PRÉLUDE
Aux plus beaux yeux de France
Je romps aujourd'hui le vieux moule Où mes vers chantant sa beauté Exprimaient mal la nouveauté De son charme et de mon désir.
Sa chère image emprisonnée Dans l'airain ou dans le saphir Des strophes sagement réglées N'a plus sa vivante souplesse.
Il faut pour peindre sa jeunesse, Son élégance, sa gaîté, Trouver des clartés, D'eaux qui coulent dans les forêts, Inventer de neuves images, Empruntées à la mer, aux vents,
Au ciel, aux beaux paysages
Emouvants
Et bannir tant de froids clichés
Depuis des siècles accouplés
Et qui réclament le divorce...
Pour sa beauté si différente
De toutes celles que j'ai connues,
Pour ses jeunes yeux ambigus,
Il ne faut point ces rimes " riches '
Ces rimes froides,
Qui du haut des Alexandrins
Comme les lions des piliers roides
Des vieux palais,
Depuis mille ans se regardent
En se faisant bâiller d'ennui.
Mais il faudrait pour évoquer
Les fraîches grâces de son corps
Et l'aigu frisson passager
De mon amour toujours si fort,
Les musiques aériennes
D'un ciel parfumé
Et les nuances
D'un soir délicat
Sur un paysage printanier.
Où de jeunes amandiers.
Coiffés de poudre blanche.
Symbolisent bien le charme
De sa beauté qui passera
Moins vite encor que mon amour.