‹ Chansons de la BoîteChapitre 28 sur 45 · LETTRE D'UN PROVINCIAL A PARIS PENDANT L'EXPOSITION · texte numérisé non relu

LETTRE D'UN PROVINCIAL A PARIS PENDANT L'EXPOSITION

Air : Ma grosse Julie,

Cest la premiér' fois que j 't'écris,

D'puis quioz* jours que j'suis à Paris,

Aussi j'vais t'dir', ma p'tit' chérie,

Tout c'que j ai pu voir de sa vie.

J'ai vu, d'abord, l'Exposition :

— On a fini sa construction ! . . . —

C'est beau, c'est grand... c'est même immense,

Et ça fait honneur à la France !

Chansons de la BoîU,

On y voit d*tout : des belFs peintures, Des meubles, le Trottoir roulant.

Des théâtres et des voitures, £t surtout beaucoup d'restaurants !

Y*a le Russ', le Chinois, TAirmand, L'italien, le Roumain, TNormand, Où, pour varier, on mange, en somme, Toujours le ménC bifteck aux pommes, Servi par les mêmes serveurs Dont rcostum' peut changer d'couleurs, Mais qui sont tous (Russes, Espagnols) Kcs pas bien loin des Batignoirs.

Y*a qu'un' chos' qui soit « exotique »

Dans ces restaurants, très pratiques, C*est qu'on y mang* (j'te d'mand* pardon) Absolument comme un cochon ; Mais qu'on y paie, par faveur, Bien plus cher que partout ailleurs !•..

Ah!

Aussi leur vogue est sans égalé, Ma provinciale 1...

Ensuit' j'ai vu, plein d'ravissement, Un' séance du Parlement :

C'est ça qui donn', sans qu'on y pense, Un' crâne idée de c'qu'est la France 1 Y avait là le Gouvernement, Deschanel était Président, Et, pleins du désir de nous plaire, Les députés f saient « nos affaires », Tout à coup, monte à la tribune Monsieur Lasies, qui dit trois mots.

Quelqu'un Tappell' <c comme la lune », Un second le trait' de chameau.

Là-d'ssus, v'ià tous les députés Qui s'engueulent sans s'épater.

Ils quittant leurs bancs, ils se rejoignent»

Puis, à bras l'corps, plusieurs s'empoignent. Deschanel sonne avec ardeur ; Ils s'cass'nt la gueule avec ferveur 1 Lors, Deschanel met son chapeau.

Et sort avec Waldeck-Rousseau, Pendant qu' les députés, s'cogaant, Gag'nt vraiment bien leurs vingt-cinq francs* (Y'en a mêm* plus d'un, sans erreur, Qii'en gagn'rait Tdoublc comm' lutteur.) Au moment où Mill'voye bondit.

Pour bouffer Tnez de Viviani, Un huissier, sans civilité, A sortir, vient nous inviter.

De sort' que je n'puis pas t'conter Comment le budget fut voté; Mais il doit Tétre... ou bien il Ts'ra, £t c'est l'peupl* souv'rain qui paiera!...

Ahl

Nous somm's des poires sans égales !...

Ma provinciale !... '

Tu m'demaad's si j'ai vu Loubet, J'te crois ; j^'ai vu, même au rabais :

J'i'ai vu pour soixante-cinq centimes — Prix d'un ticket — il est sublime !

Il visitait TExpositioa, Tout Tmond' lui f sait une ovation : On criait partout : m Viv'... l'Armée I »

II souriait la mine charmée.

Mais d'temps en temps, un p'tit nuage Venait obscurcir son beau front.

J'ai pu, par un grand personnage, En obtenir Texplication :

C'est qu'il venait d' se séparer D'un homm' qui savait l'estimer,

Et, très perplexe, il se demandait Ce que la France deviendrait, S'il était dans l'obligation De renvoyer, sans objection, Tous ceux qui n*plais*nt pas à Waldeck, Parc* qu'il ne peut pas <c fidre avec » • Ah I dis je, c'est un homme important Que vient dVenvoyer ITrésident :

Est-c'que ce s'rait un général?...

— Oh non i ça lui serait bien ^al l Un général 1 qu*est-c* que ça f rait»

Un général I on s'en ûchVait i Y'aurait pas le moindre cheveu ;

On en trouve autant qu'on en veut

Tandis qu'un homm' comm' Montjarrel^

Nuir part, monsieur, on n'en rHrouv'rait,

Et c'est Montjarret, triste sort,

Que m'sîeu Loubet vient d'fich' dehors.

Sans qu'il puiss' — la chose est amére —

Chxnsons de la Bot le.

ISS

Le remplacer mém' par Brugére l...

Ah!

Et sa douleur est sans égale, Ma provinciale.

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