‹ Chansons de mer et d'outre merChapitre 28 sur 66 · PRÉLUDE · texte numérisé non relu

PRÉLUDE

Aux plus beaux yeux de France

Je romps aujourd'hui le vieux moule Où mes vers chantant sa beauté Exprimaient mal la nouveauté De son charme et de mon désir.

Sa chère image emprisonnée Dans l'airain ou dans le saphir Des strophes sagement réglées N'a plus sa vivante souplesse.

Il faut pour peindre sa jeunesse, Son élégance, sa gaîté, Trouver des clartés, D'eaux qui coulent dans les forêts, Inventer de neuves images, Empruntées à la mer, aux vents,

Au ciel, aux beaux paysages

Emouvants

Et bannir tant de froids clichés

Depuis des siècles accouplés

Et qui réclament le divorce...

Pour sa beauté si différente

De toutes celles que j'ai connues,

Pour ses jeunes yeux ambigus,

Il ne faut point ces rimes " riches '

Ces rimes froides,

Qui du haut des Alexandrins

Comme les lions des piliers roides

Des vieux palais,

Depuis mille ans se regardent

En se faisant bâiller d'ennui.

Mais il faudrait pour évoquer

Les fraîches grâces de son corps

Et l'aigu frisson passager

De mon amour toujours si fort,

Les musiques aériennes

D'un ciel parfumé

Et les nuances

D'un soir délicat

Sur un paysage printanier.

Où de jeunes amandiers.

Coiffés de poudre blanche.

Symbolisent bien le charme

De sa beauté qui passera

Moins vite encor que mon amour.

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