quart Aucun objet, à son regard.
N'était v'nu s'oârir nulle part i Loubet ôt : « Je nsuis pas malade, (( Mais, daas ma pérégrination, « Je vois bien que j'fais une ballade, (( Mais je n'vois pas d'Exposition !...
<c Âlors en somme rien n^estprêt ?... »
Et Waldeck-Rousseau répondait :
« A part ça [àis]^
Chatisons de la Boite.
« Tout est prêt, Al'sieur TChef de TÉtat 1
« En somm' les Exposants
a Ont exposé beaucoup d argent :
« Ça nous suffit pour le moment !
Bref, Loubet revînt, Tair songeur Vers son palais, dont, sans bonheur, Il passa la grille d'honneur.
Il se dit : «.De moi. Ton se fout; « J*n'ai rien inauguré du tout, « Sauf des plâtras et des cailloux!
« L'Exposition ne sera prête, « Certain'ment, qu'en dix-neuf cent trois, « D'ici là (le peuple est si bête I) « J*ai rtenips d'étr' dégommé trois fois 1 « Croyez- vous, Waldeck. qu'on soit prêt « A me dégommer, sans regret ?... »
« ^ Y'a qu'pour ça [bis]
« Qu'on soit prêt, M 'sieur TChef de TÉtat,
« Dit Waldeck, plein d'onction,
« Car en France un' Révolution
<c S'fait plus vit* qu'une Exposition ! »