EN RÊVE
Si l'Amour qui peut tout m'avait donné la joie,
Beaux yeux, de vous avoir encor auprès de moi
L'Ile aurait-elle ce parfum de tendresse,
Ce parfum de désirs dont j'aime l'ivresse ?
Et n'est ce pas surtout parce que vous êtes loin,
Si loin de moi,
Que tant d'espoirs vibrants se lèvent
En mon âme
Comme des vols d'oiseaux sur les grèves ;
Et que j'ai l'illusion
De ce beau rêve
Qui me fait croire
Chaque soir
A l'heure où les feuilles sont noires
Et les vagues phosphorescentes
Et qu'aux mâts des bambous créoles
Brillent les fanaux des lucioles
Que l'Ile voyage
Sur l'océan, à toutes voiles.
Et que c'est vers les étoiles
De vos yeux purs qu'elle vogue,
Immense pirogue
Qui porte à la fois Mes chansons volages Et les dithyrambes sauvages Du vent, du ciel et des bois ?