LA VIEILLE RUINE
Toute l'histoire si tourmentée
De ce pays est racontée
A ceux qui savent la comprendre
Par la voix lointaine et si tendre
De la vieille masure en ruines
Qui domine là-bas cette colline.
Elle est sur l'emplacement
D'un ancien fort
Qu'éleva D'Esnambuc au commencement
De la guerre avec les Caraïbes.
Elle a vu passer les pirates,
Les boucaniers et les corsaires.
Plus tard, la maison d'un cadet
Fût bâtie sur ces sombres pierres
Qui une à une furent posées
Au temps où les maîtres entendaient
Chaque soir
Les lamentations des esclaves noirs.
Puis les vieux colons
Furent ruinés
Par l'abolition de l'esclavage
Et dans ce beau paysage
Une sucrerie s'éleva
Avec sa cheminée droite comme un mât
Et qui pendant un demi siècle parfuma
Le morne du parfum si doux
De ses vesous.
Mais les cyclones sont venus.
Le sucre ne se vend plus.
Maintenant, chaque soir, à l'angelus,
De sa vieille carcasse abandonnée,
De ses vieux murs pleins d'anolis,
S'échappent
Aussi nombreuses que ses années,
Des chauves-souris.
A UNE PETITE MARTINIQUAISE
Si tu es bien gentille
Et bien aimante,
Petite fille
A la peau couleur de sapotille,
Petite fille
De la plus belle des Antilles,
Je te donnerai
De belles robes larges
A grands ramages
Qui te feront ressembler
A une fleur de balisier sauvage.
Je te donnerai
Des colliers,
Des boucles d'oreilles
En vermeil
Et des madras
A carreaux jaunes et verts
Que tu feras " calendrer "
Et que tu mettras
Dans l'armoire
Qui sent la vanille et le vétiver.
De plus, pour te distraire
Et pour que de la villa jamais tu ne bouges,
Je te ferai venir de la Côte-Ferme
Deux cacatoès aux ailes rouges.
(Martinique).