‹ Chansons de mer et d'outre merChapitre 49 sur 66 · LA VIEILLE RUINE · texte numérisé non relu

LA VIEILLE RUINE

Toute l'histoire si tourmentée

De ce pays est racontée

A ceux qui savent la comprendre

Par la voix lointaine et si tendre

De la vieille masure en ruines

Qui domine là-bas cette colline.

Elle est sur l'emplacement

D'un ancien fort

Qu'éleva D'Esnambuc au commencement

De la guerre avec les Caraïbes.

Elle a vu passer les pirates,

Les boucaniers et les corsaires.

Plus tard, la maison d'un cadet

Fût bâtie sur ces sombres pierres

Qui une à une furent posées

Au temps où les maîtres entendaient

Chaque soir

Les lamentations des esclaves noirs.

Puis les vieux colons

Furent ruinés

Par l'abolition de l'esclavage

Et dans ce beau paysage

Une sucrerie s'éleva

Avec sa cheminée droite comme un mât

Et qui pendant un demi siècle parfuma

Le morne du parfum si doux

De ses vesous.

Mais les cyclones sont venus.

Le sucre ne se vend plus.

Maintenant, chaque soir, à l'angelus,

De sa vieille carcasse abandonnée,

De ses vieux murs pleins d'anolis,

S'échappent

Aussi nombreuses que ses années,

Des chauves-souris.

A UNE PETITE MARTINIQUAISE

Si tu es bien gentille

Et bien aimante,

Petite fille

A la peau couleur de sapotille,

Petite fille

De la plus belle des Antilles,

Je te donnerai

De belles robes larges

A grands ramages

Qui te feront ressembler

A une fleur de balisier sauvage.

Je te donnerai

Des colliers,

Des boucles d'oreilles

En vermeil

Et des madras

A carreaux jaunes et verts

Que tu feras " calendrer "

Et que tu mettras

Dans l'armoire

Qui sent la vanille et le vétiver.

De plus, pour te distraire

Et pour que de la villa jamais tu ne bouges,

Je te ferai venir de la Côte-Ferme

Deux cacatoès aux ailes rouges.

(Martinique).

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