LE CONE ROSE DU VOLCAN
A Henri Barbe.
Quand nous allâmes à Saint-Pierre,
Il n'y a pas bien longtemps,
Pour visiter ses ruines
D'assez près, derrière les collines.
Sous un ciel immobile et blanc.
Nous vîmes le farouche Pelé
Tragiquement enveloppé
D'un manteau de nuit et d'horreur ;
Et nous pleurâmes nos morts.
Mais ce soir que je vois de loin,
A découvert,
Le sommet du cratère éteint,
Le mont a pris les reflets
Du crépuscule rouge et vert
Et le cône du volcan
Flamboie ainsi qu'un piton rose...
Face maudite des mauvais jours,
Sombre aspect des temps de malheur
Qui semèrent en nous des ruines,
Lorsque le cœur,
Que les douleurs ont tourmenté,
Vous regarde de loin, plus tard.
Dans la douceur mélancolique
Des horizons du souvenir,
Vous n'avez plus autant d'horreur.
La Sourc. Martinique. Juin 1908.